L’administration Biden a extradé lundi un détenu de Guantánamo Bay vers le Maroc, premier transfert d’un détenu de la prison de haute sécurité après une interruption des extraditions depuis 2017 par l’administration Trump.

Selon le quotidien américain The Washington Post, le transfert d’Abdellatif Nassir, qui a été détenu sans être inculpé ni jugé pendant près de deux décennies, laisse 39 autres détenus dans la base militaire située à la pointe-est de Cuba et montre de manière concrète comment l’administration compte finalement entreprendre la fermeture de la prison.

Les États-Unis sont « extrêmement reconnaissants de la volonté du Royaume de soutenir les efforts américains en cours pour fermer le centre de détention de Guantánamo Bay », a souligné le Pentagone dans un communiqué.

L’administration de George W. Bush avait commencé à transférer les personnes suspectées de terrorisme à Guantánamo Bay à la suite des attentats du 11 septembre 2001. À son apogée, la prison comptait quelque 700 détenus et était devenue au niveau mondial un symbole des dépassements américains dans sa réponse aux menaces extrémistes.

Le président Barack Obama avait promis de fermer la prison mais, face à l’opposition du Congrès, il n’a pas pu le faire. Son administration a transféré plus de 170 prisonniers vers leur pays d’origine ou des pays tiers.

+ Au Maroc, Nassir sera interrogé par la police afin de déterminer s’il devait y être poursuivi +

Le président Donald Trump avait quasiement interrompu ces transferts en s’opposant à la fermeture du centre et en menaçant d’y envoyer d’autres suspects du terrorisme. Nassir, accusé d’être un combattant d’Al-Qaïda, détenu depuis 2002, était l’un des cinq prisonniers dont les transferts avaient été préparés à la fin de l’administration Obama mais qui n’ont pas abouti.

L’administration Trump n’a transféré qu’un seul prisonnier, un homme que les autorités ont extradé vers l’Arabie saoudite afin qu’il puisse y purger sa peine.

S’adressant aux journalistes après l’annonce du transfert, les responsables de l’administration Biden ont refusé de dire si Nassir serait libéré ou soumis à une nouvelle détention au Maroc. Une instance de l’administration américaine avait recommandé son transfert en 2016.

Un responsable marocain proche du dossier, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a indiqué que Nassir était interrogé par la police à la suite de son transfert afin de déterminer s’il devait y être poursuivi, ajoutant qu’un juge marocain a ouvert une enquête sur son implication présumée dans des actes terroristes.

Dans une déclaration diffusée par un groupe de défense basé au Royaume-Uni, Reprieve, le frère de Nassir, Mustafa, a déclaré que sa famille avait attendu près de 20 ans son retour au Maroc.

« Les cinq dernières années, depuis qu’il a été autorisé à être transféré mais maintenu à Guantanamo par le président Trump, ont été les plus difficiles de toutes », a-t-il affirmé.

Hina Shamsi, qui dirige le projet de sécurité nationale de l’Union américaine des libertés civiles (American Civil Liberties Union), a exhorté l’administration Biden à négocier le transfert des autres prisonniers restants.

« Nous sommes heureux que l’épreuve de M. Nassir dans un système que le monde reconnaît comme un symbole des violations américaines des droits de l’homme se termine », a-t-elle déclaré. « Mettre fin à deux décennies de détention militaire injuste et abusive d’hommes musulmans à Guantanamo est une obligation en matière de droits humains et une nécessité de sécurité nationale ».

+ 20 ans après le 11 septembre, le procès de 5 hommes inculpés dans ces événements n’a pas commencé +

D’autres personnes qui s’opposent au traitement réservé par le gouvernement aux détenus, y compris un groupe de sénateurs démocrates, ont exhorté le président Biden à agir rapidement et à fermer le centre de détention.

L’attachée de presse de la Maison Blanche, Jen Psaki, a déclaré lundi que bien que Biden reste déterminé à fermer Guantánamo, l’administration n’a pas de date limite pour l’effectuer.

« Il y a plusieurs composantes dans ce processus. Il comprend des notifications et des consultations avec le Congrès. Ce n’est pas quelque chose qu’un individu, même le président des États-Unis, peut faire seul », a déclaré Psaki.

En plus du sort des détenus qui, selon les autorités, pourront être transférés à l’étranger, l’administration Biden doit faire face à un processus de procès militaire impliquant environ une douzaine de prisonniers détenus à Guantanamo. Le processus de commission militaire mis en place sous Bush, et révisé sous Obama, n’a pas permis de rendre des verdicts dans les délais pour la plupart des prisonniers impliqués, relèvent les critiques.

Le travail de la Commission a été ralenti en partie par les répercussions juridiques de la torture des détenus et la logistique difficile impliquée dans la mise en place des procédures dans un établissement inaccessible et de haute sécurité.

Près de deux décennies après le 11 septembre, le procès de cinq hommes inculpés dans ces événements n’a pas commencé, embourbé dans une procédure préliminaire. Le mois dernier, le procureur en chef de la commission a démissionné après une décennie en poste.

Néanmoins, Biden reste favorable au processus, a fait savoir Psaki.

De hauts responsables ont déclaré que l’administration tenterait de réinstaller d’autres prisonniers dont le transfert a été approuvé.

« Nous sommes très concentrés sur un processus délibéré et approfondi pour réduire de manière responsable la population carcérale », a souligné un responsable, qui a requis l’anonymat en vertu des règles établies par l’administration.

Il y a 10 prisonniers éligibles pour le transfert et 12 autres à un certain stade du processus de la commission militaire, alors que 17 pourraient éventuellement être approuvés pour le transfert ou soumis à une détention indéfinie à Guantanamo ou ailleurs.

Les républicains du Congrès ont exprimé leur opposition à la fermeture de la prison ou à l’envoi de prisonniers aux États-Unis pour une détention ou un procès supplémentaires.

Article19.ma

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