Par Hassan El Arch *


Même en faisant un effort de pédagogie pour bien comprendre, la pilule passe de plus en plus mal ! Le carburant flirte désormais avec des sommets inédits et le seuil psychologique des 25 DH à la pompe n’est plus qu’une question de semaines. Jamais de mémoire de Marocain de telles envolées n’avaient été atteintes ! Dans l’esprit des citoyens, l’explication toute faite consistant à dire que «c’est la faute à l’inflation», tient moins de l’argument crédible que du discours prêt à l’emploi, mitonné à l’attention de l’opinion publique.

Pédagogue hors-pair, le Wali de Bank Al Maghrib l’a pourtant expliqué dans les termes les plus clairs lors du récent point presse tenu à l’issue de la deuxième réunion trimestrielle du Conseil de la Banque Centrale.

Abdellatif Jouahri a en effet rappelé qu’au Maroc, les prix à la consommation sont tirés en ce moment principalement par la flambée des prix des produits énergétiques et alimentaires ainsi que par l’accélération de l’inflation chez les principaux partenaires commerciaux du Royaume.

Les prix ont, de ce fait, connu une hausse sensible au cours des quatre premiers mois de l’année avec une progression moyenne de 4,5% en glissement annuel. Selon les projections de Bank Al Maghrib, on devrait enregistrer autour de 5,3% d’inflation pour l’ensemble de 2022 avant de voir la tendance décélérer autour à 2% en 2023. Autrement dit, il faut prendre son mal en patience et attendre de meilleurs lendemains !

Le conflit Russie-Ukraine, le resserrement des politiques monétaires et la détérioration des perspectives économiques internationales sur fond de pandémie persistante, font que le niveau de l’inflation reste inscrit à la hausse. La faute à Poutine ? Au «Covid-19» ? À la sécheresse ? Sans faire gratuitement dans la caricature, disons qu’il y a assurément de tout cela à la fois mais que l’équation est trop complexe pour qualifier correctement l’état du monde en 2022.

On comprend que le gouvernement Akhannouch fasse le grand écart en ce moment pour, en même temps, expliquer et assumer ses choix et circonscrire les foyers de «feux» qui menacent la paix sociale depuis quelques semaines. Car c’est bien de ça qu’il s’agit en ce début d’été chaud à tous les plans… Reste à harmoniser le discours préfabriqué à l’attention des administrés.

Le citoyen comprend mal que d’un côté, le Chef de l’Exécutif parle de résilience au moment où sa Ministre de l’Économie déclare que le gouvernement ne peut résoudre tous les problèmes du pays. Elle est certes dans son rôle en tant que gardienne des caisses de l’État. Mais, une fois encore, pédagogie ne signifie pas démagogie. Les Marocains sont très intelligents et demandent simplement qu’on respecte leur intelligence…

  • Hassan El Arch est Directeur de la rédaction du journal Le Temps

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