Après son succès en France, le second roman de l’écrivaine franco-marocaine, Leïla Bahsaïn “La théorie des aubergines”, sera bientôt disponible dans les librairies de Rabat.

“Je ne veux être ni origine ni peau ni sexe. Juste être moi-même. Je suis libre d’être de partout. Ni racine étouffée ni aile brisée. Non ni racine ni aile, un être de mots et de sang dont le propre est de circuler et de renouveler,” lit-on dans la page 63 de ce roman, qui se lit avec aisance.

L’idée d’écrire de cette œuvre remonte à une expérience professionnelle qui remonte à 2013, lorsqu’elle était conseillère en réinsertion sociale, en France, a affirmé l’écrivaine dans un entretien téléphonique avec Article19.ma.

“Chez des personnes, j’ai découvert que derrière des apparences trompeuses; simple, modeste et fragile, se cache une grandeur humaine fascinante,” explique Leïla Bahsaïn. En fait, “ce roman est un hommage direct à ces personnes “ précise-t-elle.

“La théorie des aubergines”, un titre attrayant et mystérieux en même temps pour le lecteur, il essaye cependant de refléter entraide et solidarité au sein d’une l’équipe venue de différents horizons.

+ “La Brigade”… +

Lorsque l’héroïne perd son poste de rédactrice dans une agence de publicité, elle est invitée par son ancien patron à rejoindre une entreprise d’insertion par la cuisine.

Le petit groupe de “brigadiers” se compose de personnes avec des caractères incompatibles, toutefois l’atmosphère est chaleureuse et sympathique, on retrouve : Véronique, l’infirmière en burn-out, Jean De, le grand timide, Gérald ou Gégé, un repris de justice, Johnny-Bryan, un altruiste opposé à l’idée même de travail, Ishtar, une demandeuse d’asile avec une personnalité bien trempée et Sam l’ambianceur, ce personnage attachant plein de joie.

Dès que nous entrons dans “La Cuisine”, on retrouve Achour, Chef de ce groupe hétérogène appelé “la brigade” qui mène d’une main de fer la petite équipe. L’un d’eux coupe l’aubergine en tranches et l’autre prépare les accompagnements, de sorte à former une chaîne. C’est dans ce petit espace que se retrouvent des personnages abusés par la vie. Ils doivent suivre un programme conçu pour les remettre sur pied et se réinsérer dans la société.

Ce projet de reconstruction communautaire “La Cuisine”, vient chambouler et transformer la vie quotidienne de Dija (Khadija de Marrakech), la poussant à retrouver ses racines, mais également à discuter des sujets parfois oubliés dans la vie de chaque jour. Avec ses compagnons de cuisine, on discute sans tabou ; migration, racisme, crime, burn-out (épuisement professionnel) et pauvreté…

Il est à noter que le concept de “La Cuisine” se met en accord avec la thématique de “la réinsertion sociale”. Ainsi, Leïla Bahsaïn a choisi ce lieu privilégié pour peindre des portraits réalistes de personnages et de caractères antinomiques.

+ De Dija à Khadija Ben-Abdelhilalilakbir +

L’auteur nous emmène avec elle dans l’aventure d’une Dija au chômage. Dans ce triste décor, chaque personnage introduit une pensée propre à lui, née de son expérience et qui invite le lecteur à se remettre en question et à faire usage de réflexion, sur les effets négatifs de la mondialisation et l’émergence d’une culture du digital, imposée par le progrès scientifique et technique.

De l’introverti qui ne sait même pas prononcer les deux mots d’introversion, à Gégé, cachant un bracelet électronique, sous le pantalon. Dans son attitude courageuse et violente, c’est un cœur plutôt doux. Passant à travers une énergie positive de l’altruiste et à une infirmière en burn-out et à des adolescents sans défense.

Avec des mots simples, Leïla Bahsaïn, nous rappelle des situations rocambolesques et parfois dramatiques.

Il faut toutefois souligner que l’auteur a effleuré au passage des sujets sensibles et controversés, tels que la migration, la diversité et le racisme.

Leïla Bahsaïn n’a pas oublié ses origines et a tenu à nous les rappeler :

« Manzakin(Comment allez-vous), Azul(Bonjour), Tanmirt(Merci), des mots échangés en tamazigh (langue de mes ancêtres berbères dans laquelle je baragouine quelques mots) avec le boucher originaire d’Imintanout, une petite ville située dans le Haut Atlas au Sud du Maroc. Odeurs d’épices dans les rayons. Chants d’Oum Kalthoum et raï sentimental provenant d’une fenêtre. Tout cela passe par mon corps et me ranime…
Un rare moment transcendant qui opère comme un déclic : ce qui me touche m’appartient.”

Par Meryem Sbihi

Article19.ma

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