lemonde.fr « Ne soyez pas surpris si dans le futur nous créons une filiale en Amérique latine. » Richard Attias préfère prévenir. L’homme d’affaires franco-marocain, spécialisé dans la communication d’influence, a l’offshore heureux. Et même l’offshore en couple, avec son épouse Cécilia, ex-Sarkozy.

Les « Panama papers » en trois points

  • Le Monde et 108 autres rédactions dans 76 pays, coordonnées par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), ont eu accès à une masse d’informations inédites qui jettent une lumière crue sur le monde opaque de la finance offshore et des paradis fiscaux.
  • Les 11,5 millions de fichiers proviennent des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore, entre 1977 et 2015. Il s’agit de la plus grosse fuite d’informations jamais exploitée par des médias.
  • Les « Panama papers » révèlent qu’outre des milliers d’anonymes de nombreux chefs d’Etat, des milliardaires, des grands noms du sport, des célébrités ou des personnalités sous le coup de sanctions internationales ont recouru à des montages offshore pour dissimuler leurs actifs.

Citoyen marocain, il dirige à New York Richard Attias & Associates, un groupe dont le siège est à Dubaï. M. Attias s’est fait une spécialité d’organiser des forums où s’entremêlent conférences et réseautage, business et politique, et cela dans des pays émergents, souvent africains : Gabon, Congo-Brazzaville, Rwanda, Egypte. Son New York Forum Africa se déroule chaque année depuis 2012 à Libreville, au Gabon, sous le patronage du président Ali Bongo. Il y essuie régulièrement les critiques de l’opposition ou de la société civile.

Son groupe compte des filiales en France, aux Etats-Unis, au Maroc ou aux Emirats arabes unis. Et donc bientôt peut-être dans les Caraïbes. Richard Attias est de ces hommes d’affaires qui reconnaissent recourir à des sociétés aux îles Vierges britanniques et au Delaware, cet Etat américain au régime fiscal opaque auquel l’administration Obama veut mettre fin. S’il a choisi l’offshore c’est, dit M. Attias, pour des raisons pratiques et pour développer ses activités « en toute légalité ».

Un « patchwork » offshore

L’une de ses anciennes sociétés, The Experience by Richard Attias Ltd, a été enregistrée aux îles Vierges britanniques le 20 janvier 2010 par la firme panaméenne Mossack Fonseca, à la demande d’un cabinet de consultants de Dubaï. Selon les « Panama papers », Richard Attias est l’un des cinq actionnaires de cette société. Son épouse, Cécilia Attias, a été associée dans la holding du groupe, dont 30 % des parts ont été acquises en 2014 par le géant de la communication et de la publicité WPP. Le reste de l’actionnariat est composé de holdings domiciliées au Royaume-Uni, en Arabie saoudite, aux îles Caïmans et aux îles Vierges britanniques. Un « patchwork » à l’image de la planète Attias, un monde global et désinhibé.

The Experience by Richard Attias Ltd. a été mise en liquidation en novembre 2014. « N’ayant pas eu d’activités dans cette région avec cette société, elle a été dissoute. Aussi simple que cela », explique Richard Attias en réponse aux questions du Monde. Des activités aux Caraïbes qui semblent avoir simplement tardé à se matérialiser. « Je vais annoncerprochainement un très grand forum que l’Etat des Bahamas m’a demandé d’organiser », affirme l’homme d’affaires en soulignant la qualité des infrastructures sur place, notamment hôtelières. Il est également question d’un autre forum, au Panama. « J’ai rencontré [Juan Carlos Varela], le président du Panama, il y a deux mois. Il m’a tellement séduit que je vais organiser un forum au Panama en 2017. C’est un type formidable, très business-business ! Il faut se pencher sur ce pays. »

L’apôtre francophone du « nation branding », le marketing d’un pays, assume sa position, tranchée, sur les questions fiscales.

« Pourquoi tous ces Européens, et il y a des cadors parmi eux, sont-ils tentés d’aller [mettre leur argent] au Panama ? Il ne faut pas les diaboliser. La fiscalité est étouffante. Ils ne peuvent plus entreprendre, ils ne peuvent plus investir. Je suis marocain, je ne paie pas d’impôts, c’est un privilège et c’est très bien comme ça !
– Vous n’en payez pas au Maroc ?
– Non, parce que je suis résident à Dubaï. »

L’homme d’affaires affirme que ses sociétés payent leurs impôts dans chacun des pays où il a une activité. Il a créé, en 2009, une nouvelle société, dormante pour l’instant, pour investir dans la nouvelle économie. Newco, c’est son nom, est établie dans l’état américain du Delaware. « C’est là où les procédures administratives sont les plus simples et les sociétés se créent en vingt-quatre heures », précise-t-il.

Le Monde / Article19.ma