L’autofiction « كان وأخواتها » (Le passé inachevé) de l’écrivain et journaliste marocain, Abdelkader Chaoui vient d’être réédité aux éditions Le Fennec, dans un format moyen avec une nouvelle couverture portant des dessins de différentes couleurs allant du rouge au noir, ainsi que du gris à l’orange.

Ce roman de 280 pages en langue arabe a été considéré dans les années 80 du siècle dernier comme étant la première œuvre littéraire qui traite de l’expérience carcérale et de la polémique au sein de l’extrême-gauche marocaine.

Depuis, cet ouvrage a fait couler beaucoup d’encre, mais Chaoui ne s’est pas rétracté ni changé une seule virgule, l’objectif visant à transmettre son expérience politique et carcérale.

Il décrit avec des mots simples et concis la solitude et la souffrance dans cette prison humide de Kenitra, ex-Port Lyautey, et ce pendant une quinzaine d’années.

Le roman aurait pu rester « en détention » avec son auteur pendant 15 ans, mais il a fait son chemin vers la liberté, après son exfiltration hors des hautes murailles bien gardées de la prison de Kénitra.

In fine, le livre « témoignage » a reçu un accueil favorable auprès du grand public, à sa parution en décembre 1986 chez les Éditions maghrébines, à Casablanca.

Malheureusement, le livre a immédiatement fait face à la censure du Makhzen qui était à l’affût. Et comme le rappelle le dicton, « à toute chose malheur est bon », l’interdiction a servi l’auteur et son ouvrage, en ce sens que les lecteurs se sont procurés sous le manteau le livre à l’époque pour découvrir son contenu et la raison de son interdiction.

Dans l’introduction, Chaoui indique qu’il avait commencé à écrire les premières pages du roman pour se distraire, ce qui, à l’époque, était une manière pour les détenus politiques comme lui de gérer le temps qui pesait sur eux comme une chape de plomb dans cette institution carcérale inhumaine.

Il est à souligner que c’est au début de l’année 1981, au cours d’une période sombre de l’histoire du Maroc dite « Les années de plomb » que l’écrivain a songé à apporter un témoignage personnel sur les conditions de détention extrêmement violentes et répressives qu’il vivait.

Chaoui a tenu à inclure dans son œuvre cette citation de l’historien Abdellah Laroui : « Dès que l’homme a pris conscience de son histoire, il s’est mis à la nier en utilisant le récit historique lui-même, et dans les périodes ultérieures, à chaque fois que sa conscience de l’histoire a augmenté sa détermination à nier le changement en le noyant dans un schéma général connu d’avance ».

Laroui ajoute : « Nous l’avons fait en groupe par le passé, et nous le faisons individuellement aujourd’hui en permanence, lorsque nous gardons un souvenir ou une image, lorsque nous écrivons une autobiographie, n’est-ce pas notre objectif est d’effacer le temps après que nous soyons certains que le passé ne revient pas ».

+ « Le passé inachevé » a fait face au rejet des prisonniers politiques +

Le livre a déclenché une polémique inattendue. Ainsi l’auteur a dû faire face à la critique et au rejet de ses camarades détenus.

Son ex-épouse, la journaliste Leila Chafii atteste qu’il craignait beaucoup plus les politiciens que les autorités.

L’ancien détenu politique Abdellah El Harrif, un compagnon de Chaoui en prison, a critiqué la description faite par l’auteur de la grève de la faim menée par les prisonniers politiques en novembre 1977 (45j) comme étant une grève de désespoir et de faim.

El Harrif affirme : « C’est une guerre psychologique… des morceaux d’humains frappés avec violence et détermination que nous étions devenus avec nos différentes positions… ressentant un terrible sentiment intérieur celui de la frustration, car ils (les autorités) nous fouettent intérieurement… »

El Harrif considère que cette grève de la faim a forcé les autorités à libérer de nombreux détenus et à transférer les autres au tribunal alors qu’elles refusaient au début…

Quant à Allal El Azhar, membre du mouvement marxiste-léniniste « 23 Mars » et codétenu de Chaoui, il estime que « Le passé inachevé » était « une œuvre littéraire magnifique, mais que d’un point de vue politique, elle soulève de nombreuses controverses… »

Chaoui justifie ses écrits par le fait qu’en ayant été en détention avec des détenus politiques et de gauche, il a été témoin d’une phase importante de l’histoire et qu’il se devait d’archiver le débat politique orageux qui rassemble les militants d’Ila Amam et les divise en même temps.

Il rappelle qu’il a bien archivé une étape dans laquelle il était l’un des acteurs, et donc toute critique contenue dans le roman le concerne « lui personnellement » avant de concerner quelqu’un d’autre.

+ Bio express d’Abdelkader Chaoui +

Né en 1950 à Bab Taza dans la province de Chefchaouen, Chaoui a poursuivi ses études secondaires au Lycée Cadi Ayyad à Tétouan. Il a obtenu le baccalauréat en juin 1968, et en 1970 il a été diplômé de l’École normale supérieure avant de décrocher une licence en lettres modernes en 1983.

Chaoui a été enseignant avant de rejoindre le quotidien « Al Ittihad Al Ichtiraki » en tant que journaliste à Rabat.

Lorsque la mission d’ambassadeur d’Abdelkader Chaoui a pris fin au Chili, il est retourné au Maroc pour occuper le poste de directeur de publication du journal « AkherSaa », lancé il y a quelques années par la direction du Parti Authenticité et Modernité (PAM).

Chaoui a publié plusieurs romans, dont « Dalil Al Aunfouane » en 1989, « BabTaza » en 1994 et « Assaha Acharafia » (La place d’honneur) en 1999 qui a remporté le Prix du Maroc de littérature.

Article19.ma

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