Fin de l’énigme. Quelques jours après l’attaque contre l’ancien premier ministre japonais Shinzo Abe, décédé des suites de ses blessures, les dirigeants de l’Église de l’Unification réfutent toute mise en cause.

Trois jours après l’assassinat de l’ancien premier ministre japonais Shinzo Abe, abattu en plein meeting politique vendredi 8 juillet, l’Église de l’Unification a confirmé une des informations relayées par la presse: la mère de l’accusé fait effectivement partie de ses membres. Le suspect, Tetsuya Yamagami, aurait en effet révélé aux enquêteurs qu’il voulait tuer l’ancien premier ministre en raison de son lien supposé avec une organisation religieuse qu’il n’appréciait guère, mais qu’il n’a pas nommée directement.

Selon les médias japonais, ce serait la détresse financière dans laquelle sa mère se serait retrouvée après avoir versé de grosses sommes d’argent à l’organisation, qui aurait déclenché la colère du fils, le conduisant au passage à l’acte.

Dons scandaleux

De son côté, l’organisation, fondée en Corée du Sud par le défunt Sun Myung Moon et plus connue sous le nom «secte Moon», réfute les spéculations visant à déterminer comme mobile du crime les dons importants faits par sa mère à leur endroit.

Lors de la conférence de presse, lundi 11 juillet, Tomihiro Tanaka, chef de la branche japonaise de l’Église de l’Unification, a d’ailleurs refusé de commenter le détail de ces dons, précisant qu’une enquête de police était en cours. Parlant en termes généraux, il a néanmoins confirmé que certaines personnes avaient fait des dons généreux, soulignant cependant qu’aucune n’avait été forcée.

Il a aussi souligné que «si l’Église a connu des scandales liés aux dons par le passé, des mesures de conformité ont été mises en place en 2009, et il n’y a pas eu de problèmes majeurs depuis », a rapporté le site d’information la presse.ca.

Selon le responsable religieux, la mère de Tetsuya Yamagami avait rejoint l’Église à la fin des années 1990 et participait aux événements de l’Église environ une fois par mois ces derniers temps. «Il y a eu des années pendant lesquelles elle ne venait pas du tout», précise-t-il encore.

Selon les médias japonais, la mère du suspect aurait déclaré faillite en 2002. Or, Tomihiro Tanaka a indiqué que les dossiers remontant à vingt ans ne pouvaient être vérifiés et que leurs détails ne pouvaient donc être connus.

Un lien imaginaire

Quant au lien présumé entre l’ancien premier ministre japonais et la secte, le responsable religieux dément: «Shinzo Abe n’était pas membre de notre Église. Il a cependant pu prendre la parole lors de certains événements organisés par des groupes affiliés.»

«C’est quelque chose qui n’aurait jamais dû arriver, et je ressens une profonde indignation», a encore formulé Tomihiro Tanaka. «Mon cœur souffre que le Japon ait perdu un leader aimé et respecté.»

L’Église de l’Unification a été mêlée à plusieurs controverses au fil des ans. Depuis sa fondation en 1954, Moon a construit un empire commercial en montant des centaines d’entreprises dans plus d’une demi-douzaine de pays: des hôpitaux, des universités, des journaux et même une troupe de ballet. Les pratiques controversées incluent des mariages arrangés en masse, associant souvent des adeptes de différents pays, dans le but de construire un monde religieux multiculturel.

Au Japon, des actrices célèbres ont rejoint l’Église, tandis que des politiciens ont noué des liens amicaux en raison de l’influence de l’Église. La branche japonaise a été fondée en 1959. Le porte-parole de l’Église, Ahn Ho-yeul, a déclaré que l’organisation comptait 300.000 croyants au Japon et entre 150’000 à 200.000 en Corée du Sud. L’Église est également connue sous le nom de Fédération familiale pour la paix et l’unification du monde.

De l’influence réelle de la secte

Malgré le caractère indubitablement tragique de cet assassinat, il est tout de même nécessaire de souligner les liens existant entre le groupe sectaire et le monde politique, et ce, à l’échelle mondiale.

Comment expliquer une implantation aussi profonde et ramifiée en l’espace de moins d’une vie d’homme ? Quel est donc le pouvoir réel de ce mouvement, pouvant se targuer d’un important soutien politique dans de nombreux pays diamétralement opposés sur le plan idéologique dans le contexte bipolaire de la Guerre Froide ? Comment expliquer que des politiciens de renoms acceptent de prêter leurs images à un mouvement religieux aussi décrié, avec qui plus est de multiples scandales, de fraude fiscale et d’accusations d’espionnage dans son historique ?

Comment expliquer qu’un mouvement réputé pour son anti-communisme virulent puisse avoir un pied en Corée du Nord, tout en contrôlant un média aux États-Unis ?

Et dernier point, mais pas des moindres, de pouvoir se targuer d’être une passerelle entre les partis politiques d’extrême-droite à l’échelle internationale ? Surtout, pourquoi personne n’en a pratiquement jamais parlé jusqu’à l’assassinat d’Abe ?

Le plus troublant restera la volonté manifeste des médias japonais de dissimuler le motif de l’assassinat, survenu deux jours avant les législatives.

Sans verser dans de fumeuses théories complotistes dont l’actualité n’a pas besoin pour être – déjà – déprimante, nous devons constater que cette information capitale a traîné à paraître dans les médias. À l’heure où nous écrivons cet article, ce qui aurait du être un véritable scandale d’état n’est toujours pas – ou très peu – abordé dans l’archipel. Pire encore, le drame aura servi, par l’émotion qu’il a suscité, à renforcer le pouvoir du Parti libéral-démocrate (nationaliste), par un impressionnant report de voix lors des législatives. Ainsi, la secte Moon risque de ressortir plus puissante que jamais de cette crise. (Source: lapresse.ca)

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