Le mystère de l’avion algérien à destination de l’Espagne, dans la matinée du 1er juin dernier, qui devait transporter le chef du Polisario, Brahim Ghali, avant de rebrousser chemin à la dernière minute, a finalement été levé.

Selon des sources diplomatiques espagnoles, citées par le journal espagnol « okdiario », proche des milieux officiels, l’affaire n’était pas liée à un problème de piste à l’aéroport de Logroño ou à des conditions météorologiques, comme l’a prétendu Madrid, mais plutôt à « une grande pression » exercée par le Maroc pour empêcher Brahim Ghali de quitter l’Espagne sans comparaître devant la justice et à bord d’un avion officiel comme s’il était un homme d’État.

Dans un article relayé par le site Assahifa.com, citant okdiario, les autorités madrilènes ont vécu « 17 heures de tension » avant que Brahim Ghali ne puisse quitter l’Espagne, alors que ce dernier comptait partir sans comparaître devant l’Audience nationale espagnole (tribunal) pour plusieurs plaintes l’accusant de violations graves des droits de l’homme comme l’avait confirmé au même journal dans une précédente interview, son bras droit, Salem Lebsir.

+ Les éléments du Polisario doivent quitter l’Espagne +

Rabat, ayant appris que Brahim Ghali s’apprêtait à retourner en Algérie, a adressé par voie diplomatique un message au ministère espagnol des Affaires étrangères l’avertissant qu’en cas où le chef du Polisario quitte l’Espagne comme il y était entré « de manière suspecte », la relation entre les deux pays deviendrait « plus compliquée », ce qui a poussé le gouvernement de Pedro Sanchez à s’engager à gérer son départ « en toute transparence une fois Brahim Ghali comparu devant la justice » alors qu’Alger prévoyait initialement un autre plan.

Selon le journal, toutes les parties espagnoles impliquées dans le dossier de Brahim Ghali ont convenu d’une chose, à savoir que les éléments du Polisario doivent quitter le pays dès que Brahim Ghali aurait comparu devant le tribunal.

Mardi 2 juin à l’aube, Alger a informé Madrid que le vol retour de Brahim Ghali attendait l’autorisation de quitter la base militaire de Boufarik au sud-ouest de la capitale, un vol dont l’itinéraire n’apparaissait pas sur le système de surveillance ADS-B, mais les autorités espagnoles savaient à l’avance que ce vol était à destination de l’aéroport Agoncillo de Logroño, où se trouve le chef du Polisario à l’hôpital San Pedro.

Le gouvernement espagnol aurait informé son homologue marocain que l’avion algérien était sur le point d’arriver, mais il n’a reçu aucune réponse de Rabat indiquant qu’il acceptait ce qui se passait avant de faire savoir que le transfert de Brahim Ghali à bord d’un avion officiel algérien médicalisé était « inacceptable » et lui donnerait un statut « proche de lui d’un chef d’Etat ». Les responsables marocains ont ainsi fait savoir à leurs homologues espagnols que Brahim Ghali devait quitter l’Espagne comme toute autre personne étrangère, une position sur laquelle la diplomatie espagnole n’a pas réussi à faire changer d’avis Rabat.

Le Maroc savait que l’avion qui allait atterrir à Logroño, un Gulfstream IV-SP immatriculé sous le n° 7T-VPM, était le même que celui dans lequel Ghali est entré le 18 avril 2021, et le même qui avait également été utilisé pour transporter l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika. pour un traitement en Suisse en 2019. Deux heures après que l’Algérie ait annoncé à l’Espagne que l’avion était prêt à décoller, Madrid l’a informé que l’opération a été annulée.

Et bien que les Algériens aient indiqué que l’avion était déjà en route, les Espagnols ont leur répondu que l’avion devrait faire demi-tour, ce qui a mis en colère la partie algérienne, selon le journal espagnol.

+ Rabat a remporté « une victoire »… +

L’avion a été officiellement informé de la nécessité de faire demi-tour alors qu’il se trouvait déjà dans l’espace aérien espagnol au dessus de l’île de Formentera de l’archipel des Baléares, lorsqu’il a reçu un appel du centre de contrôle de Palma de Majorque, alors que Brahim Ghali s’apprêtait à comparaître devant le juge et que l’hôpital où il se trouvait a été investi par des éléments de la police en civile pendant que le ministère des Affaires étrangères cherchait une solution qui pourrait satisfaire toutes les parties.

La solution proposée était d’envoyer un avion médical civil pour Brahim Ghali, mais Alger ne possédait pas un tel avion autre que celui qui a fait demi-tour, ce qui a poussé l’Espagne à rechercher une alternative. Finalement c’est la société française Airlec qui a été choisie, une option qui a été acceptée par le Maroc à une condition : Brahim Ghali doit être rapatrié sans aucune escorte officielle des Espagnols.

Mardi à 23h41, l’avion français est entré dans l’espace aérien espagnol en provenance de Bordeaux, en direction de l’aéroport de Pampelune, où le leader du Polisario attendait depuis une heure à l’intérieur d’une ambulance avec un tube placé dans sa bouche pour l’aider à respirer et un autre dans son système urinaire pour le soulager pour repartir en Algérie, mais dans le respect des conditions imposée par le Maroc.

Okdiario estime que Rabat a remporté une « victoire » dans ce dossier alors que cette affaire est sur le point de coûter son poste à la ministre des Affaires étrangères Arancha Gonzalez Laya.

Article19.ma

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