Un partenariat inédit entre la faculté de droit de l’Université américaine de Seattle et l’Université marocaine de Moulay Ismail permettra aux étudiants en droit de suivre un cours sur la justice transitionnelle, dans lequel les pays confrontent leurs propres histoires de violations des droits de l’homme et de réconciliation nationale.

Selon le site de la Faculté de Droit de l ‘université de Seattle, non seulement les étudiants apprendront à communiquer et à collaborer au-delà des langues et des cultures, mais ils appliqueront également ce qu’ils apprennent au problème persistant de l’iniquité et de l’injustice raciale aux États-Unis. Le cours comprend ainsi un projet de service juridique communautaire avec une organisation locale de « Black Lives Matter » (la vie des Noirs compte).

« Les étudiants en droit, américains et marocains, auront une vision unique de la façon dont chaque groupe peut apprendre de l’autre, et de l’histoire des deux pays, pour résoudre les problèmes juridiques modernes », a indiqué Gillian Dutton, directrice du programme de stages à la Faculté de Droit de l’Université de Seattle et animatrice du nouveau cours. « Ils acquerront également des compétences pratiques en droit communautaire, en mettant l’accent sur les priorités des communautés noires et de couleurs ».

+ Aider les étudiants à utiliser leurs compétences juridiques dans un monde globalisé +

Courtney Erwin, une lauréate en 2005 de la Faculté de Droit de l’Université de Seattle spécialisée en droit international et religion, qui a passé plus de 10 ans au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, est facilitatrice indépendante du projet. 

Elle a souligné que ce programme est le premier à établir un échange de formation juridique entre les États-Unis et cette région du monde, autre qu’Israël, et qu’elle était ravie que les étudiants établissent cette relation internationale.

« Le programme est destiné à favoriser l’empathie et aider les étudiants à comprendre comment utiliser leurs compétences juridiques dans un monde globalisé », a-t-elle ajouté.

Le professeur Ronald Slye, qui se spécialise dans les droits de l’homme internationaux et co-enseignera le cours, a relevé que le concept de justice transitionnelle a une applicabilité directe et immédiate au mouvement américain pour la justice raciale. « Des pays comme l’Afrique du Sud, le Kenya et le Maroc ont tous été confrontés à la question de savoir comment faire face aux horreurs du passé avec transparence et une communication ouverte », a-t-il indiqué.

+ L’échange juridique sur la justice transitionnelle +

L’échange juridique sur la justice transitionnelle se déroulera au cours des semestres d’automne et de printemps de l’année universitaire à venir. Bénéficiant d’une subvention de 50.000 dollars de la Stevens Initiative, le cours fait partie d’un effort international visant à renforcer les compétences mondiales et de préparation à la carrière des étudiants aux États-Unis, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord en développant et en améliorant l’échange virtuel. 

Le cours intégrera à la fois des éléments de classe en temps réel via Zoom et des leçons asynchrones en ligne. Jusqu’à 50 étudiants – 25 à Seattle et 25 à Meknès, au Maroc – peuvent participer chaque semestre. Des interprètes français et anglais seront disponibles.

En dehors du champ d’application de la subvention de l’Initiative Stevens et après la disparition de la pandémie de Covid-19, les animateurs du programme prévoient d’inclure un élément d’étude à l’étranger. L’université marocaine accueillera un programme d’été d’études juridiques de deux semaines, en anglais, avec des étudiants et des professeurs de droit de l’Université de Seattle en plus d’un stage d’été de huit semaines.

Les offres internationales de l’Université de Seattle sont parmi les plus variées des Etats-Unis et concernent  des sites tels que les tribunaux des Nations Unies à La Haye aux Pays-Bas, la Cour interaméricaine des droits de l’homme au Costa Rica et le Bureau des Nations Unies du Haut-commissaire aux droits de l’homme en Suisse. Dutton a élargi ces offres depuis qu’elle a commencé à diriger le programme de stages en 2009 et a publié des recherches universitaires sur les compétences multiculturelles essentielles que fournissent ces programmes.

« Les expériences internationales donnent à nos étudiants une longueur d’avance dans la communication interculturelle, l’innovation et la créativité, et leur permettent une prise de conscience de leur rôle en tant que citoyens du monde », a-t-elle affirmé. « Courtney nous a aidés à élargir notre programme pour inclure de nombreux sites au Maroc. Les étudiants peuvent bénéficier des avantages de faire un travail juridique dans un pays qui est différent culturellement et géographiquement. »

+ Le Maroc offre un exemple de justice réparatrice +

Des programmes collaboratifs ainsi que des conférences, des symposiums, des formations et d’autres projets éducatifs pour les étudiants et les professeurs pourraient aussi être développés dans ce cadre.

Le professeur Nadir Ismaili, qui donnera des cours avec Slye, enseigne le droit constitutionnel comparé à l’Université Moulay Ismail et a été rapporteur de l’Instance équité et réconciliation (IER) du Conseil consultatif des droits de l’homme pendant le processus de transition du Maroc de 1998 à 2002. La professeure Laila Fathi, qui enseigne le droit international à l’Université Hassan II de Casablanca, donnera aussi des cours dans ce cadre.

Le Maroc a obtenu son indépendance en 1956, mais les décennies suivantes ont été marquées par des violations de droits de l’homme avant que le gouvernement ne mette en place l’IER en 2004 pour connaître la vérité sur les violations passées, fournir des réparations aux victimes et aux familles et recommander des mesures pour empêcher de futures violations, rappelle le site de la Faculté de Droit de l’Université de Seattle.

« L’histoire relativement récente du Maroc offre un exemple de justice réparatrice qui pourrait être conçue pour relever les défis actuels des États-Unis face au racisme et à ses impacts sur les communautés vulnérables », a assuré Erwin.

L’échange sur la justice transitionnelle est soutenu en partie par la Stevens Initiative, qui est parrainée par le Département d’État des États-Unis, avec un financement assuré par le gouvernement américain. Il est administré par l’Institut Aspen. L’initiative Stevens est également soutenue par la Fondation de la famille Bezos et les gouvernements du Maroc et des Émirats arabes unis.

Article19.ma

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