Bank Al-Maghrib organise, en partenariat avec le FMI et la Revue Économique du FMI, les 23 et 24 juin, à Rabat, une conférence de haut niveau sous le thème : «Une reprise transformationnelle: Saisir les opportunités de la crise», selon un communiqué officiel.

L’événement réunit des dirigeants du secteur public issus des banques centrales et des ministères des finances, de hauts responsables d’organisations internationales ainsi que des experts issus des milieux universitaires.

Il est à noter que cette rencontre intervient en prélude aux Assemblées Annuelles du Groupe de la Banque Mondiale et du FMI, qui auront lieu à Marrakech en octobre 2023.

+ Au menu, les enjeux du développement +

Les participants se pencheront sur les défis auxquels sont confrontées les économies émergentes et en développement, à court et moyen termes, dans l’ère post-Covid-19, aggravés par les effets de la guerre en Ukraine, ils s’intéresseront ainsi aux enjeux du changement structurel de l’économie mondiale et partageront leurs expériences liées notamment à l’intelligence artificielle et l’intégration commerciale.

Les participants aborderont en plus des défis relatifs à la gestion des finances publiques, les questions du genre, de l’inégalité et de la croissance inclusive, souligne le communiqué.

La conférence s’intéressera en outre aux enjeux du développement, notamment les défis liés au secteur informel. Au registre de la finance, les débats permettront d’examiner l’avenir des banques publiques et les questions autour de la solvabilité des entreprises, dans un contexte marqué par l’essor de la fintech, les conférenciers s’intéresseront aux enjeux de l’inclusion financière des entreprises dans les pays émergents.

Compte tenu de l’actualité, les échanges porteront aussi sur des questions liées à l’alimentation, à la dépendance énergétique et à la transition climatique, enfin, les participants échangeront leurs expériences concernant la mobilité des travailleurs ainsi que les politiques de relance du marché de l’emploi.

Voici le discour d’ouverture lors de la séance inaugurale de la conférence IMFER 2022, par Monsieur Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib :

Monsieur le Directeur du Département Moyen-Orient et Asie Centrale du FMI,

Monsieur l’Éditeur en chef de IMF Economic Review, Éminents chercheurs et professeurs,

Honorables invités,

Je voudrais d’abord vous souhaiter à tous la bienvenue à Bank Al-Maghrib et à ceux parmi vous qui ont fait le déplacement de l’étranger un agréable séjour au Maroc. Je tiens en particulier à remercier les éminents chercheurs et professeurs qui ont accepté notre invitation pour prendre part à cette rencontre et partager avec nous le fruit de leurs recherches et de leurs réflexions.

La conférence qui nous réunit aujourd’hui, et qui se tient pour la première fois sur notre continent, est le fruit d’une collaboration fructueuse avec le FMI et IMF Economic Review. Je tiens à cette occasion à remercier le Comité de rédaction de cette prestigieuse revue en espérant que nous aurions à l’avenir d’autres opportunités de travailler ensemble. Avec, le FMI, c’est une initiative qui vient consolider un partenariat que nous avons noué dans plusieurs domaines et qui s’est particulièrement renforcé ces dernières années. La rencontre devait se tenir initialement en juin 2020 dans le cadre des préparatifs aux assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI, mais à l’instar des événements prévus dans ce cadre, elle a été reportée pour les raisons que nous connaissons tous. Aujourd’hui, je ne peux que me réjouir de sa concrétisation et plus globalement de la reprise de l’ensemble du processus de préparation des assemblées prévues en octobre 2023 à Marrakech.

Mesdames et Messieurs,

Voilà plus de deux ans aujourd’hui que le monde est aux prises avec une conjoncture d’une rare difficulté et complexité. Les décideurs, aussi bien publics que privés, se sont retrouvés à naviguer dans un environnement marqué par l’incertitude et des chocs d’une amplitude jamais observée depuis des décennies.

Il y a eu tout d’abord une pandémie inédite avec beaucoup de pertes humaines, des impacts économiques et sociaux considérables, mais aussi des séquelles qui se prolongeront certainement sur plusieurs années. Malgré des mesures budgétaires et monétaires d’une ampleur exceptionnelle, elle a plongé l’économie mondiale dans une récession, la plus profonde depuis la deuxième guerre mondiale. Le FMI, lui, a évalué en avril dernier les pertes cumulées en termes de PIB par rapport à la tendance pré-pandémie à 13,8 trillions de dollars à l’horizon 2024.

Alors que l’espoir d’un retour à la normalité était permis après l’assouplissement des restrictions sanitaires et l’avancée notable, bien que largement inégale, des campagnes de vaccination, le déclenchement du conflit en Ukraine est venu assombrir les perspectives de l’économie mondiale. Ainsi, après un rebond en 2021, la reprise se retrouve fortement compromise et de plus en plus incertaine. Plus préoccupant encore, si cette guerre venait à perdurer, ce qui semble être le cas jusqu’à présent, le monde ne serait pas à l’abri d’une crise alimentaire mondiale, sachant d’ores et déjà, selon les dernières évaluations de la Banque mondiale, qu’entre 75 millions et 95 millions de personnes additionnelles vivent dans l’extrême pauvreté en 2022 comparativement aux projections pré pandémie.

Avec les séquelles de la crise sanitaire et les conséquences de la guerre en Ukraine, c’est une situation complexe et difficile dans laquelle se retrouvent de nombreuses économies aussi bien avancées qu’en développement. Dans la dernière édition de ses perspectives économiques, la Banque mondiale évoque même une hausse du risque de stagflation, mais c’est un avis qui ne fait pas nécessairement l’unanimité, l’ancien président de la Fed, Ben Bernanke ou encore la présidente de la BCE à titre d’exemples, rejettent les rapprochements établis entre la situation des années 1970 et celle d’aujourd’hui.

Face à une accélération de l’inflation à des niveaux jamais observés depuis des décennies, les banques centrales font face à un dilemme délicat, resserrer la politique monétaire et freiner davantage l’économie, ou privilégier une orientation accommodante avec le risque d’une accentuation de la flambée des prix. Si la tendance est clairement vers la première option, certaines banques centrales parmi les premières à commencer la normalisation comme celle de la Corée du Sud, appellent à plus de finesse et d’agilité au regard des niveaux élevés d’incertitudes qui entourent les perspectives de croissance et d’inflation.

De leur côté, et outre le ralentissement de l’économie, les gouvernements sont confrontés à des besoins sociaux accrus et des pressions pour apporter leur soutien au pouvoir d’achat, sachant que leurs marges budgétaires ressortent largement réduites par la crise sanitaire, avec des niveaux d’endettement très élevés et des conditions de financement de plus en plus difficiles.

A cela s’ajoutent de nombreux autres défis liés en particulier à la persistance des perturbations des chaînes d’approvisionnement et aux mutations profondes qui étaient à l’œuvre bien avant la crise sanitaire et que celle-ci a accélérées. Il s’agit en particulier de la digitalisation, de la montée du souverainisme économique, de la remise en cause du multilatéralisme et des exigences en matière de lutte contre le changement climatique. C’est tout l’ordre mondial qui est en train d’être refaçonné au gré des intérêts économiques et géopolitiques.

Ici au Maroc, nous ne sommes évidemment pas à l’abri des effets de cet environnement international difficile. Grâce à une mobilisation exceptionnelle à tous les niveaux, l’économie nationale a pu en grande partie dépasser la crise sanitaire, enregistrant un rebond de près de 8% en 2021. Toutefois, et comme partout ailleurs, elle subit les conséquences de la guerre en Ukraine avec en particulier un alourdissement de la facture énergétique et de fortes pressions externes sur les prix à la consommation.

Au niveau de Bank Al-Maghrib, nous continuons de maintenir les mesures exceptionnelles que nous avons déployées lors de la crise sanitaire pour ne pas freiner la reprise mais en même temps nous restons très vigilants quant à l’évolution des prix. Comme je l’ai indiqué lors de la conférence de presse que j’ai tenue à l’issue de la réunion du Conseil il y a deux jours, nous tablons sur un taux d’inflation légèrement au-dessus de 5% cette année, mais qui devrait revenir à un niveau modéré l’année prochaine. Après son analyse de l’ensemble des données disponibles sur l’environnement national et international ainsi que des projections macroéconomiques à moyen terme, le Conseil a décidé lors de cette réunion de maintenir le taux directeur inchangé.

Mesdames et Messieurs,

C’est pour mieux se préparer à des situations de crise et de conjonctures difficiles que des rencontres comme celle-ci revêtent toute leur importance. En effet, avec le recul que nous avons aujourd’hui, c’est une réflexion profonde dont nous avons besoin. Cela permettrait de définir les contours d’un véritable changement de paradigmes qui s’impose en matière d’élaboration et de mise en œuvre de la politique publique.

Au-delà de simples ajustements des choix et des politiques, ce sont bien leurs fondements qu’il faudrait requestionner à l’instar de ce qui a été fait au lendemain de la crise internationale de 2008 quand nous avons assisté à des remises en cause de la théorie macroéconomique, des modèles de prévisions qui en sont basés, de nos systèmes de régulations, de nos dispositifs statistiques…

Il est clair que cela demande du recul, des efforts continus et des délais longs. Il est à rappeler à titre d’illustration, que ce n’est que le 9 de ce mois que le FMI et le Conseil de Stabilité Financière ont annoncé l’achèvement de l’initiative du G20 pour combler le déficit en matière de données identifié lors de la crise de 2008. Pourtant, l’une des grandes difficultés à laquelle ont fait face les décideurs dans de nombreux pays en particulier en développement lors de la pandémie est bien la disponibilité de données ponctuelles et détaillées pour évaluer l’impact et calibrer les réponses économiques et sociales.

Ce sont cette volonté et cette ambition de requestionner les fondements théoriques et empiriques de nos politiques et décisions qui expliquent le choix du thème que nous avons retenu pour cette conférence « Reprise transformationnelle : saisir les opportunités de la crise ». C’est une problématique bien différente de celle pour laquelle nous avions opté avant la pandémie et qui était centrée sur l’intégration économique et la croissance.

Au regard de la diversité des sujets qui seront abordés durant les sessions que nous avons programmées et de la qualité des intervenants, je suis convaincu que ces deux jours de débats et d’échanges permettront de dégager des éléments pertinents pour nos choix et nos politiques futures à même de renforcer la résilience de nos économies tout en améliorant leur performance. Pour assurer un large bénéfice au niveau national, nous avons invité un grand nombre d’institutions publiques et de représentants du monde académique.

Mesdames et Messieurs,

A Bank Al-Maghrib, c’est un effort permanent que nous consentons pour essayer de répondre aux questionnements tels que ceux soulevés dans cette conférence. Nous nous interrogeons régulièrement sur nos approches et nous adaptons nos instruments et nos outils de suivi, d’analyses et de prévisions. Nous attachons dans ce sens une grande importance au développement de la recherche et à l’ouverture sur le monde académique national et international, nous en avons même fait un des principaux axes de notre plan stratégique 2019- 2023.

Nous avons coorganisé l’édition 2019 du Congrès Africain de l’Econometric Society avec la participation de chercheurs de renom comme ceux qui sont présents parmi nous aujourd’hui. Avec la Banque mondiale, nous avons contribué à la mise en place du réseau régional des départements de recherche des banques centrales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Nous organisons avec des partenaires nationaux et internationaux de nombreuses conférences soit de manière ponctuelle ou sur une base régulière à l’instar des Journées Internationales de Macroéconomie et de Finance que nous tenons annuellement avec les universités Cadi Ayyad de Marrakech et Bâle en Suisse. Les équipes de Bank Al-Maghrib animent également des séminaires dans différentes universités marocaines et en parallèle, la Banque implique les chercheurs universitaires dans certains de ses travaux et les interroge dans le cadre de son enquête sur les anticipations de l’inflation. Nous avons développé un programme « chercheur-visiteur » qui a permis d’initier des collaborations avec des chercheurs d’universités et de banques centrales telles que celles des Etats-Unis, du Canada ou de la Pologne.

Pour contribuer au développement de la recherche au niveau national, nous avons mis en place tout récemment un prix pour la recherche au profit des chercheurs ayant réalisé leurs thèses de doctorat dans les domaines de l’économie ou de la finance.

Ceci étant, nous avons initié en 2019 une réflexion pour la mise en place d’un cadre plus global pour promouvoir et développer la recherche empirique et théorique. Nous sommes assez avancés dans l’identification des options possibles dont l’une serait la création d’une fondation dédiée.

Il ne me reste plus qu’à souhaiter plein succès aux travaux de cette conférence et j’invite nos partenaires de l’étranger de profiter de leur séjour pour visiter la ville de Rabat inscrite depuis 2012 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

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