Pour la première fois depuis 2008, la France présidera le Conseil de l’Union européenne (UE) pour six mois à partir de janvier 2022, rappelle dans un Policy Brief publié le 6 janvier, Hamza Mjahed, analyste en relations internationales au Policy Center for the New South, explore « les enjeux, les contraintes et les perspectives » de ladite présidence, selon un communiqué officiel.

Mjahed propose une lecture des enjeux majeurs de la présidence française du Conseil de l’UE prenant en compte deux dimensions : une géo-économique et l’autre géopolitique.

Voici un résumé du Policy Brief intitulé La France aux commandes de l’Union européenne : les enjeux, les contraintes et les perspectives de la présidence française :

Pour la première fois depuis 2008, la France présidera le Conseil de l’Union européenne (UE) pour six mois à partir de janvier 2022. Dans un Policy Brief publié le 06 janvier 2022, Hamza Mjahed, analyste en relations internationales au Policy Center for the New South, explore les enjeux, les contraintes et les perspectives de ladite présidence.

L’auteur rappelle que : « Le Conseil de l’UE, qui réunit les ministres des États membres de l’UE, joue un rôle important de partage du pouvoir législatif et budgétaire avec le Parlement européen, ainsi que de coordination des politiques de l’Union ».

Cela dit, la présidence française du Conseil pourrait concrétiser les grandes ambitions de la France pour l’UE. En effet, la doctrine du président français Emmanuel Macron serait d’approfondir l’intégration politique de l’Union et de donner à l’Europe l’esprit et les moyens pour faire face aux bouleversements écologiques, sécuritaires, énergétiques et technologiques qui menacent la place de l’Union dans un monde en profondes ruptures.

Cependant, la réalisation de ces objectifs n’échappera pas aux défis auxquels est confronté l’UE : COVID-19, relance de l’économie européenne sur la base des transitions numériques et écologiques, pression migratoire dans le voisinage européen…etc.

Conséquemment, Hamza Mjahed a classifié les enjeux majeurs de la présidence française du Conseil de l’UE en deux dimensions : géo-économique et géopolitique.

+ Enjeux géo-économiques +

L’auteur précise que l’importance des transitions écologique et technologique s’est accrue avec la crise sanitaire. Elles sont toutes deux désormais au centre du renouveau économique de l’UE. Sur le plan technologique, la France veut assurer « le positionnement de l’Europe » dans le monde. En bâtissant de nouvelles filières innovantes de haute intensité technologique (5G, intelligence artificielle, cloud…etc.), l’UE améliorera sa compétitivité technologique, et la présidence française soutiendra une série de plans d’investissements et d’alliances industrielles européennes, ainsi que l’adoption du règlement sur les marchés et les services numériques.

Concernant l’écologie, une des priorités pour les Français est de progresser dans la mise en œuvre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Un succès sur ce dossier serait un énorme pas en avant pour pousser le pacte vert de l’UE au-delà de sa phase naissante. Atteindre la neutralité climatique en 2050 sera une tâche difficile pour l’UE car elle suggère « une profonde transformation de l’appareil productif européen ».

Pourtant, l’adoption de la taxe carbone n’est pas seulement une question technique, car elle a des dimensions géopolitiques et géo-économiques, en redéfinissant les relations commerciales entre l’UE et ses pays partenaires, compliquant ainsi les autres facettes des relations allant de la migration à la sécurité, en passant par le commerce.

+ Enjeux géopolitiques +

La souveraineté de l’UE est aussi un enjeu de taille, et ce dossier est inextricablement lié à deux événements qui aboutiront durant la présidence française : la Conférence sur l’avenir de l’Europe et la Boussole stratégique.

Le premier a une dimension interne. La Conférence permettra d’identifier les aspirations politiques des citoyens européens, et sur un potentiel de réformes des institutions et des traités qui pourrait encore approfondir l’intégration politique des États membres de l’UE.

Le second, la Boussole stratégique, est lié à la dimension extérieure. Ce document, qui sera adopté en mars 2022, précisera la doctrine sur la défense et la sécurité européenne pour aboutir à une analyse partagée entre les États membres sur l’environnement extérieur de l’UE et la dotant de capacités de projection de puissance (hard power). Le processus de réflexion de la Boussole stratégique repose sur quatre dimensions (1) gestion des crises ; (2) résilience ; (3) développement des capacités ; et (4) partenariat.

Enfin, l’Afrique fait l’objet d’un vif intérêt de la part de la présidence française. Après un long report du sixième Sommet UA-UE, qui se tiendra en février 2022, la présidence française entend renouer avec l’élan suspendu à la suite de la crise sanitaire et façonner un nouveau partenariat avec l’Afrique sur les questions de migration, de sécurité, de commerce, de santé et du changement climatique. La France détient ainsi des piliers solides pour relancer la relation entre l’Afrique et l’Europe, à l’heure où d’autres puissances semblent gagner du terrain en Afrique.

+ Le Maroc et la présidence française du Conseil de l’UE +

Le Maroc est concerné par la présidence française dans le sens où elle aura un impact sur son partenariat avec l’UE. L’auteur nous fait part de quatre dossiers que Rabat doit surveiller de près :

• Conférence sur l’avenir de l’Europe :

La Conférence révélera le degré d’ambition de l’UE à amorcer une nouvelle réforme institutionnelle et la refonte des politiques dans tous les domaines, tels les relations commerciales et la politique étrangère, deux dimensions essentielles dans les rapports du Maroc avec son plus grand partenaire commercial.

• Boussole stratégique :

La Boussole stratégique permettra à l’UE d’envisager, à l’avenir, d’intervenir militairement, avec une empreinte de 5.000 soldats, dans des zones de crises qu’elle considère menaçantes à sa sécurité, comme le Sahel. Cela signifie que le Maroc devra composer avec une Union qui se veut géopolitiquement plus imposante sur les questions liées à la sécurité et à la stabilité du voisinage immédiat marocain.

• Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières :

L’adoption du mécanisme peut endommager l’intégrité des échanges du Maroc avec l’UE, en affaiblissant l’industrie et l’agriculture marocaine. Le Maroc devra accélérer ses propres efforts de décarbonisation.

• Réforme de l’espace Schengen :

La migration a approfondi le partenariat entre le Maroc et l’UE, devenant une facette importante de la relation, mais actuellement, la coopération migratoire entre le Maroc et certains pays européens est tendue. Le Maroc devra prêter une attention particulière aux réglementations que l’UE adoptera.

Pour rappel, Policy Center for the New South est un think tank marocain dont la mission est de contribuer à l’amélioration des politiques publiques, aussi bien économiques que sociales et internationales, qui concernent le Maroc et l’Afrique, parties intégrantes du Sud global. À ce titre, le PCNS mobilise des chercheurs, publie leurs travaux et capitalise sur un réseau de partenaires de renom, issus de tous les continents.

Le PCNS organise tout au long de l’année une série de rencontres de formats et de niveaux différents, dont les plus importantes sont les conférences internationales annuelles « The Atlantic Dialogues » et « African Peace and Security Annual Conference » (APSACO).

Article19.ma

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