Par Salem AlKetbi


Pourquoi l’escalade militaire entre les milices pro-iraniennes et les États-Unis est-elle revenue sur le devant de la scène en cette période ? Pourquoi le président Joe Biden a-t-il ordonné de fortes frappes militaires en réponse aux attaques des factions de la Mobilisation populaire ? L’escalade témoigne-t-elle de l’atmosphère d’échec des négociations de Vienne ?

Ou s’agit-il d’une nouvelle épreuve de force entre l’administration Biden et le régime des mollahs iraniens sous un jour nouveau, suite à l’élection de Raisi comme successeur de Hassan Rouhani ?

Ces questions et d’autres sont actuellement dans l’esprit des observateurs iraniens après que les avions de chasse américains aient lancé plusieurs raids sur les factions irakiennes de la Mobilisation populaire à la frontière syro-irakienne. Ceci en réponse aux attaques menées par des marches iraniennes contre des installations américaines en Irak.

Certains affirment que les attaques américaines violent la souveraineté de l’Irak et mettent le gouvernement irakien dans une position très critique sur le plan interne. Elles accentuent la pression des courants et milices pro-iraniens pour mettre en œuvre la décision du parlement irakien d’expulser les forces américaines d’Irak.

Mais une lecture objective de ce qui s’est passé dit que le régime des mollahs a provoqué l’administration Biden. Ils ont testé les limites de son pouvoir en inspirant un de ses bras armés en Irak pour mener une attaque contre des bâtiments sous contrôle des forces américaines en Irak.

Les mollahs ont probablement planifié d’attaquer les forces américaines et d’attirer une réponse américaine qui rendrait encore plus confuse la scène irakienne pour atteindre plusieurs objectifs.

Le premier est une tentative d’envoyer un message à Washington pour prouver qu’une nouvelle phase a commencé en Iran en élisant Ibrahim Raisi comme président pour succéder à Rouhani avant même d’entrer officiellement en fonction.

La seconde est de faire avorter les tentatives de rapprochement du gouvernement irakien avec son environnement arabe, après que le président égyptien Abdel Fattah Al Sisi se soit rendu à Bagdad pour assister à un sommet irako-jordano-égyptien. La partie américaine s’attendait peut-être à des provocations iraniennes.

La décision de réponse militaire a donc été prise si rapidement pour reprendre l’avantage et confirmer la dissuasion américaine. Certains législateurs ont même exprimé leur inquiétude quant à l’engagement des forces américaines dans une nouvelle guerre en Irak sans l’approbation du Congrès.

Le président Biden, qui a donné la priorité à la fin de l’implication des États-Unis dans les zones de conflit, est confronté à une nouvelle crise en Irak. Il doit convaincre le public américain que ce qui se passe n’est pas une guerre au sens conventionnel du terme, mais des hostilités sporadiques pour dissuader les milices pro-iraniennes de lancer de nouvelles attaques.

Les experts américains mettent en garde contre un ralentissement de la reprise de l’initiative et de la dissuasion qui pourrait entraîner des pertes parmi les soldats américains en Irak.

Le dilemme de l’administration Biden en Irak et en Syrie est que les milices pro-iraniennes utilisent désormais des drones dans leurs opérations, une sorte de démonstration de force et une atteinte au prestige américain. De front, certains membres du Congrès refusent de s’adresser à ces milices de peur d’élargir le champ des combats et d’être distraits de la lutte contre Daesh.

Dans tous les cas, on peut dire que l’échange de frappes entre les milices pro-iraniennes et les forces américaines est indissociable de l’atmosphère des négociations de Vienne. On peut même dire qu’il en est le reflet, ou à tout le moins qu’il est étroitement lié à ce qui se passe dans ces négociations.

Tout porte à croire que le sixième round s’est terminé par des accords sur des questions techniques secondaires. Les principaux points de discorde peuvent attendre des décisions politiques de la part des dirigeants iraniens et américains.

« Il est temps de prendre des décisions, » a déclaré le négociateur iranien Abbas Araghchi, qui a affirmé que les négociations avaient suffisamment eu lieu sur certaines questions en suspens. Dans ce contexte, la position de la Maison Blanche est peut-être très difficile et sensible.

Une décision de lever complètement les sanctions contre le régime des mollahs place l’administration américaine dans une confrontation difficile avec ses opposants à l’intérieur, ainsi qu’avec l’allié israélien. Cette décision est un cadeau gratuit pour les mollahs.

Ces derniers en sortiront avec une déclaration de victoire et le succès de leurs stratégies de lobbying pour obliger les États-Unis à lever les sanctions sévères imposées par l’ancien président Donald Trump. En définitive, ce qui se passe en Syrie et en Irak entre l’Iran et les États-Unis est un écho de ce qui se passe à Vienne.

L’escalade militaire ne peut que montrer la volonté de l’Iran de maximiser la pression sur Washington. Les États-Unis sont bien conscients que la soumission à ces pressions met l’administration Biden dans une position difficile et complexe.

Ça rend la négociation avec les mollahs sur des questions autres que le programme nucléaire, comme le programme de missiles et l’influence régionale, totalement improbable.

Salem AlKetbi

Politologue émirati et ancien candidat au Conseil national fédéral

Article19.ma

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