La signature récemment par le Maroc et la Chine du Plan de la mise en oeuvre conjointe de « l’Initiative la Ceinture et la Route » permettra à Pékin de tirer profit du positionnement du royaume en tant que tête de pont entre l’Afrique et l’Europe, a rapporté le site chinois d’infirmation « South China Morning Post ».

Le média souligne qu’à la différence des autres pays d’Afrique du Nord (Égypte, Libye, Tunisie, Algérie) qui ont signé un protocole d’accord sur l’Initiative la Ceinture et la Route, le Maroc est le premier à s’engager dans le plan de mise en œuvre, lequel détaille la coopération et les projets spécifiques avec la Chine, y compris le planning proposé.

Le plan de la mise en oeuvre conjointe prévoit la création de co-entreprises par les deux pays dans le secteur de l’énergie ainsi que davantage d’investissements chinois dans les secteurs de la santé, des finances et de l’agriculture au Maroc, rappelle South China Morning Post.

Zhang Yuyou, professeur à l’Institut des études du Moyen-Orient de l’Université du Nord-Ouest de la Chine, a indiqué qu’il s’attend à ce que la coopération entre les deux pays se concentre moins sur le commerce mais davantage sur les avantages géographiques du Maroc.

« Dans le passé, la coopération chinoise dans la région était principalement avec des pays riches en ressources, mais le Maroc est une exception », a déclaré Zhang à South China Morning Post, ajoutant: « la coopération entre les deux pays peut créer un modèle de coopération moins basé sur les ressources. »

+ L’accord entre les deux pays pourrait « augmenter le soft power de Pékin +

Le Maroc pourrait être utilisé comme point de transit pour la Chine vers l’Afrique subsaharienne et l’Europe, a-t-il poursuivi, citant l’exemple des fabricants chinois de pièces détachées automobiles dans le royaume qui pourraient vendre leurs produits directement en Europe à bas prix. Pour lui, « le Maroc représenterait une base importante de la Chine en Méditerranée ».

Selon les données officielles des autorités chinoise, le commerce bilatéral entre la Chine et le Maroc s’est élevé en 2019 à 4,7 milliards de dollars américains, dont 4 milliards de dollars d’exportations chinoises.

Les pays européens avec lesquels le Maroc a des liens géopolitiques et historiques dominent toujours les échanges et le commerce marocains. La Chine était le 14e importateur de produits marocains en 2020, derrière l’Espagne, la France, l’Italie, les États-Unis et l’Allemagne.

Zeno Leoni de Lau China Institute du King’s College de Londres a déclaré à South China Morning Post que le plan de coopération pourrait également avoir un potentiel régional pour la Chine, estimant que la coopération de la Chine avec le Maroc pourrait ne couvrir probablement que les infrastructures et le commerce dans le cadre de la coopération sino-africaine.

La société chinoise Huawei a été engagée pour un projet de télécommunications au Maroc en 2019, rappelle, par ailleurs le média chinois.

« Il est peu probable, à ce stade, de voir le même niveau de coopération que nous avons vu dans le Golfe, où davantage de produits haut de gamme – 5G et drones, entre autres – sont devenus importants dans la relation », a souligné Leoni.

« Il est vrai, cependant, que son positionnement géographique le rend (le Maroc) intéressant », a-t-il estimé, relevant que l’accord entre les deux pays pourrait « augmenter le soft power de Pékin et aider les populations de la région à se familiariser avec les institutions et les entreprises chinoises ».

Toutefois, Zhang estime que d’autres pays tels que la France et les États-Unis continueraient d’être des alliés et d’importants partenaires économiques et commerciaux du Maroc.

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