Par Ali Bouzerda

Au Maroc, les dés sont jetés et les spéculations vont bon train concernant le parti qui décrochera la première place lors des élections législatives du 8 septembre prochain.

Le Rassemblement national des indépendants (RNI) serait la vedette surtout si l’on juge par le raz-de-marée lors du récent scrutin des chambres professionnelles. Bien évidemment, le parti de la Colombe de M. Aziz Akhannouch dispose de « gros moyens » pour convaincre les indécis dans sa longue marche pour l’accès à la Primature.

Dans cette compétition surtout politique par les temps qui courent, l’argent est devenu « le nerf de la guerre ». Et sans prétendre être dans le secret des dieux, l’argent ne manque pas chez le milliardaire du RNI. Ses adversaires chuchotent qu’il aurait déjà dépensé 200 millions de dirhams de sa poche, soit l’équivalent de 20 millions de dollars à la dimension américaine. Vrai ou faux, une chose est sûre, « l’usage de l’argent » cash ou en nature, a été dénoncé dans un communiqué conjoint par cinq formations politiques, le PJD, PAM, MP, UC et PPS.

Le risque de l’usage de l’argent dit “sale” risque de bousculer les pronostics lors de ces échéances, surtout que les programmes chiffrés socio-économiques des partis en lice sont loin d’être persuasifs. On peut parier que peu d’électeurs se donneront la peine de décortiquer en détails les programmes des 33 partis en compétition avant de faire l’effort de se déplacer le 8 septembre pour voter en faveur du meilleur d’entre eux.

Et dans cet ordre d’idées, العزوف الإنتخابي, l’abstention électorale où les abstentionnistes, dont parle souvent le leader du PPS, Nabil Benabdallah, pose un vrai casse-tête aux partis traditionnels. Toutefois, ce phénomène aurait,  par contre, favorisé par le passé les islamistes du Parti Justice et Développement (PJD).

En fait, le parti de la Lampe dispose d’une base électorale « loyale » et « stable » estimée à des centaines de milliers de sympathisants, « ce qui fait sa force », dit-on.

Ce constat était valable avant et durant le mandat de Benkirane, mais après dix années passées au service de l’État, le PJD a bien laissé des plumes, usé par le pouvoir, comme ses prédécesseurs…

Entretemps, beaucoup de choses ont changé au Maroc et la vision des électeurs avec, y compris les sympathisants du PJD eux-mêmes. Ces derniers ont été « profondément  déçus » par les promesses de Benkirane et le coup de grâce du psy El Othmani… sans oublier les scandales de certains de leurs figures emblématiques, relèvent des observateurs proches du parti.

Le discours de la « victimisation » et la « diabolisation » des adversaires, notamment du Parti Authenticité et Modernité (PAM) ne tient plus, d’autant que Abdellatif Ouahbi, secrétaire général du PAM a fait « la paix des braves » avec le PJD et son leadership.

Notant qu’à moins de quatre semaines du jour J, les frérots d’El Othmani sont en pleine crise, surtout que 20 figures influentes du parti ne se présenteront pas aux prochaines élections, soit près des deux-tiers des membres de son secrétariat général, des poids lourds comme Mustapha Ramid et Mohamed Yatim, à titre d’exemple.

Par ailleurs, le grand manitou du PJD qui autrefois faisait le beau et le mauvais temps…, a décliné de se présenter à Salé, préférant ainsi sa confort retraite aux tracasseries et aux maux de tête de la campagne  électorale.

Bref, le PJD qu’on donnait « favori » il y a quelques semaines, sème actuellement « le doute » et « la confusion » aux yeux d’analystes bien avertis; non pas à cause de sa dégringolade lors des récentes élections des chambres professionnelles mais parce que  le vent a tourné. Et du coup, les islamistes dits « modérés » et « gentils » seront obligés de « mettre de l’eau dans leurs verres de thé » et se contenter de la deuxième ou la troisième position lors du verdict des urnes septembre prochain,  affirme-t-on.

Pourquoi ce changement ? La réponse est simple : le PAM sous la direction de Ouahbi aspire, en toute légitimité, après plus d’une décennie dans l’opposition à décrocher la première place, partant de l’hypothèse suivant : le parti est présent partout et couvre presque toutes les circonscriptions du territoire national y compris dans les provinces du Sud.

Il faut rappeler  au passage, qu’avec l’avocat et polémiste Abdellatif Ouahbi, le PAM a changé de discours politique et de stratégie de communication. Cela a contribué à améliorer nettement  son image et sa crédibilité; rompant ainsi de manière radicale avec l’approche conflictuelle et controversée de l’ex-secrétaire général, Ilyas El Omari.

Un nouveau paramètre crucial est entré en jeu cette année : le quotient électoral qui vient d’être adopté par le Parlement. Il ne permet plus aux partis de décrocher plus d’un seul siège dans les 92 circonscriptions à travers le Royaume.

Autrefois, grâce un discours populiste plat, les islamistes du PJD faisaient des promesses dans les quartiers populaires et miroitaient aux électeurs les avantages de leurs projets « halal » virtuels, ce qui les aida à arracher jusqu’à trois sièges dans un même endroit et à écraser leurs adversaires…

Mais, il faut se rendre à l’évidence, le temps où les barbus avaient le vent en poupe au Maroc et ailleurs est révolu. Ce changement d’époque aura, sans nul doute, un impact sur les résultats des élections de septembre et surtout sur  la prochaine configuration de la Chambre des députés.

Et dans cet ordre d’idées, quand les téléspectateurs suivent l’émission grand public de la SNRT نقطة الى السطر (Point à la ligne), ils découvrent la différence qualitative du discours et des messages des leaders de partis. Dans le lot, Ouahbi (PAM) a réussi à mieux faire passer les messages de son Tracteur. Les autres, par manque de charisme ou d’éloquence, leurs explications n’ont même pas réussi à convaincre les trois journalistes-interviewers sur le plateau de télévision (au prime Time)… et dire que le public marocain aurait compris quelque chose ?

En attendant, sauf miracle, le temps des islamistes à la Primature semble terminé, et ce par la force des choses… et suite à une décennie de gestion économique et sociale calamiteuse, sans vision et sans visibilité.

In fine, la question qui se pose : cette fois-ci, qui sera « l’heureux élu » pour le poste de chef de gouvernement pour le mandat 2021 – 2026 ?

 « La voie du Makhzen est impénétrable… », disait ma grand-mère.

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