Par Mme Bouffarrachen Hayat*

A la veille des élections les voix des femmes s’élèvent, toutes tendances politiques, socioculturelles et socioéconomiques confondues, pour exprimer le précieux vœu de la parité en s’appuyant sur la même argumentation : respect de l’article 19 de la constitution. Effectivement , Le principe d’égalité entre hommes et femmes au Maroc a été institué dans la constitution de 2011 : « L’homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental, énoncés dans le présent titre et dans les autres dispositions de la Constitution, ainsi que dans les conventions et pactes internationaux dûment ratifiés par le Royaume et ce, dans le respect des dispositions de la Constitution, des constantes et des lois du Royaume. L’État marocain œuvre à la réalisation de la parité entre les hommes et les femmes. Il est créé, à cet effet, une Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination. »

Il est à rappeler que les marocaines n’ontréussi à investir le parlement qu’en 1993,trois décennies après, Le Royaume est toujours loin de ses ambitions et de l’esprit de la constitution afin de mettre en œuvre le principe de la parité. Ce principe se trouvant souvent heurter à la société patriarcale qui persiste à dénier un certain nombre de domaines, notamment politique, où il est difficile de briser le plafond de verre et se faire une place au soleil.

En dépit des efforts fournis par les pouvoirs publics, sous la pression et la persévérancedes mouvements féminins, et la bonne volonté royale à booster la femme à investir les domaines masculins fermés ; Des mesures de discrimination positive ont pu certes améliorer la présence quantitative des femmes sans pour autant peser sur les décisions.
Une lecture rétroactive dans les chiffres,notamment du dernier mandats (2015/2021), nous permettrait de dresser le bilan de tout un parcours de combat et éclairerait le chemin restant à parcourir vers « la précieuse » parité.
▪ L’exécutif 4 femmes sur 23, soit 17,40 %
▪ La Chambre des Représentants sur 395 élus, 81 femmes parlementaires soit 20,50%, 60 d’entre elles issues de la liste nationale.
▪ 2 présidentes régionales sur 12 soit 0,16%
▪ La chambre des conseillers 13 conseillères sur 120 hommes soit 10,83%.
▪ Des conseils communaux et des Conseils provinciaux 21 présidentes sur 1.503 soit 1,40%.
▪ Les conseils communaux 6.513 sur 30.663 soit 21,64%
▪ Les conseils de la région 255 sur 678 soit 38%.
Ce dernier pourcentage est la plus haute représentativité jamais enregistrée depuis l’adoption du quota en 2002, et ce grâce àla loi des conseils de la région qui a exigé le 1/3 front.
Afin justement de mesurer l’impact de cette représentativité aussi bien sur les « décisions – Makers » que sur la mentalité et l’imaginaire collectif du droit de la femme à accéder aux sphères de prise de décisions et politique et électifs, et administratifs civils et militaires. Comparons un peu l’évolution de ces chiffres d’après les dernières lois régissantes tous les niveaux des élections fraichement votés au parlement.
▪ L’Exécutif pas de quota.
▪ Chambre des représentants conversion de la liste nationale en liste régionale en augmentant le nombre de 60 à 90 députées Chambre des conseillers (120 sièges) adopte l’alternance des sexes.
▪ Conseil régional pas de changement préserve 1/3 mais marque ambiguïté quant à la présidence.
▪ Conseils préfectoral et provincial, ¼
Il est donc clair, qu’aujourd’hui la participation politique des femmes est toujours en deçà des attentes et des aspirations des femmes marocaines en matière de parité. Citons par la même occasion les données 2020 du « Forum économique mondial » relatives aux disparités du genre, cette analyse souligne que le Maroc se positionne 143e sur 153 pays, avec un score de 0,605 , l’indicateur 0 montrant l’absence de parité.
Sans oublier l’article 5 de la loi organique de la Chambre des Représentants qui persiste encore une fois en 2021 que les femmes ne sont éligibles qu’une seule fois dans le cadre de la liste nationale qui a été convertie en liste régionale. Alors que c’est le seul moyen pour les femmes de se faire élire, sachant que 90% d’entre elles ne sont élues qu’à travers cette mesure de discrimination positive. Tandis que cette limitation de mandats ne concerne pas les hommes.

Ce constat n’a rien de rassurant. En général Le taux de représentation des femmes varie entre 2 et 13% tant au sein du gouvernement, des institutions constitutionnelles, des fonctions d’ambassadeurs, préfets, gouverneurs, secrétaires généraux des ministères, officiers des forces armées royales et gendarmerie, sureté nationale et des organismes professionnels.

Nos concitoyennes occupent 19,1% seulement des postes de responsabilité au sein de l’administration publique, en dépit du taux de féminisation de la fonction publique a atteint la moyenne de 35%. Théoriquement le Maroc a dument ratifié les conventions internationales pour la protection des droits des femmes notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et le Pacte des droits économiques et sociaux. Il a procédé également à forcer les choses par l’instauration des mesures de discrimination positive notamment dans les instances politiques électorales, ainsi que dans quelques administrations Néanmoins, une reconnaissance effective, permettant la réalisation d’une égalité et/ou parité entre marocains et marocaines tardent à voir le jour. L’évolution lente des indicateurs jusqu’en 2020 est concomitante aux progrès enregistrés dans notre pays. Les facteurs majeurs expliquant la faible présence des femmes dans les instances nationales sont le niveau d’éducation, l’accès limité aux ressources, mais aussi les comportements discriminatoires et les stéréotypes misogynes qui persistent toujours ; Ce qui explique pourquoi le pays a été recalé en queue de classement. Malgré toutes les avancées en termes de législation nationale et l’adoption d’accord internationaux, la mise en œuvre de l’arsenal juridique marocaine n’a pas accompagné cet élan.
In fine, il faut admettre que seuls les partis politiques sont porteurs de changement car, ils sont les acteurs clés du système électoral, Leur engagement effectif en faveur de la participation des femmes est impératif, pour une réelle inclusion politique des femmes. Pour y arriver, leurs programmes mais aussi leur ambition, à gérer la chose publique, doivent cibler à la fois les hommes et les femmes. Afin de clore mon intervention sur une note optimiste, Il faut volontairement estimer que les marges de manœuvre laissées aux femmes par les partis politiques -par le biais des lois- , comme un démarrage effectif de cette voie progressive vers la consécration de la parité à l’horizon 2030 conformément aux Objectifs de Développement Durable (ODD) et aux volontés progressistes marocaines .

* Membre de la Chambre des représentants – PAM

Article19.ma

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