Par Noureddine Amir *

La journaliste palestinienne, morte mercredi 11 mai courant, n’a pas été touchée par une balle perdue, lors d’un échange de tirs entre soldats israéliens et des combattants armés palestiniens, selon la version des forces d’occupation.

Les vidéos tournées par les journalistes devant couvrir le raid de l’armée israélienne contre le camp de réfugiés palestiniens de Jénine montrent que Shireen et l’autre journaliste l’accompagnant étaient devant un mur les protégeant de toutes les attaques susceptibles de venir derrière elles.

Sur le côté opposé, se trouvant en face, et duquel est parvenu l’impact fatal, se trouvaient les soldats israéliens, selon le témoignage de tous les journalistes sur place et devant assurer la même couverture.

A sa descente de voiture, la journaliste d’Al-Jazeera portait outre le casque lourd, un gilet pare-balles sur lequel est imprimé, de devant et de dos, et en grosse lettres, le mot « PRESS ». Tous les autres reporters endossaient le même équipement pour que les parties belligérantes comprennent qu’ils ne sont les ennemis de personnes et que s’ils sont là, c’est uniquement pour exercer leur travail qui est un droit, internationalement reconnu : celui d’informer.

Deux faits confirment que le tir qui a visé Shireen Abou Aqla était un acte prémédité, exécuté par un professionnel disposant d’une arme performante.

Le talon d’Achille de l’équipement que portent les journalistes se trouve dans la partie du cou, et c’est au-dessous de l’oreille que la balle du tireur s’est logée.

Sauf lors d’un tir à bout portant, il est impossible d’atteindre une cible pareille, d’une distance éloignée, sans un fusil de précision, aussi appelé fusil à lunette. Il s’agit d’une arme à feu permettant d’exécuter des tirs plus précis qu’un fusil d’assaut classique. Le fusil de précision est l’arme d’excellence des tireurs d’élite. Ce corps n’existe qu’au sein des armées régulières.

Le tir ne peut partir que d’un véhicule ou d’un immeuble où sont embusqués des snipers. Aucun Palestinien n’est en mesure de disposer d’un fusil de précision ni se hasarder à opter pour un immeuble pour canarder les soldats israéliens. L’immeuble sera vite encerclé, et le combattant pris comme un rat dans une souricière qu’il s’est choisie lui-même.

Sireen Abou Aqla ne devait pas couvrir le raid de Jénine, mais elle a permuté avec un collègue pour faire coïncider son repos avec la journée d’arrivée de son frère de l’étranger pour lui rendre visite. Est-ce la destinée ? Une bavure ? La fatalité ou un assassinat longuement préparé et n’attendant que le moment de son exécution ? Tout est possible, dans un environnement pas possible et tellement absurde…

Pourquoi son frère devait-il venir et la pousser à choisir la journée de sa fin de vie ? Pourquoi le tireur s’est-il pris à une journaliste, et une femme par-dessus le marché ? Pourquoi les soldats israéliens se sont acharnés, par des coups de matraques et gaz lacrymogène, contre les Palestiniens endeuillés qui portaient son cercueil de l’hôpital vers son inhumation jusqu’à faillir le tomber par terre ? Parce qu’ils portaient des drapeaux palestiniens ? Selon cette optique, il n’y aurait donc jamais « deux peuples, deux états »…

C’était le chemin de croix de Shireen, elle qui est de confession chrétienne, qui a ému le monde entier qui se rappelle une nouvelle fois que les puissants du monde devraient trouver une solution juste et équitable à un conflit septuagénaire au lieu de s’acharner à jouer avec le feu tout près des poudrières pour allumer d’autres.

*Ancien journaliste de la MAP

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