Par Nabyl Lahlou

Je garde de ma première rencontre avec Mohamed Ismail, l’image d’un homme chaleureux et serviable. C’était un soir du mois de mai 1980. Alors que je me trouvais dans une salle de montage dans les locaux de l’ancienne RTM, en train de monter mon deuxième film : Le Gouverneur général de l’île de Chakerbakerben, la porte s’ouvrit et une voix appela Lahcen Khabbaz. J’allumai la lampe de la table de montage et vit Mohamed Ismail qui me dit « Désolé, monsieur Nabyl Lahlou. Je cherche Lahcen Khabbaz ». « Vous tombez bien, monsieur Mohamed Ismail. Aidez-moi, s’il vous plait, j’ai perdu le synchronisme des voix ». En deux secondes, il remet les pendules à l’heure et me montra comment faire en cas de récidive.

Mohamed Ismail nous quitte le samedi 20 mars 2021, proclamé nouveau premier jour du printemps. Ce n’est pas le Covid qui l’a terrassé, mais l’indifférence et le silence qu’il ne cessait de rencontrer face à ses nombreux appels et ses cris de détresses, liés aux difficultés d’achever son dernier film, et au manque d’argent pour se faire soigner face à la maladie qui venait de le frapper. Avec son premier film Aouchtan, Mohamed Ismail annonçait la couleur, celle d’un cinéaste qui fera des films qui donnent à réfléchir et non à abrutir. Ce n’est donc pas le Covid qui a pris le dessus sur la santé de ce cinéaste, discret, généreux et passionné, mais la sale bureaucratie marocaine qui sévit dans les administrations marocaines dont le Centre Cinématographique Marocain, une administration qui n’a aucune raison majeure d’exister en continuant à dilapider l’argent des contribuables.

Mohamed Ismael, faut-il le rappeler à ceux qui l’ignorent, est le seul cinéaste marocain, dont le film, Adieu mères, a été projeté au Sénat français, dans le cadre de la quinzaine du judaïsme marocain, qui s’était tenue à Paris, en février 2008, sous le Haut patronage de Sa Majesté le roi Mohammed VI. Cette quinzaine du judaïsme a été l’œuvre de messieurs André zoulay et Serge Berdugo. Adieu mères a été également projeté au sénat belge. J’ignore si nos deux télévisions marocaines, Al Oula et 2M, ont, oui ou non, diffusé ce film qui parle de la symbiose qui a toujours existé entre les Marocains, qu’ils soient musulmans ou juifs, avant qu’un virus, appelé Le sionisme, ne se répande dans les coeurs et les esprits des Marocains juifs, les acculant à quitter leur pays, le Maroc, pour aller vivre sur « La Terre promise » qui n’est autre que la Palestine volée aux Palestiniens depuis 1948.

Maintenant que Mohamed Ismail est parti pour toujours, je me demande quelle pourrait être sa réaction s’il apprenait que, dans le cadre de la reprise des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, qui ouvrent la voie à des retrouvailles entre Marocains musulmans, vivant au Maroc, et Marocains juifs, vivant en Israël, son film Adieu mères allait être projeté à la Knesset. Personnellement, je reste convaincu que Mohamed Ismail serait fier de savoir que la projection de son film Adieu mères à la Knesset a mis mal à l’aise les ennemis de la paix, les députés israéliens sionistes qui refusent catégoriquement l’existence d’un État palestinien avec sa capitale Al-Qods.
N’est- pas, monsieur Nathanyahou ?

Dimanche 21 mars 2021.

Signé Nabyl Lahlou

Article19.ma

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