Par Fahd YATA

Deux semaines après le scrutin du 7 octobre, on en est déjà à se demander si le pays a véritablement connu des élections législatives au cours desquelles les citoyens-électeurs étaient censés opérer des choix, cruciaux, stratégiques, entre un pôle moderniste et progressiste et un pôle conservateur, fondé sur un référentiel religieux.

Nous avions à ce moment-là, des formations qui, telles le PJD et le PPS, affirmaient leur volonté de poursuivre leur expérience gouvernementale, en dépit des « misères » que le tahakkoum et les crocodiles leur avaient fait subir cinq années durant.

Les autres, tous les autres, campaient dans une position de rejet du Parti à la Lampe, et on se rappelle notamment, les titrailles de la presse istiqlalienne et usfpéïste, qui tiraient à boulets rouges sur Abdelilah Benkirane et sa formation, sans compter le slogan brandi par Driss Lachgar durant la campagne, « 5 ans ça suffit » !

Hamid Chabat, tout au long de ces derniers mois, ne disait rien d’autre que pis que pendre sur son « frère ennemi » préféré, tandis que le Mouvement Populaire cherchait par tous les moyens à se démarquer du PJD, dans l’espoir d’éviter une éventuelle sanction des électeurs…

Dans cette lamentable revue des postures politiciennes, on accordera au PPS le mérite de la constance, lui qui, avant les élections, avait déjà annoncé sa couleur, passant, à l’inverse de la tomate, du rouge vif au vert le plus pur.

Une position que les citoyens n’ont sans doute pas comprise puisque la formation issue du Parti Communiste Marocain a chèrement payé le prix de cet alignement sur les « frérots ».

Passant de 18 élus à la Chambre des Représentants à 12 seulement, elle a subi un régime amaigrissant que pourraient lui envier bien de nos « zaïms » politiques aux tours de taille impressionnants…

Koutla, lève-toi et marche !

Quinze jours après donc, fini le temps des coups sous la ceinture abdominale ! Voici le moment des embrassades, des retrouvailles et, surtout, de l’exhumation d’une Koutla qui, née en 1992 pour opérer la transition consensuelle avec le Pouvoir, veut renaître pour se mettre au service d’un parti islamiste et réactionnaire !

Est-ce pour une telle mascarade que les électeurs ont voté ou bien faut-il désormais donner raison aux 57 % des citoyens marocains inscrits sur les listes (et les millions d’autres qui n’ont pas de carte électorale), de s’être abstenus le 7 octobre 2016 ?

Car, disons-le sans ambages, la danse du ventre à laquelle se livrent depuis lundi dernier tous les leaders du Mouvement progressiste et patriotique national est aussi incroyable que particulièrement choquante et écœurante.

Faudrait-il, de ce lamentable fait, que l’on encensât désormais des partis qui, à l’instar du PAM, du RNI et de l’UC, semblent beaucoup plus circonspects sur leur éventuelle participation à l’aventure Benkirane 3 ?

Pour la formation d’Ilyass El Omari, les choses ont au moins le mérite d’être claires et nettes. Le Tracteur restera au garage plutôt que de labourer les champs de la compromission aux côtés de la charrette PJD !

Pour le RNI et l’UC, qui formeront un seul groupe parlementaire, il faudra l’arrivée officielle de M. Aziz Akhannouch en tant que successeur de M. Salah Eddine Mezouar pour une position définitive, mais il semblerait bien que la Colombe préfèrera in fine rester dans les travées de l’opposition parlementaire plutôt de participer à cette course au plat de lentilles qui fait aujourd’hui saliver de désir ceux qui, hier encore, crachaient avec conviction dans cette même assiette !

Toute honte bue !

Et si, comme beaucoup le croient, M. Abdelilah Benkirane devait constituer son gouvernement épaulé par le Mouvement Populaire et les formations de la Koutla démocratique recomposée, il serait, certes, assuré de gouverner avec une majorité relativement confortable sur le plan numérique, mais passablement décrédibilisée aux yeux d’une opinion publique de plus en plus scandalisée par l’opportunisme politique des adeptes du maroquin.

En effet, quel crédit accorder à des partis et à leurs leaders qui se précipitent au siège du PJD pour participer au prochain gouvernement ?

Où sont la logique, la raison, les principes, les positions et l’idéologie de chacun ? Tout cela s’efface-t-il devant la perspective d’obtenir un portefeuille ministériel ou un perchoir ?

Le spectacle que nous offrent les successeurs des regrettés Allal El Fassi, Abderrahim Bouabid et Ali Yata est peu ragoutant, car ces Grands du Mouvement national, s’ils surent composer à des moments précis de l’Histoire du Maroc moderne, ne mirent jamais dans leurs poches les fondamentaux de leurs formations respectives. L’éthique serait-elle une valeur obsolète au sein des partis politiques nationaux ?

On voit mal, d’ailleurs, quel sera le gain de la participation du PI et de l’USFP dans la troisième mouture du gouvernement Benkirane hormis quelques départements ministériels et l’assurance quasi-certaine qu’au terme des cinq années de législature, ils se retrouveront encore plus marginalisés, siphonnés, laminés par les deux grosses formations du champ politique, le PJD et le PAM ! L’exemple du PPS est là pour le prouver, s’il en était besoin.

En tout état de cause, ce premier tour de piste, incomplet au demeurant, du chef du gouvernement pressenti, s’il a été révélateur des mœurs délétères d’une partie de la classe politique, n’a été rien d’autre qu’une « mise en bouche » pour M. Abdelilah Benkirane.

La suite ne manquera pas d’arriver, mais après le temps des embrassades, des effusions et des photos pour la galerie, viendra celui des marchandages, du mégotage, des calculs et des comptes d’épicier.

Un nouveau spectacle s’annonce…

1 COMMENTAIRE

  1. Votre prise de position n’apporte rien de constructif. Il aurait été préférable d’envisager les solutions possibles; Indiquer celle qui a votre préférence et pourquoi. Ainsi vous auriez aidé le citoyen Lambda comme moi à peut-être y voir plus claire.

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