Par Aziz Boucetta


Le Maroc est africain, le Maroc est un hub pour l’Afrique, le Maroc est (sérieusement) engagé dans la coopération Sud-Sud en Afrique, le Maroc est membre de l’Union africaine… À en croire tous ces slogans, parce qu’il semblerait que ce ne soient que des slogans, nous serions en Afrique comme un poisson dans l’eau. Sauf que rares sont nos dirigeants qui se déplacent sur le continent, leur continent, et pas « en Afrique » comme on le dit beaucoup trop souvent, inconsidérément et maladroitement !

Que Rabat refuse toute implication de l’Union africaine dans ses affaires sahariennes, on le comprend aisément, l’Union étant infectée, voire infestée, d’ennemis de son intégrité territoriale, Algériens à l’œuvre et Sud-Africains à la manœuvre. Mais est-ce une raison pour ne pas multiplier les visites dans les 51 pays restants (54 moins le Maroc, l’Algérie et l’Afrique du Sud) ? Il ne s’agit pas d’avoir l’Afrique sur les lèvres, le trémolo dans la voix, mais dans le cœur et l’esprit aussi, et surtout.

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Combien de fois, depuis qu’il est chef de gouvernement, Aziz Akhannouch s’est-il envolé vers des pays de notre continent ? Tous ces investissements projetés, tous ces milliards égrenés, l’Afrique n’y a-t-elle pas sa place… n’y a-t-elle pas droit ? En (ex) pétrolier averti, en ami du Sénégal (président en titre de l’Union africaine), pourquoi M. Akhannouch n’a-t-il jamais envisagé d’aller à Dakar pour proposer des achats groupés d’hydrocarbures, à l’instar d’autres communautés de pays de par le vaste monde, pour atténuer les chocs géopolitiques actuels ? Pourquoi n’a-t-il pas prévu dans son gouvernement un ministre chargé uniquement et exclusivement des affaires africaines, un continent où il y a tant à faire ?

Pourquoi Nasser Bourita ne se déplace-t-il pas dans tous ces pays africains qui nous ont fait l’amitié de croire en notre cause, qui ont accepté d’ouvrir des représentations consulaires à Laâyoune ou à Dakhla, ne serait-ce que pour les remercier ? L’objectif ultime est-il donc l’ouverture de ces consulats ? Ces pays n’offrent-ils donc rien de plus, en termes d’opportunités économiques, culturelles ou autres ? Non, M. Bourita devrait programmer, systématiquement, avec régularité et récurrence, des visites dans ces pays, de préférence accompagné de « ministres économiques ». Cela renforcerait les liens, créerait des partenariats et mettrait en place de véritables relations, ainsi que le veut la nouvelle doctrine diplomatique marocaine, et sachant que M. Bourita est, aussi, ministre de la Coopération africaine, et que la coopération africaine ne se produit pas dans les seuls aréopages continentaux, mais aussi en bilatéral, peut-être même surtout en bilatéral.

La « rigueur » apportée à envoyer en retraite des diplomates à 60 ans – la fleur de l’âge pour cette fonction – pourrait être accompagnée par leur implication dans une sorte de « task force » qui se déplacerait dans tous les pays partenaires, ici et là, expliquant le Maroc, entretenant les relations, cultivant les amitiés, favorisant des rapprochements et dissipant des malentendus… Il suffit juste que notre ministre soit plus partageur.

Le Maroc officiel, gouvernemental et parlementaire, si prompt à se vendre comme hub africain, ne fait donc pas le job, ou peu, si peu. Et non seulement cela pourrait, sera préjudiciable à terme à notre présence continentale, mais une telle attitude d’insouciance, voire d’indifférence, réduirait en miettes notre ambition de devenir, véritablement, réellement, ce « hub africain ». Exemple, la Tunisie…

Nous avons des relations culturelles, cultuelles, économiques, financières, militaires, sécuritaires, industrielles et autres avec les pays de notre continent. Or, nous n’avons pas souvent entendu parler de voyages africains des ministres concernés vers les pays concernés. Et nos parlementaires, si friands de voyages tous frais payés, combien de fois les voyons-nous relayer notre autoproclamée politique africaine ?… une politique africaine qui, rappelons-le, n’a pu être mise en place que suite à ces dizaines de visites royales marathoniennes, quand le souverain sillonnait les villes, arpentait leurs rues, s’engouffrait dans leurs quartiers, s’imprègnait de leurs existences.

Aujourd’hui, l’Afrique compte. Chinois, Américains et Russes y investissent et s’y investissent. Les Japonais, Indiens, Turcs, Israéliens œuvrent à s’y frayer un chemin. Les Britanniques y reviennent et les Français tentent de s’y maintenir. Et le Maroc, dans toute cette ébullition diplomatique et économique ? Et bien le Maroc continue d’ânonner son « hubisme africain », sans politique africaine cohérente, pertinente, soutenue et communément convenue. Et cela est, encore une fois, préjudiciable.

D’autant plus que la position du Maroc, qui le sert grandement dans tant de domaines, le dessert également en matière de migrations. Le royaume est en effet, et de plus en plus, terre de destination pour les migrants subsahariens, mais il demeure aussi terre de transit, avec les drames récurrents que l’on connaît aux alentours des présides de Sebta et Melilla.

Le Maroc se doit d’être bien plus présent sur le continent, à travers ses officiels et ses privés, pour expliquer la situation, détailler les conditions, formuler des propositions ou suggérer des solutions. Il le doit, car ses ennemis/adversaires/compétiteurs se multiplient.

Source : Panorapost

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