Par Jaouad Mabrouki*


Si nous croyons à la résurrection selon les religions, nous pouvons alors croire aussi à la résurrection de l’enseignement marocain. Seulement faudra-t-il attendre le dernier jour, le jour de la résurrection ?

Au vu des mécanismes qui structurent la mentalité marocaine et qui se transmettent d’une génération à une autre, je ne crois guère à cette résurrection avant la fin des temps.

Ce qui me rend si certain de mon analyse, ce sont les paramètres mortifères de l’enseignement marocain évoluant de manière plus vigoureuse.

Ci-dessous les cinq principaux facteurs dévastateurs de l’école marocaine :

  • Les parents

Sont nés par l’idiote conformité culturelle, ont mis au monde un nombre considérable d’enfants sans aucune planification particulière, sans aucune conscience du désir d’avoir un enfant ni de la nécessité de la culture éducationnelle. Inconscients, ils considèrent l’école comme un moyen de gagner un diplôme pour vivre aisément et non pas pour servir le pays ou participer à l’évolution de la société. Encore plus grave et paradoxalement, ils croient que ce moyen ne peut servir que ceux qui sont déjà riches et cultivés, car ils voient bien qu’il n’y a pas d’égalité des chances pour tous les enfants marocains. Ainsi ils découragent leurs enfants d’une façon ou d’une autre. Pour eux, c’est perdu d’avance. Il s’agit d’un processus de croyance bien ancré dans le cerveau marocain.

  • Les enseignants

Eux aussi ne croient plus au système et aux objectifs de l’école, car ils se voient eux-mêmes victimes du même système et leur métier n’a pas été choisi par vocation mais juste par dépit. Un moyen pour gagner leur pain quotidien. Tous ces enseignants ont rêvé un jour de réussir dans leurs études afin d’atteindre leurs buts les plus chers. Seulement ce même système scolaire les a brisés. Nous nous trouvons devant des enseignants totalement frustrés. Comment peuvent-ils alors développer et faire évoluer une institution qui les a castrés ?

  • Le boucher de l’école

L’enseignement privé est arrivé avec une machette pour démembrer le cadavre de l’école marocaine. Il a accentué de façon foudroyante l’inégalité des chances des enfants marocains. Une véritable boucherie, un vrai massacre !

Évidement le souci de ce boucher est de vendre le maximum de viande sans se soucier de la santé et du bien-être de la société marocaine.

  • La résignation religieuse « le maktoub »

La culture religieuse avance souvent la théorie du « destin » ou du « maktoub », c’est à dire un croyant doit se résigner à la volonté divine et se contenter de sa part de ce monde, attribuée par le Divin depuis la nuit des temps. Si je suis pauvre, si mes enfants quittent l’école pour être exploités dans la jungle de travail, c’est leur destin, leur « maktoub », c’est la volonté divine ! 

  • La violation de la confiance

Une méfiance paranoïaque s’est installée entre les parents, les élèves, les enseignants et l’école, chaque groupe est méfiant vis-à-vis des autres. Rien n’est plus possible, rien ne peut se construire, c’est la boule de neige, c’est la catastrophe !

Pour pouvoir être optimiste et croire à la résurrection de l’enseignement marocain afin de construire une société marocaine saine et civilisée, il faudrait absolument :

  • Changer tous les parents
  • Changer tous les élèves
  • Changer tous les enseignants
  • Enterrer toutes les écoles privées et publiques

Seul un enseignement sain, démocratique et laïque pourrait reconstruire une nouvelle pensée sociale marocaine !

*Docteur Jaouad Mabrouki, psychiatre, psychanalyste de la société marocaine

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