Par Dr Mohamed Chtatou


Les trois premières années de mandat du président français Emmanuel Macron ont été tout sauf ordinaires, mais le plus jeune chef d’État français depuis Napoléon doit désormais résoudre plusieurs problèmes majeurs.

1- Le Sahel

En France, M. Macron est déjà en mode campagne pour les élections de 2022 et l’opinion publique française est de plus en plus dubitative quant à la mission au Sahel. Pendant ce temps, la mort du leader tchadien Idriss Déby a reconfiguré le Sahel et au Mali, il y a une forte opposition à la présence française.

Pour rappel, c’est le Mali qui, en 2013, a demandé l’aide de la France. Mais la France est aujourd’hui critiquée pour avoir condamné le coup d’État au Mali tout en soutenant la nomination par l’armée tchadienne du fils d’Idriss Déby à la tête du pays, ce que les partis d’opposition tchadiens ont qualifié de « coup d’État institutionnel ».

Dans le même temps, M. Macron a déclaré qu’il ne pouvait pas accepter que le Mali ait décidé d’ouvrir un dialogue avec les groupes djihadistes que les forces françaises combattent dans le pays. La France va réduire ses opérations antiterroristes dans la région du Sahel, en Afrique de l’Ouest, après huit ans de présence, a déclaré le président Emmanuel Macron.

La force opérationnelle existante, forte de 5 100 hommes, sera intégrée à une mission internationale plus large, a-t-il annoncé. Les forces françaises ont opéré au Mali, au Tchad, en Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso pour combattre les militants. Récemment, la France a interrompu ses opérations au Mali à la suite d’un coup d’État militaire.

Les militants liés à Al-Qaïda et au groupe État islamique (EI) ont renforcé leur emprise sur la région, qui est devenue une ligne de front dans la guerre contre l’extrémisme islamiste. C’est aussi une importante voie de transit pour les drogues illégales, les armes et les djihadistes.

« Nous garderons un pilier antiterroriste avec des forces spéciales de plusieurs centaines de forces… et il y aura un deuxième pilier qui sera la coopération, et que nous renforcerons », a déclaré M. Macron lors d’une récente conférence de presse. Il a précisé que ceux qui resteraient dans la région travailleraient avec d’autres nations européennes dans le cadre de la Task Force Takuba qui combat les militants au Sahel aux côtés des armées du Mali et du Nigeria.

Le retrait des troupes se fera « de manière organisée » et les détails seront finalisés d’ici la fin juin 2021, a déclaré le président. « La France est engagée depuis un peu plus de huit ans au Sahel », a déclaré M. Macron. « Beaucoup de nos soldats sont tombés. Je pense à leurs familles. Nous leur devons de la constance, de la clarté. Nous allons tirer les leçons de ce qui a marché et aussi de ce qui n’a pas marché. »

Toutefois, on se demande si ce repli stratégique de la France n’est-il pas en fin de compte une reconnaissance de la défaite française au SaheL après des années de sacrifices humains et matériels et est-ce que cette décision politique difficile annonce la fin de la présence de la France en Afrique ?

2. La pandémie de Covid-19

Quinze mois après le début de la pandémie, la France est durement touchée par le COVID-19. Le personnel de santé et les citoyens sont épuisés. Au 13 juillet 2021, on dénombrait 5,8 millions de cas déclarés et 111 436 décès dus au COVID-19. Ce sombre bilan est l’occasion de faire le point sur ce qui s’est passé, mais c’est aussi l’occasion pour la France de mettre l’équité au centre de son redressement.

Les chiffres clés en France au 13/07/2021 (Santé publique France)

Même avec la perspective d’un vaccin à portée de main, la pandémie de Covid-19 restera un défi majeur pour M. Macron dans les semaines et les mois à venir.

Le président a établi un plan en trois étapes pour assouplir progressivement le confinement, mais le grand défi sera de garder les cas sous contrôle une fois que la population recommencera à se déplacer plus librement.

Si le gouvernement parvient à maîtriser le virus tout en continuant à assouplir les règles afin de stimuler l’activité économique, il s’agira d’une victoire majeure qui l’aidera à surmonter les nombreux autres obstacles décrits ci-dessous.

En revanche, si le virus redevient incontrôlable, le gouvernement pourrait être contraint de durcir encore une fois les règles, ce qui pourrait avoir des conséquences économiques désastreuses pour de nombreux chefs d’entreprise déjà éprouvés par les deux précédentes mesures de confinement.

Les dernières données de l’enquête CoviPrev montrent qu’environ un tiers de la population française présente des symptômes d’anxiété ou de dépression ; « C’est l’épidémie qui se cache derrière la pandémie », avertit Geneviève Chêne, directrice générale de Santé publique France. L’état de la santé mentale et du bien-être des 18-24 ans et des personnes les plus vulnérables est particulièrement alarmant.

Un examen approfondi de la pandémie et des réponses associées sera crucial pour identifier les forces, les faiblesses et les éventuelles opportunités manquées. Les conclusions de la Mission indépendante, dirigée par Didier Pittet (CHU, Genève, Suisse), pour évaluer la réponse française à l’épidémie de COVID-19 sont très attendues. La Mission a été chargée d’évaluer la préparation du pays à une pandémie, la gestion de la crise (chronologie des décisions, gouvernance et communication) et de comparer les impacts sanitaires, économiques et sociaux de la pandémie avec d’autres pays.

Leur rapport intermédiaire, publié en octobre 2020, constate que le système hospitalier français fait preuve d’une grande capacité d’adaptation, mais il met également en évidence des faiblesses structurelles en matière de gouvernance et des « défauts d’anticipation, de préparation et de gestion ». Une telle évaluation est essentielle pour tirer des enseignements en vue de futures crises de santé publique.

3- Récession économique

La France n’est qu’un des nombreux pays aux prises avec une économie chancelante qui a été gravement touchée par la pandémie et les mesures de confinement qui ont suivi.

Bien que le troisième confinement ait été une version allégée du premier, avec davantage d’entreprises autorisées à poursuivre leurs activités, de nombreuses entreprises sont au bord de la faillite après des mois de réduction des revenus.

La France, deuxième économie de la zone euro, est entrée en récession au premier trimestre 2021 avec une contraction de 0,1%, selon des données officielles révisées vendredi 28 mai 2021. Le bureau des statistiques de l’Insee a revu son PIB à la baisse (+0,4 %), expliquant que les données du secteur de la construction avaient été beaucoup plus faibles que ce que son extrapolation avait suggéré. Cette révision fait suite à une contraction de 1,5 % au cours des trois derniers mois de 2020.

Une révision d’un demi-point de pourcentage est très inhabituelle en France et souligne les défis auxquels les gouvernements ont été confrontés pour répondre à la pandémie de coronavirus alors qu’elle ronge les économies du monde entier.

Autre signe de difficultés, les dépenses des ménages, moteur de l’activité économique française, ont chuté de 8,3 % au cours du premier mois du deuxième trimestre après que le président Emmanuel Macron a ordonné un troisième confinement national dû au COVID-19.

Le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a maintenu jeudi 27 mai 2021 sa prévision de croissance de 5 % pour 2021 et a déclaré que la crise « se déplace derrière nous, … nous devons rester prudents. » Le PIB pour l’ensemble de l’année 2020 a été légèrement meilleur que prévu, à -8,0 %, contre une précédente estimation de -8,2 %, selon l’Insee.

La France avait déjà été entraînée dans la récession plus tôt en 2020 en raison de la pandémie, ce qui signifie qu’elle a maintenant subi ce qu’on appelle un « double-dip ». Fin mars de cette année, l’économie française était encore inférieure de 4,7 % à son niveau de fin 2019, selon l’INSEE.

La dernière révision, qui reflète une performance plus faible que prévu du secteur de la construction, souligne les défis auxquels sont confrontés la France et ses voisins européens dans leur lutte contre une nouvelle vague d’infections COVID-19 cette année.

Le gouvernement du président Emmanuel Macron a dépensé des dizaines de milliards d’euros pour tenter de soutenir l’économie et protéger les emplois pendant la crise.

Mais malgré les programmes d’aide et les plans de relance économique du gouvernement, les chiffres de la pauvreté sont en hausse en France.

Le gouvernement d’Emmanuel Macron a dépensé des dizaines de milliards d’euros pour tenter de soutenir l’économie (Photo : AP)

4- La réforme des retraites

Après deux ans de consultations et des semaines de grèves menées par les syndicats, le gouvernement français a publié son projet de réforme des retraites. Voici un aperçu des principaux points du projet de loi, dont l’âge pivot controversé de 64 ans. Le texte, qualifié d’avant-projet de loi, comprend 64 articles différents et s’étend sur des dizaines de pages.

L’objectif principal de la réforme du gouvernement est d’introduire un système unique par points qui balaierait les 42 régimes spéciaux de retraite du pays, dont beaucoup offrent une retraite anticipée principalement aux travailleurs du secteur public.

Un autre point controversé, qui a provoqué la colère des syndicats, est le projet d’introduire un « âge pivot » qui obligerait les gens à travailler jusqu’à 64 ans pour obtenir une pension complète, soit deux ans de plus que l’âge officiel de la retraite, fixé à 62 ans.

L’avant-projet de loi du gouvernement, présenté jeudi 9 janvier 2020 à certains éléments des médias français, couvre ces deux points de friction controversés, ce qui ne manquera pas de susciter la colère des syndicats. Mais de nombreux points essentiels resteront en discussion malgré la publication du projet de loi.

Le projet de loi prévoit surtout que l’âge d’équilibre sera créé en 2022, mais qu’il fera l’objet de négociations avec les « partenaires sociaux », dont les syndicats, jusqu’en septembre 2021 au plus tard.

Le gouvernement insiste sur le fait que le débat est toujours ouvert et a suggéré que l' »âge » pourrait être modifié si les syndicats proposent une meilleure solution garantissant que le système de retraite français est abordable et durable à l’avenir.

L’âge de la retraite à taux plein sera mis en place progressivement, c’est-à-dire qu’il sera de 64 ans pour ceux qui prendront leur retraite en 2027. Le gouvernement précise que cet âge pourrait augmenter ou diminuer en fonction de l’espérance de vie future.

Certaines professions, telles que les policiers, les soldats, les contrôleurs aériens et les agents pénitentiaires, ainsi que les personnes en situation de précarité, pourront continuer à prendre leur retraite plus tôt avec une pension complète, comme c’est le cas actuellement. Ils paieront des cotisations plus élevées au cours de leur carrière et l' »âge pivot » pour ces carrières sera adapté en conséquence.

Les autres travailleurs français pourront toujours prendre leur retraite à 62 ans en toute légalité, mais risquent évidemment de recevoir une pension moins élevée.

En outre, le projet de loi fera en sorte que les travailleurs qui doivent souvent travailler jusqu’à 67 ans pour obtenir une pension complète puissent prendre leur retraite à 64 ans sans être pénalisés comme ils le sont dans le système actuel.

Le défi numéro un du gouvernement français était le tollé provoqué par son projet de réforme des retraites, qui a déclenché les plus grandes grèves de masse que la France ait connues depuis 30 ans.

Finalement, le gouvernement a fait adopter le projet de loi par le Parlement et il était censé être examiné par le Sénat en avril 2020, mais la crise sanitaire de Covid-19 a interrompu le processus et le gouvernement a décidé de reporter la question.

Aujourd’hui, certains responsables estiment qu’il est temps de ramener la réforme, notamment le ministre de l’économie, qui a déclaré au Parisien que la réforme devait être une « priorité absolue ».

La ligne du gouvernement est que le nouveau système serait plus juste, moins cher et plus simple, tandis que les critiques disent qu’il nuirait à ceux qui travaillent dans des emplois peu rémunérés ou physiquement difficiles, comme les cheminots, les enseignants et les infirmières.

La grande question est de savoir comment l’opinion publique réagira à la réforme maintenant, alors que le Covid-19 a eu un impact négatif important sur l’économie.

5- Pression internationale sur le projet de loi de lutte contre le séparatisme islamiste

Un autre document juridique qui a fait sensation est le projet de loi du gouvernement visant les groupes religieux radicaux. Longtemps connu sous le nom de projet de loi sur le séparatisme islamique, le projet final  s’appelle Loi confortant les principes républicains.

Le projet de loi sur la radicalisation a attiré l’attention internationale et a donné lieu à des manifestations publiques dans certains pays musulmans, ainsi qu’à des attaques cinglantes dans la presse américaine, qui l’a jugé raciste et islamophobe. Le gouvernement français affirme que ses idées ont été mal comprises et mal traduites.

C’est un projet de loi confortant le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme. Ce projet de loi vise à lutter contre le séparatisme et les atteintes à la citoyenneté. Il entend apporter des réponses au repli communautaire et au développement de l’islamisme radical, en renforçant le respect des principes républicains et en modifiant les lois sur les cultes.

C’est un projet de loi sur la prévention de la radicalisation, complété après la décapitation islamiste de l’enseignant Samuel Paty. Il fait de l’intimidation des fonctionnaires pour des motifs religieux un délit, selon le texte dévoilé récemment.

Qu’est-ce que ce projet de loi ?

Le projet de loi est un nouveau document juridique prévu depuis longtemps par le président Emmanuel Macron, mais revu et mis à jour après le meurtre horrible de Paty. Quelques semaines avant la mort de Paty, Macron avait déjà défini des plans pour s’attaquer à ce qu’il appelait le « séparatisme islamiste » dans les quartiers pauvres français, qui visait à créer une « contre-société » où la loi islamique prévalait.

Des protestataires manifestent contre le projet de loi dit « anti-séparatisme » à Paris, le 14 février 2021. (Photo : Geoffroy Van Der Hasselt/AFP)

Pour illustrer la montée du sectarisme, il a cité la déscolarisation d’enfants issus de familles musulmanes ultraconservatrices et l’utilisation d’associations sportives et culturelles pour endoctriner les jeunes. La version finale du projet de loi s’intitule Loi confortant les principes républicains, et n’aborde pas, dans sa formulation, le séparatisme tel que décrit par Macron auparavant. Il n’aborde pas non plus la laïcité (laïcité d’État française), un sujet très débattu en France à la suite de la mort de Paty.

Le gouvernement de M. Macron a pris des mesures énergiques contre l’islam radical à la suite du meurtre de Paty et ce projet de loi vise à poursuivre dans cette voie – la nouvelle version du texte cible spécifiquement les discours haineux en ligne.

Pary a été la cible d’une vicieuse campagne de diffamation en ligne après avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mohammed dans un cours sur la liberté d’expression.

Son meurtre a provoqué une onde de choc en France, qui a été ciblée à plusieurs reprises par des terroristes islamistes depuis 2015, la plupart étant des citoyens français.

Le nom de Paty a été partagé en ligne par le père de l’un de ses élèves, qui a qualifié l’enseignant de « voyou » dans une vidéo demandant son renvoi à cause des caricatures.

Le père a également échangé des messages avec le tueur de Paty, un réfugié tchétchène de 18 ans qui a parcouru plus de 80 kilomètres depuis son domicile en Normandie pour attaquer l’enseignant dans la banlieue parisienne de Conflans-Sainte-Honorine, où il a payé certains élèves pour le désigner.

Alors que l’extrême droite française estime que le projet de loi pourrait aider à lutter contre l’extrémisme, la population musulmane du pays estime que la législation cible injustement sa communauté.

Ces dernières années, l’Europe, et plus particulièrement la France, ont été au cœur du débat sur le maintien des valeurs laïques dans un contexte d’afflux constant de migrants, notamment en provenance du monde musulman que ces pays occidentaux ont colonisé par le passé. Ce passé commun troublé a déjà conduit à ce que beaucoup appellent un choc des civilisations. Parmi ces sentiments, nombreux sont ceux qui affirment que la laïcité française du 20e siècle doit être revisitée au 21e siècle, alors que des sociétés multiculturelles peuplent le continent et la plupart du monde occidental.

De la Hongrie à l’Autriche en passant par l’Allemagne, la montée du populisme de droite tente de remodeler l’ancien ordre libéral. La nouvelle loi de Macron peut normaliser cette poussée.

Certains observateurs en France estiment également que le timing de la nouvelle loi est discutable et qu’il semble s’agir d’une tentative du président français de flatter les conservateurs de droite dans le pays, alors qu’il se prépare pour les élections de l’année prochaine. On s’attend à ce qu’il soit confronté à une forte concurrence de la part des partis politiques de droite, qui le considèrent comme trop indulgent envers les musulmans.

Là encore, M. Macron devra trouver le juste équilibre entre deux camps ; il devra montrer que son gouvernement sévit contre les groupes extrémistes sans donner l’impression de viser tous les musulmans.

6- L’élection présidentielle imminente 

En plus de tout cela, Macron doit se tourner vers les prochaines élections. La prochaine élection présidentielle française n’aura peut-être pas lieu avant 2022, mais la campagne a déjà commencé.

La plus grande menace de Macron est actuellement la chef du parti d’extrême droite Marine Le Pen, du Rassemblement national, qu’il a battue au second tour des élections de 2017.

Macron veut affaiblir Le Pen par ce que l’on appelle en français “chasser à droite et faire appel à ses électeurs“. Son ancien ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a été à l’origine de nombreux discours durs qui ont séduit la droite.

Mais M. Macron doit également séduire d’autres groupes d’électeurs qui l’ont aidé à se faire élire en 2017 – en grande partie des groupes plus jeunes, urbains et plus à gauche.

Pour beaucoup d’entre eux, les politiques environnementales sont essentielles et ils ont perçu le jeune candidat à la présidence française comme celui qui ferait de la France un combattant de première ligne contre le changement climatique. Cette image est actuellement contestée par le plus haut tribunal administratif français, qui a donné trois mois au gouvernement pour montrer qu’il prend des mesures pour respecter ses engagements en matière de climat.

Les plans du président Emmanuel Macron pour sortir la France de la pandémie ne consistent pas seulement à ressusciter des restaurants, des boutiques et des musées fermés depuis longtemps. Il s’agit également de préparer son éventuelle campagne pour un second mandat.

Moins d’un an avant la prochaine élection présidentielle (1er tour : 10 avril 2022 et 2d tour : 24 avril 2022), M. Macron se concentre sur la sauvegarde des emplois et la relance de l’économie française frappée par la pandémie, alors que son pays sort à grands pas de son troisième confinement partiel.

La capacité du président centriste à relever ce défi sera déterminante pour son avenir politique et pour la France, qui figure parmi les nations les plus touchées au monde avec le quatrième plus grand nombre de cas de COVID-19 signalés et le huitième plus grand nombre de décès, soit plus de 111 436.

Bien qu’il n’ait pas officiellement déclaré sa candidature, M. Macron a fait des commentaires suggérant qu’il avait l’intention de se faire réélire. Et il a fait pression pour obtenir des lois récentes sur des questions qui tiennent à cœur à ses rivaux potentiels de droite et de gauche, de la sécurité au changement climatique.

Les sondeurs suggèrent que M. Macron, qui est devenu il y a quatre ans le plus jeune président de l’histoire de France, a de bonnes chances de remporter la présidence en 2022 malgré la gestion souvent critiquée de la pandémie par son gouvernement et les contestations antérieures de ses politiques, qu’il s’agisse d’activistes protestant contre ce qu’ils considèrent comme une injustice sociale et économique ou de syndicats en colère contre les réformes des retraites.

Quel avenir pour la France ?

La France est connue dans le monde entier pour sa cuisine, sa mode, sa culture et sa langue.

Acteur clé sur la scène mondiale et pays au cœur politique de l’Europe, la France a payé un lourd tribut en termes économiques et humains pendant les deux guerres mondiales.

Les années qui ont suivi ont été marquées par des conflits prolongés qui ont abouti à l’indépendance de l’Algérie et de la plupart des autres colonies françaises en Afrique, ainsi qu’à la décolonisation de l’Asie du Sud-Est.

La France a été l’un des pères fondateurs de l’intégration européenne, le continent cherchant à se reconstruire après les ravages de la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, les Français consacrent une quantité démesurée de temps et d’argent public à commémorer leur histoire, à lui consacrer des musées et, bien sûr, à s’en disputer. Les présidents aiment à pérorer lors de cérémonies grandioses au cours desquelles ils se projettent comme l’incarnation de la nation et les héritiers de ses grands dirigeants.

Mais à l’approche de l’élection présidentielle de l’année prochaine, les polémiques sur qui, quoi et comment commémorer se transforment en champ de mines politique.

Deux anniversaires, en particulier, illustrent ces sensibilités : le bicentenaire de la mort de l’empereur Napoléon Bonaparte, le 5 mai 2021, et le 150e anniversaire, le printemps 2021, de la Commune de Paris, un soulèvement de gauche/utopique de courte durée qui a suivi la défaite et la chute de Napoléon III dans la guerre franco-prussienne. Les politiciens et les intellectuels publics croisent le fer pour déterminer lequel de ces non-événements mérite d’être commémoré.

Ces débats sont une guerre par procuration sur les questions de race, de classe et d’identité. Il y a des échos des guerres culturelles aux États-Unis sur le retrait des monuments aux généraux confédérés, en Grande-Bretagne sur le renversement des statues liées au commerce des esclaves et en Espagne sur l’exhumation du dictateur Francisco Franco de la tombe de son héros.

Le général révolutionnaire devenu empereur doit-il être célébré comme l’homme qui a modernisé les institutions de l’État et le code juridique et qui, selon les Français, a répandu par l’épée les valeurs des Lumières et l’égalitarisme de la Révolution française dans toute l’Europe ? Ou faut-il éviter de considérer Napoléon comme un dictateur qui a rétabli l’esclavage et soumis une grande partie de l’Europe par la guerre, pour finalement tout perdre ?

Napoléon, fierté nationale ou dictateur outre-mesure

Benjamin Stora, né dans une famille juive algérienne qui a fui en France en 1962, a recommandé le mois dernier une série de mesures pour aider à guérir les blessures historiques ouvertes avec l’Algérie. Il s’agit notamment de dire la vérité, tardivement, sur les tortures et les disparitions de nationalistes algériens, d’ouvrir des archives longtemps classées secrètes et de restituer les symboles et les dépouilles. Le « rapport Stora » a rendu furieux les colons survivants chassés d’Algérie et leurs descendants, mais il a également été critiqué en Algérie parce qu’il ne préconisait ni excuses ni compensation pour ce que Macron lui-même a appelé les « crimes contre l’humanité » de la colonisation.

Dans le même temps, Pascal Blanchard, historien du colonialisme, a dirigé un groupe d’experts qui a proposé 318 noms de personnalités issues des territoires d’outre-mer, des anciennes colonies et des communautés d’immigrés qui mériteraient d’être honorées par des noms de rues et des monuments. La plupart des rues et des bâtiments français portent le nom d’hommes blancs, et les efforts de Mme Blanchard visent à introduire une plus grande diversité. Mais toute décision de changer ces plaques devra être prise par les maires et les conseils locaux.

Les deux rapports ont alimenté plutôt qu’apaisé les guerres culturelles sur l’histoire et l’identité françaises – mais c’était peut-être le but.

Macron prend position par rapport à ses adversaires : il incarne les triomphes, les sacrifices et la diversité de l’histoire de France tout en reconnaissant ses actes les plus sombres (sans toutefois s’en excuser formellement). Cela constitue un contraste flatteur avec les adversaires de droite qui finissent par se peindre dans un coin historique nationaliste en refusant de se distancier du colonialisme, et avec les adversaires de gauche qui exigent une expiation et un feu de joie des héros nationaux imparfaits de l’histoire française.

Macron a raison de dire que l’histoire ne peut pas être gravée dans la pierre de manière immuable pour toujours. La meilleure façon d’accepter le passé est peut-être d’ajouter de nouveaux monuments plutôt que de détruire les anciens.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed Chtatou sur Twitter : @Ayurinu

Article19.ma

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