Par Salem AlKetbi*


La situation en Libye se complexifie de jour en jour. Un véritable consensus politique semble encore loin d’être atteint dans ce pays arabe. Les élections, dont beaucoup espéraient qu’elles permettraient de sortir de l’impasse politique et de rétablir la sécurité et la stabilité, ont été reportées d’un mois sur proposition de la Haute Commission électorale.

Au moment de la rédaction de ces lignes, cette date n’avait pas encore été officiellement fixée. La crise électorale en Libye, liée à l’échec des lois électorales et notamment au rôle de la justice dans le règlement des contestations et des litiges électoraux, peut être résolue.

Mais ce qui est vraiment difficile à trouver, c’est l’environnement qui garantit des élections équitables sur l’ensemble du territoire libyen. Les milices et les armes sont dispersées et, de temps en temps, le spectre de nouveaux combats menace. Les raisons de la crise persistante en Libye sont claires pour la communauté internationale, toutes parties confondues.

De nombreuses résolutions, accords et arrangements n’ont pas été appliqués sur le terrain en raison de conflits d’intérêts entre les puissances régionales et internationales, et les divisions aiguës qui en résultent semblent se refléter dans ce conflit.

Par conséquent, la crise dans le pays semble n’être qu’un écho ou une réaction à la crise à l’étranger ou, plus précisément, à l’environnement international qui s’occupe du conflit en Libye. Il est vrai que le report des élections en Libye est justifié par les bases juridiques et légales.

Peu importe qui est responsable des insuffisances et des lacunes législatives qui ont rendu impossible la tenue des élections, qu’il s’agisse de la mission des Nations unies et notamment de l’ancien envoyé de l’ONU en Libye, Jan Kubis, comme beaucoup le pensent, ou d’acteurs libyens. Cela n’exclut pas que d’autres facteurs et considérations soient plus forts que cette raison.

La question importante qui se pose est de savoir si ces élections peuvent conduire la Libye vers une oasis de paix. Ces élections pourraient-elles déjà être la bouée de sauvetage de la Libye ? Le principal dilemme auquel la Libye est confrontée à court terme est, à mon avis, l’impossibilité d’organiser les élections à la nouvelle date initialement prévue pour le 24 janvier.

Ce scénario est peu probable compte tenu des difficultés existantes, notamment en ce qui concerne la mise en place d’un environnement sécuritaire propice à la légitimité des élections. Le report entraîne également des difficultés logistiques et réglementaires.

Les premiers signes indiquent que les puissances occidentales – les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie – exercent des pressions pour obtenir une nouvelle date pour les élections. Dans une déclaration commune, elles ont demandé « la fixation rapide d’une date pour les élections et la publication immédiate de la liste définitive des candidats à la présidence. »

C’est un bon début. Mais il nécessite la mise en œuvre effective de mesures et de positions sérieuses sur le terrain afin d’anticiper les élections puis d’éliminer toutes les causes de chaos qui pourraient empêcher les élus de gouverner le pays. La seule bouée de sauvetage pour la Libye est un consensus politique basé sur la défense des intérêts nationaux du peuple libyen.

Cette tâche ne sera pas résolue par des élections, mais par un dialogue sérieux entre toutes les parties en Libye. Les véritables désaccords ne se concentrent pas sur la date des élections, mais sur la priorité à accorder d’abord au Parlement ou à la Présidence. En outre, des armes sont brandies à chaque occasion qui se présente.

Dans ce contexte, il convient de rappeler que l’urne électorale peut théoriquement être un point de départ pour la stabilité et la résolution des conflits dans tout pays en proie au chaos, aux troubles et aux divisions.

Dans la pratique, il reste toutefois au consensus de toutes les parties à faire appel à la population pour qu’elle écoute ses voix et considère le vote comme le moyen le plus sûr de prendre un bon départ dans l’après-conflit. L’expérience montre cependant autre chose, en fonction de la diversité des situations, notamment dans les pays arabes.

Par exemple, les nombreuses expériences électorales en Irak n’ont pas donné suite à la stabilité politique souhaitée dans le pays. Dans un article précédent, j’ai souligné que le véritable souci en Libye n’est pas la manière dont les élections sont organisées, mais la possibilité même de les organiser. J’ai souligné que la situation en Libye était très nébuleuse.

Certains candidats puissants sont soutenus par des États influents dans les affaires libyennes et font face à l’opposition d’autres États qui ne sont pas moins influents, que ce soit en raison de leur situation géographique, de leurs liens traditionnels ou de leur statut international, qui donne à tel ou tel parti une influence ou la possibilité d’agir et d’exercer une influence.

Personnellement, je considère que le dilemme en Libye, comme dans d’autres pays arabes, est que l’ancien modèle de gouvernance n’est plus pertinent. Le modèle chaotique du changement a fait entrer le pays dans la sphère des États défaillants.

C’est pourquoi il reste à miser sur la capacité des citoyens à surmonter la complexité du présent et l’amertume du passé et à se projeter dans l’avenir sur la base de la réconciliation nationale.

À tout cela, il n’y a pas d’autre alternative que la soumission à la volonté des organisations terroristes, de l’extrémisme et des groupes politiques qui n’ont pas de projet capable de surmonter les crises sociales et de remettre l’État à sa place légitime.

Ainsi se perpétue le système chaotique qui entretient tous les facteurs d’échec, de chaos, de violence et d’effusion de sang, non seulement en Libye, mais dans toute la région arabe où nous vivons.

Le scénario dont toutes les parties en Libye et les puissances régionales et internationales doivent se méfier est que la Libye devienne un autre Liban, où des milices et des forces disposant d’armes, d’influence et d’allégeances extérieures contrecarrent l’influence de l’État et de son armée nationale, ou du moins perturbent les institutions chargées d’établir la sécurité.

Cela suppose que tous dépassent les conflits tribaux et régionaux, mettent en avant l’intérêt national et se concentrent ensuite sur l’essentiel, à savoir se débarrasser des milices et limiter l’armement à l’État, car c’est la seule façon de garantir la sécurité et la stabilité pour le peuple libyen.

*Politologue émirati et ancien candidat au Conseil national fédéral

Article19.ma