PHOTO : CREDIT KARIM TIBARI

Par Ali Bouzerda


Nouvelle publication. «Le temps du Maroc» de Abdelmalek Alaoui, un livre qui tout d’abord impressionne par la quantité des chiffres, des statistiques et par ses références historiques. Il retrace en détail la période de la crise sanitaire, qui s’étale sur 500 jours, et les décisions avant-gardistes prises par l’État marocain durant l’«épreuve collective» face à l’ennemi invisible, le coronavirus.

« Cette période si particulière, je l’ai préssentie comme étant, pour Mohammed VI, ce que fut la Marche verte pour Hassan II : une épreuve du feu », à écrit Alaoui, dans le premier chapitre de son nouveau livre «Le temps du Maroc», paru aux Éditions la Croisée des Chemins, à Casablanca.

Le livre en 357 pages, divisé en 16 chapitres, avec ses citations qui annoncent la couleur d’un contenu bien documenté et révèle que l’auteur est bel et bien un grand lecteur, polyglotte et polyvalent.

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Alaoui, tout au long de son livre, abordera la stratégie du Maroc sur les plans économique et social pour faire face de manière rapide et efficace à la pandémie du Covid-19. À titre d’exemple, il cite la question cruciale des masques de protection, qui au mois de mars 2020 n’étaient pas disponibles de manière suffisante sur le marché.

Et instructions royales, le Maroc réalisera le miracle et produira en peu de temps suffisamment de masques pour sa population et en exportera en masse vers d’autres pays européens et africains.

« Entre le 21 mai et le 8 juin 2020, plus de dix-huit millions et demi de masques marocains sont exportés vers onze pays. La France, qui s’est retrouvée piégée avec des stocks largement insuffisants, en reçoit 33,6%, le Portugal 28,5% et l’Espagne 14,6%. Mais l’Italie et l’Allemagne et, en Afrique, la Mauritanie, l’Algérie, le Sénégal en profitent. Tout comme le Mexique, de l’autre côté de l’Atlantique » a-t-il précisé.

Ce sera la même stratégie qui sera adoptée plus tard pour l’approvisionnement en vaccins anti-Covid-19.

« À la fin du mois d’août, une conversation téléphonique a lieu. Elle est opportunément relayée par les agences officielles : Mohammed VI et Xi Jinping confirment que la « Chine est prête à promouvoir la coopération avec le Maroc sur le développement et la production de vaccins contre la Covid-19». Le dirigeant chinois en profite pour réitérer son credo de diversification des alliances : « Il a suggéré que la Chine et le Maroc travaillent ensemble avec d’autres pays pour défendre le multilatéralisme », rappelle l’auteur.

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En toute élégance, dès le début jusqu’à la dernière page, Alaoui n’a pas cherché à fâcher personne et s’est abstenu d’ailleurs de donner des leçons à quiconque. En fait il n’a fait que constater et présenter un bilan des initiatives courageuses du Roi Mohammed VI sans oublier les efforts entrepris sur le terrain par les pouvoirs publics afin de contenir et tenter d’éradiquer le virus du Covid-19.

Et comme on dit chez Reuters: “stick to the facts” (il faut s’en tenir aux faits) pour être crédible. L’auteur a respecté cette sagesse et n’a fait ainsi que rappeler des faits, rien que des faits.

Mais il faut toutefois avouer que s’il a été courtois avec le grand banquier Othmane Benjelloun et le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, l’écrivain a toutefois dérogé à la règle en relatant les impairs de Nabila Mounib sur le virus du Covid-19 et d’Abdelilah Benkirane sur la normalisation avec Israël.

Le polémiste islamiste et ex-chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane a notamment pris une position mi-figue, mi-raisin sur la question controversée du rétablissement des relations diplomatiques entre Rabat et Tel-Aviv.

« Concernant la reprise des relations diplomatiques avec Israël, en redoutable manœuvrier, Benkirane ne sort pas du bois. En privé, il ne s’abstient pas de dire tout le mal qu’il pense de la chose, mais son sens tactique garde le dessus », relève l’auteur sans verser dans la surenchère politique.

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Face à l’apparition du coronavirus et aux incertitudes qui l’accompagnent, le Maroc décide de fermer partiellement ses frontières afin de protéger la population, toutefois des voyageurs de différentes nationalités se sont retrouvés bloqués aux aéroports en attendant d’être rapatriés. Mais le président français Emmanuel Macron est apparemment impatient et souhaite que ses concitoyens soient “privilégiés” et évacués, illico presto.

« Un message d’Emmanuel Macron, au lieu d’arranger les choses, va les envenimer. Il tombe sur le compte Twitter officiel du président, le 14 mars à 17h28. « À nos compatriotes bloqués au Maroc : de nouveaux vols sont en cours d’organisation pour vous permettre de regagner la France. Je demande aux autorités marocaines de veiller à ce que tout le nécessaire soit fait au plus vite », précise le président français.

«En quelques minutes, la toile marocaine s’enflamme, fustigeant l’ancienne puissance coloniale et mettant à l’index le chef de l’État français. «On se croirait à l’époque du protectorat, ça va Hubert Lyautey?», réagit un instituteur. «Le Maroc est un État souverain. On ne demande pas à un État souverain de faire, mais on implore son aide», s’insurge un autre «twitteur».

«Vous vous prenez pour qui pour vous adresser ainsi aux autorités de notre pays ?», ajoute la chanteuse et actrice Khansa Batma qui ne se cache pas derrière un pseudonyme sur les réseaux. Le ton comminatoire du premier des Français rappelle aux Marocains des souvenirs douloureux hérités d’une autre ère. La mèche est allumée. Repris par l’agence Reuters, le message maladroitement formulé d’Emmanuel Macron ajoute encore plus de tension à la situation plutôt chaotique. À Rabat, le message ne passe pas non plus, rappelle l’auteur.

Et de préciser : « En particulier l’expression «au plus vite»… D’autant que le pays fait tout pour organiser, dans la discrétion, des dizaines de vols supplémentaires afin de rapatrier sur un pied d’égalité les cas considérés comme urgents. »

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Dans un style journalistique fluide, sobre et concis, l’auteur dévoile que « Mohammed VI s’apprête à abattre une carte secrète qu’il prépare depuis de longs mois, voire des années : l’exploitation légale de l’« or vert » majoritairement cultivé dans cette région. Le cannabis «thérapeutique» (et donc légal) prépare son entrée en scène.

D’autant qu’une fenêtre d’opportunité vient de s’ouvrir. Le 3 décembre 2020, la Commission des stupéfiants des Nations unies (CND), organe de décision de l’organisation sur les drogues, a décidé de retirer le cannabis de la liste des drogues les plus dangereuses, ouvrant la voie à un usage thérapeutique, et donc à une exploitation industrielle. L’information n’a pas échappé au Maroc, qui reste le premier producteur mondial de résine de cannabis», raconte Alaoui.

Bien évidemment, les islamistes du PJD à leur tête Benkirane vont s’opposer farouchement à la légalisation du cannabis, en entamant un bras de fer au sein de l’hémicycle mais sans succès. Le texte sur la légalisation a toutefois été adopté par les deux chambres du Parlement.

Alaoui saisit l’occasion pour les décrire avec cette métaphore assassine : « les islamistes ont mis de l’eau dans leur thé », une allusion au pragmatisme pour ne pas dire l’approche realpolitik face à l’évolution des événements sur le cannabis et sur la normalisation des relations maroco-israéliennes.

L’auteur n’a pas oublié, par ailleurs, l’impact du printemps arabe et ses conséquences sur de nombreux pays comme la Tunisie, la Libye et l’Égypte.

À cette occasion, il citera Alain Juppé, qui était en déplacement au Maroc en mars 2021 : « Dans le contexte des «printemps arabes», le Maroc a été exemplaire. Ici, le printemps arabe est un vrai printemps. »

Selon l’auteur, si les Marocains sont conscients que le Roi Mohammed VI a su négocier brillamment le virage des révoltes arabes en donnant un vrai sens au modèle marocain. Les islamistes du PJD devaient de leur côté préserver ce modèle chèrement acquis.

En fin analyste politique, l’auteur, qui s’est penché au jour le jour sur les mesures décisives prises par le gouvernement marocain, n’a pas hésité à livrer des clés de lecture du Maroc, cet Etat-nation millénaire, en évoquant le passé glorieux mais parfois tumultueux des souverains, Moulay Ismaïl, Mohammed V et Hassan II.

« le Maroc intensifie ses relations économiques et commerciales avec Israël, pays avec lequel il vient de renouer sur le plan diplomatique. Le Roi vient d’autoriser l’usage du cannabis à des fins d’exploitation médicales, cosmétiques ou industrielles.

Pour rappel, Abdelmalek Alaoui a dédicacé son livre à sa fille Yto et à son défunt père Moulay Ahmed Alaoui, Compagnon d’Indépendance puis Ministre d’État.

Ancien directeur général de Huffington Post Maroc, Alaoui est actuellement CEO du groupe Guépard qu’il a fondé en janvier 2015. Il est diplômé de Science Po Paris en gestion publique, titulaire d’un MBA de HEC et d’un troisième cycle de l’école de Guerre Économique. Il est l’auteur du livre « Intelligence Économique et Guerres Secrètes au Maroc » paru en 2009 à Paris.

Son second ouvrage, paru en 2017, « Le Temps du continent », dans lequel il analyse l’Afrique économique, a obtenu le prix Turgot du meilleur livre d’économie francophone de l’année, remis à Bercy le 4 avril 2018.

*En principe, « Le Temps du Maroc » sera disponible dans les librairies à partir de cette semaine.

N/B : Mlle Meryem Sbihi a contribué à la lecture du livre et l’écriture de cette article.

Article19.ma

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