Réaction. La famille du leader de la gauche marocaine Mehdi Ben Barka, enlevé et assassiné en 1965 à Paris, a réfuté « les contrevérités » publiées récemment sur ses relations avec les services secrets tchèques.
Pour rappel, le quotidien britannique The Guardian a publié dimanche dernier un article dans lequel un chercheur de l’Université Charles de Prague du nom de Jan Koura affirme que l’opposant marocain était un espion et ce sur la base de documents tchèques déclassifiés datant de la période de la guerre froide.
Dans un communiqué, relayé par Hespress, la famille Ben Barka se dit être choquée et irritée par ces « révélations fallacieuses » basées sur aucune analyse qui tient compte du contexte historique et politique de la période concernée, estimant que les allégations qui ont été publiées visent à « porter atteinte à la mémoire de Mehdi Ben Barka et à dénigrer son action et sa pensée politique en faveur des luttes des peuples contre le colonialisme, l’impérialisme et le sionisme, pour leur libération politique et sociale et pour la démocratie ».

Pour la famille, « ces attaques contre la mémoire de l’un des leaders les plus importants du Tiers-Monde et un symbole de résistance au colonialisme, au sionisme et à l’impérialisme se sont multipliés ces dernières années, en grande partie à travers la désinformation et la calomnie. »

La famille Ben Barka a indiqué que le journal britannique « The Guardian » a publié l’intégralité des thèses de Jan Koura en reprenant un article du journaliste tchèque Petr Zidek publié en juillet 2007 par l’hebdomadaire français « L’Express ».
« Ce n’est pas la première fois que la mémoire de Ben Barka fait l’objet d’attaques », souligne la famille, ajoutant que « ses ennemis, ses adversaires et ses détracteurs essaient de le présenter comme un simple espion pour un service de renseignement, aujourd’hui les renseignements tchécoslovaques, auparavant le Mossad israélien, et pourquoi ne pas dire demain qu’il était un informateur de l’agence américaine CIA ou du Cap1 marocain ? ».Le conte de Jan Koura, de Prague et du Bloc socialiste

Pour réfuter les dires du chercheur Koura, la famille Ben Barka relève que ce dernier s’est basé sur des documents déclassifiés sans aucune analyse pour affirmer que Mehdi entretenait une relation avec les renseignements tchécoslovaques contre de l’argent.

« Jan Koura a négligé le fait qu’il s’agit d’une matière première produite par un service de renseignement qui n’a pas été probablement corrigée ou qui est incomplète », estime la famille soulignant que l’article du Guardian suit la même logique sans plus d’investigation et sans tenir compte des remarques faites par la famille au journaliste du quotidien lorsqu’il avait pris contact avec elle.
Pour la famille de Mehdi Ben Barka, Jan Koura avait complètement négligé le contexte géopolitique de la période en question, puisque Prague était le siège d’organisations internationales progressistes telles que la Fédération syndicale mondiale et la Fédération internationale des étudiants, lesquelles en ont fait un passage obligé pour les dirigeants politiques des organisations internationales telles que l’Organisation de solidarité avec les peuples afro-asiatiques.
Selon le communiqué de la famille, les billets des voyages et l’hébergement de ces dirigeants étaient payés soit directement par les caisses de ces organisations, soit par des comités locaux de solidarité (comme le Comité tchécoslovaque), qui servaient de lien de soutien financier international au camp socialiste.
Mehdi Ben Barka a été membre du secrétariat de l’Organisation de solidarité avec les peuples afro-asiatiques et vice-président du comité du Fonds de solidarité en charge de la collecte des aides financières pour les mouvements de libération nationale dans les pays du tiers monde et le futur dirigeant de la Commission préparatoire de la Conférence de solidarité pour les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, et à ce titre, il se rendait régulièrement en Asie, en Afrique, à Cuba et en Europe, et une assistance a été fournie par l’intermédiaire de la Tchécoslovaquie pour soutenir le travail politique des forces progressistes en termes d’équipement, de formation de militants et de bourses, précise le communiqué de la famille Ben Barka.
La même source indique qu’étant donné l’importance de Prague,  Mehdi Ben Barka s’y rendait régulièrement, et il ne serait pas surprenant que les responsables tchèques aient profité de l’occasion pour le rencontrer en tant qu’éminent homme politique et militant du Tiers-Monde.Ben Barka était un leader politique

Les analyses de Mehdi Ben Barka sur la situation au Maroc, en Afrique et dans le tiers monde sont importantes et il n’y a aucune raison pour qu’elles ne soient pas exploitées par un diplomate ou un homme politique d' »un pays ami » en ce sens que Ben Barka jouait son rôle de leader politique en tenant régulièrement des réunions de travail avec des chefs d’État tels que Gamal Abdel Nasser d’Egypte, Ben Bella d’Algérie et Nkrumah du Ghana.

De même, souligne la famille, Ben Barka n’avait pas besoin d’un intermédiaire comme un second secrétaire de l’ambassade de Tchécoslovaquie à Paris ou de se rendre à Prague pour interagir avec des responsables soviétiques, car il avait déjà ces contacts lorsqu’il était président du Conseil national consultatif après l’indépendance du Maroc.Dénigrements et calomnies

Pour sa famille, Mehdi n’a jamais dévié de sa ligne politique et idéologique de la lutte anti-coloniale et anti-impérialiste à travers le renforcement de la solidarité internationale tout en préservant le mouvement tiers-mondiste des influences soviétiques et chinoises.

Ben Barka a été victime d’un enlèvement en 1965, un crime politique qui l’a empêché de mener à bien son combat pour moderniser la société marocaine et unifier les mouvements progressistes du Tiers-Monde, rappelle le communiqué, relevant que ses idées et ses actions continuent d’alimenter les luttes de générations de Marocains et de militants d’autres pays.
La famille estime que ces attaques portées à la mémoire de Ben Barka ne pourraient réduire son combat et sa contribution à l’émergence d’une nouvelle société.
Elle se dit aussi étonnée de la facilité avec laquelle certains ont eu accès à des milliers de documents, alors que la famille se heurte, depuis 56 ans, à de « grandes difficultés » pour accéder à des documents de renseignement qui pourraient aider à connaître la vérité sur le sort de Mehdi Ben Barka.
Article19.ma