Par Ali Bouzerda


On est ferme par principes, mais on est tenace par caractère ou plutôt par tempérament, dit-on.

Autrefois, c’est Benkirane que les réseaux sociaux « lynchaient » presque quotidiennement afin de le faire taire. Aujourd’hui, c’est son ami l’avocat et ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, qui en est devenu la cible.

Et pourtant, les deux hommes n’ont ni le même âge ni les mêmes convictions politiques, leur seul point commun : être des hommes de principe et surtout tenaces.

Dans les années 90 du siècle dernier, j’ai fait la connaissance du jeune avocat dans le Cabinet de feu Me Ahmed Benjelloun. Ouahbi, comme son mentor, étaient des militants de gauche, très actifs dans la défense de la liberté d’expression et des droits humains lors d’une triste époque.

Un jour, il me révéla que par « solidarité maghrébine », il envisageait de s’envoler pour Tunis pour y accomplir la noble mission de prendre part, en tant qu’avocat, au procès d’activistes tunisiens que le dictateur Ben Ali comptait sans nul doute mettre à l’ombre pour de longues années.

Je pensais que c’était juste une idée que cet avocat idéaliste caressait, ni plus ni moins.

Eh bien, pas du tout. On était un lundi, si ma mémoire est bonne, et j’ai appris par surprise, le lendemain, l’interpellation de Ouahbi par la police tunisienne. La nouvelle a été diffusée par l’agence Reuters et l’avocat marocain était bel et bien entre les mains des tortionnaires tunisiens…

Ouahbi savait ce qui l’attendait mais n’a pas hésité de prendre le risque pour aller défendre une noble cause.

On peut appeler cela « ténacité » mais ce que souvent oublient ses détracteurs, c’est que Ouahbi va toujours jusqu’au bout de ses engagements. Il dit ce qu’il va faire et fera ce qu’il a dit, sauf… comme on dit au Royaume du Maroc : « Allah ghalab a Taleb » (c’est plus fort que moi).

Bref, « revenons à nos moutons », disait Rabelais au XVIème siècle. Ouahbi, l’actuel ministre de la Justice aurait-il commis quelques « impairs » en parlant « trop », peut-être, ou aurait dit « tout haut ce que tout le monde disait tout bas », ou plutôt « trop tôt » et publiquement en plus… de ces choses qui dérangent tellement qu’elles sont devenues des « tabous », comme l’amnistie concernant les détenus politiques au Maroc, notamment ceux du Rif…

La liste des « faux pas » est longue, au yeux de ses détracteurs, jaloux et envieux. « Pourquoi lui, ministre de la Justice et pas moi ? », la même question qui revient en boucle dans les salons feutrés de la capitale Rabat, et où les commérages deviennent des vérités médiatiques.

L’avocat, car Ouahbi est un avocat dans l’âme, n’a pas esquivé les questions « embarrassantes » de Ramdani sur Med Radio le vendredi 17 décembre 2021. Il a répondu « Sans langue de bois » lors de cette émission qui porte ce nom, notamment sur les réformes importantes des textes de lois relatifs à la procédure du Code pénal qu’il s’est attelé à réaliser en tant que ministre de la Justice, et ce contre vents et marées, pour ne pas dire clairement « les résistances » des uns et des autres…

« En tant que ministre de la Justice, je ferai mon travail et proposerai les réformes nécessaires… le reste c’est aux membres du gouvernement d’assumer », a-t-il affirmé et répété à qui veut l’entendre au micro de Med Radio.

On ne peut plus clair ?

Quant à l’histoire anecdotique relative à « la couleur des chaussettes » qui a même été évoquée de manière honteuse par un député du MP dans l’hémicycle, Ouahbi (originaire de Taroudant) a levé partiellement le voile sur les tenants et aboutissants afin de répondre aux méchantes critiques, en ces termes:

« En tant que président du Conseil communal de Taroudant, le développement de cette région me tenait à cœur… et j’ai surtout une dette à l’égard de cette ville et de ses habitants… ».

Et c’est dans ce cadre qu’il a déploré la situation du complexe culturel de la ville, qui a été construit il y a des années, mais qui est resté hors de service.

« Immédiatement après avoir été élu à la présidence du Conseil communal, j’ai décidé d’édifier un institut musical à l’intérieur de ce complexe culturel… Lors d’une visite de terrain en compagnie du ministre de la Jeunesse et de la Culture, Bensaid qui a exprimé le soutien à ce projet, le délégué de ce ministère a estimé que la réalisation de l’institut n’aura aucun impact positif, sachant que ce délégué n’a jamais organisé la moindre activité culturelle, à l’exception des initiatives prises par le gouverneur de la province de Taroudant », rappelle Ouahbi.

Et d’ajouter qu’après avoir déployé des efforts pour doter cet institut des instruments de musique nécessaires au profit d’enfants qui n’ont jamais bénéficié de ces services, les responsables de la ville lui ont confié que ce délégué « fait obstacle à toute initiative culturelle » depuis toujours.

Make the story short, disent les américains : ce que voulait le délégué en question, c’est plutôt utiliser les fonds pour construire « son propre bureau » et étendre ses pouvoirs déjà surdimensionnés.

Ouahbi n’a pas pu supporter « l’abus de pouvoir », lui l’avocat qui a lutté pendant des décennies contre ce genre de dérapages.

On lui reproche d’avoir « intimidé » le délégué en question mais à regarder de plus près, cet incident passager que certains qualifient « d’écart de langage » mérite-t-il tout ce tapage médiatique ? Ou plutôt y aurait-il « anguille sous roche » quand on découvre que certains vont jusqu’à demander sa tête ?

Curieux quand même!

In fine, Ouahbi, le ministre, l’avocat et le leader incontesté du PAM, est comme cet homme debout de pied ferme, la tête haute… il sait bien qu’il est « tenu en joue » mais, contrairement à ce qu’espèrent ses ennemis, il ne flanchera pas, car il est ce Berbère du Souss fier, digne et tenace… et qu’advienne que pourra…

A bon entendeur salut !

Article19.ma

1 COMMENTAIRE

  1. J’apprécie le titre mais pas tout le contenu de l’article avec tous mes respects à son auteur.

    S’agissant du titre, la tempête ne concerne, en effet, que M. Ouahbi en tant que personne, contrairement aux allégations d’un titre d’un article par lequel son auteur accuse tous ceux qui critiquent soit M. Ouahbi la personne publique (Très important de la préciser), soit M. Ouahbi le ministre de vouloir porter atteinte, tenez-vous bien, à la direction du Parti authenticité et modernité (PAM) !

    Si M. Koudar, pour ne pas le citer, considère que le chef de son parti est un Symbole parfait, intouchable et non critiquable c’est son affaire, mais il ne doit pas intimider les critiques politiques professionnels ou amateurs occasionnels comme Âbdou Rabbih en sous-entendant, par le biais du titre de son post, que toute critique à l’encontre de M. Ouahbi est considérée comme un délit de diffamation passible, par conséquent, de poursuites judiciaires.

    Pour lire l’article de M. Koudar, taper sur google :
    ‘’M. Koudar : Abdellatif Ouahbi fait l’objet d’une campagne de diffamation qui vise la direction du PAM’’ (!)

    N.B : Ce que j’apprécie aussi dans l’éditorial de M. A. Bouzerda, c’est qu’il n’a pas utilisé le mot ‘’diffamation’’ mais il a utilisé le mot ‘’ lynchage’’ (il s’agit bien entendu de lynchage politique) qui est devenu un terme très anodin et très courant dans l’Hexagone et qui est utilisé surtout pour donner un caractère exagéré à une critique politique, sans plus.

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