Plus de 20 000 étudiants africains dans les établissements universitaires marocains

Par Dr Mohamed Chtatou

Le Maroc, arbre fruitier séculier

Situé au nord-ouest de l’Afrique, à seulement 15 km de l’Europe par le détroit de Gibraltar, le Maroc occupe une position stratégique importante et a été pendant des siècles un mélange de cultures. Les influences arabes, amazighes, européennes et africaines font toutes partie du patrimoine unique du pays, qui est devenu célèbre dans le monde entier grâce à des millénaires de commerce et, au cours des siècles plus récents, à la fois à la diaspora marocaine et aux millions de touristes qui le visitent chaque année. Le Maroc est la seule monarchie d’Afrique du Nord et possède à la fois l’un des systèmes politiques les plus stables et les plus inclusifs. 

La longue tradition du pays en tant que centre commercial international se poursuit, avec une économie relativement ouverte qui a attiré les investissements étrangers et est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Europe en Afrique. Sur le plan diplomatique, l’approche pragmatique du Maroc lui a valu toute une série d’alliés et de partenariats, allant de ses solides liens commerciaux et de sécurité avec l’UE et les USA, en plus d’une relation florissante avec la Chine et les pays du Golfe.

Dans un discours historique, feu Hassan, en parlant du multiculturalisme séculier du Maroc, avait déclaré que le pays puise ses racines profondes en Afrique, son tronc se situe dans le périmètre arabo-musulman et son feuillage en Europe. En d’autres termes le Maroc a été dans le passé et est toujours un trait d’union entre l’Afrique, le monde musulman et l’Occident, pour la compréhension culturelle, le brassage civilisationnel et les échanges économiques.

D’ailleurs n’est-il pas le cas que les dynasties amazighes des almoravides (1040-1147) et des almohades (1121-1269) avaient des présences politiques et économiques importantes et déterminantes à la fois en Europe : Andalousie et au Sahel. Elles ont permis l’éclosion de la Renaissance dans le vieux continent par le biais des échanges fructueux entre la civilisation islamique et la civilsation catholique et l’introduction de l’Islam en Afrique par le commerce et non l’épée comme le prétendent certains historiens. La preuve en est que le Tijannisme est l’approche religieuse islamique prédominante en Afrique occidentale et qui remonte à la zaouïa tijaniyya du saint vénéré Sidi Ahmed at-Tijani (1735-1815) enterré à Fès.

L’influence religieuse marocaine en Afrique est toujours vivace aujourd’hui par le biais des écoles coraniques que le colonialisme français avait vainement essayé de circonscrire à cause de leur grande influence politique et la présence de la norme d’écriture marocaine : al-khatt al-maghribi qui domine toujours dans l’alphabet coranique Ajami utilisé pour écrire les langues africaines tels le Wolof, le Fulfuldé ou le Swahili.

Les peuples musulmans de l’Afrique occidentales qui sont en majorité Tidjanes effectuent toujours le petit pèlerinage au sanctuaire de Sidi Ahmed atTijani à Fès et beaucoup d’entre eux considèrent le souverain marocain comme leur chef spirituel : Amir al-Mou’minîn (Commandeur des Croyants).

Aujourd’hui, le royaume renforce sa présence en Afrique subsaharienne pour dynamiser son économie et son rayonnement international. Les banques marocaines acceptent des risques accrus pour obtenir des rendements élevés sur les marchés du sud, Casablanca est rebaptisée « centre financier », mais la candidature du pays à la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) se heurte à l’opposition des membres.

Le rôle du Maroc en tant qu’État-pont entre l’Afrique et l’Europe a été fréquemment mentionné, et le pays est conscient de sa situation géostratégique unique. Alors que le roi Hassan II a mis l’accent sur les liens avec l’Union européenne, son fils Mohammed VI a insisté davantage sur l’obtention d’une position économique et politique de premier plan en Afrique. Cela se traduit par d’importants investissements économiques et diplomatiques et par une politique bienveillante à l’égard des immigrants d’Afrique subsaharienne. Dans le même temps, le Maroc a également assumé le rôle d’État leader dans la lutte contre le terrorisme islamique au Sahara et au Sahel.

Liens historiques entre le Maroc et l’Afrique Subsaharienne

Les liens sociaux, culturels et religieux entre le Maroc et ses voisins subsahariens remontent à plusieurs siècles, à l’époque où les échanges commerciaux étaient très intenses et où l’Islam s’est répandu en Afrique. Tout comme aujourd’hui, les liens religieux et économiques entre eux se renforcent mutuellement. Les routes commerciales et le commerce ont apporté les traditions soufies en Afrique de l’Ouest, et notamment au Sénégal. Des confréries comme la Qadirriyya et la Tijaniyya ont joué un rôle crucial dans la propagation de l’Islam dans le pays, et le caractère relativement mystique du soufisme s’est bien adapté à la société sénégalaise. Sous le protectorat français, les chefs religieux du Sénégal se rendaient à Fès pour rendre hommage au mausolée du fondateur de l’ordre, le cheikh Sidi Ahmed at-Tijani. Aujourd’hui, Fès reste une destination sainte pour les musulmans tijanis.

Dans les années qui ont précédé l’indépendance vis-à-vis des Français, les liens entre le Maroc et ses voisins d’Afrique subsaharienne sont restés étroits. Un récit officiel détaillant les liens entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest mentionne qu’un cheikh sénégalais, Ibrahim Niasse, a été l’un des rares individus à rendre visite au roi Mohammed V alors qu’il était en exil à Madagascar en 1953. Le Maroc a également soutenu activement les mouvements d’indépendance africains et a été l’un des principaux membres fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (aujourd’hui Union africaine).

Il est difficile de parler des liens entre le Maroc et le Sénégal sans aborder l’élément religieux. En 1985, la Ligue des oulémas du Maroc et du Sénégal a été créée sous le patronage du feu roi Hassan II et du président sénégalais Abdou Diouf pour reconnaître officiellement le lien religieux entre les deux pays. Plus qu’une simple reconnaissance des relations bilatérales, l’organisation en est venue à représenter un outil stratégique pour le royaume marocain afin d’affirmer son leadership religieux au sud du Sahara.

En 1963, le roi Hassan II a accueilli les premiers dourous hassaniyya ou « conférences religieuses » pendant le mois sacré du Ramadan. Cette série d’engagements, qui se poursuit encore aujourd’hui, a rassemblé des chefs religieux et des universitaires du monde entier – et en particulier des pays d’Afrique subsaharienne – pour des conversations sur différents sujets islamiques. Les discussions ont souvent abordé les thèmes de la tolérance, de la paix et de la coexistence, s’alignant ainsi sur le modèle marocain. Les sessions des dourous ont été enregistrées, et des cassettes audio et vidéo ont été distribuées à l’étranger à des institutions religieuses et des universités, diffusant ainsi le message de l’Islam marocain à grande échelle.

Lors d’une conférence de presse tenue à Taif, en Arabie Saoudite, en 1980, le roi Hassan II a réitéré la mission de son pays de préserver et de diffuser le modèle islamique marocain en Afrique par l’intermédiaire des universités, des mosquées, des chefs religieux et des universitaires. Bien qu’il se soit retiré de l’Union africaine en 1984 (et qu’il n’y ait adhéré qu’au début de 2017), le Maroc est resté actif dans les affaires africaines et a continué à tirer parti de ses liens historiques pour entretenir des relations bilatérales avec les pays de la région.

Le soufisme joue un rôle essentiel dans la compréhension de l’Islam au Maroc. La tradition s’accorde parfaitement avec l’image quiétiste et spirituelle de la religion que le pays souhaite projeter. Ce quiétisme est nécessaire dans un pays où le roi règne à la fois sur les sphères laïque et spirituelle, et s’appuie fortement sur l’islam – et sur une lignée du prophète Mahomet – pour légitimer son règne. Ce contrôle de la sphère religieuse n’a fait que s’accroître après le 11 septembre. Sous son titre d’amîr al-mou’minîn, ou Commandeur des Croyants, le roi du Maroc est désigné comme un chef spirituel des musulmans et, à ce titre, ne peut être considéré comme favorisant un ordre religieux par rapport à un autre. Toutefois, l’État marocain comprend l’atout symbolique du soufisme et continue à le mettre en avant comme un élément clé de son identité religieuse, en soutenant souvent les échanges soufis entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest, en particulier ceux de la tarîqa soufie de la Tijaniyyah.

La Tijaniyyah est l’un des plus grands ordres de l’Islam en Afrique de l’Ouest, et les fidèles continuent à faire des pèlerinages annuels à la zaouia (monastère religieux) de Fès, où le fondateur de l’ordre, Sidi Ahmed at-Tijani, est mort. Chaque année, au Sénégal, où près de la moitié des musulmans du pays suivent l’ordre de Tijaniyyah, des événements culturels sont organisés à la Grande Mosquée de Dakar, financée et inaugurée par le roi Hassan II en 1963. Le Maroc y envoie souvent des délégations officielles de ministres et de diplomates, qui rappellent visiblement le rôle du pays dans la préservation et l’honneur de l’ordre soufi.

Le ministre des Awqafs et des affaires islamiques, Ahmed Taoufiq, qui est un adepte de l’ordre soufi Boutchichiya, est une figure clé des efforts du Maroc en matière d’image de marque religieuse. La nomination d’un soufi à ce rôle visible est une autre indication des efforts du Maroc pour embrasser cette identité qui est devenue associée à la modération dans la religion. Taoufiq a remplacé le plus conservateur Abdelkebir Alaoui Mdaghri qui a servi sous le roi Hassan II. Il a également une solide expérience des affaires africaines, ayant été le premier directeur de l’Institut des études africaines à Rabat de 1989 à 1995. Il est fréquemment présent lors des visites de la délégation du roi sur tout le continent.

Les Tidjanes du Sénégal

L’idée d’un Islam marocain de marque a été particulièrement mise en avant après les attentats de Casablanca en 2003, qui ont fait 45 morts. Lors d’un discours officiel prononcé quelques mois après les attentats, le roi Mohammed VI s’est montré ferme quant au maintien par le pays d’une interprétation modérée de l’islam et a mis en garde contre les importations de religions étrangères incompatibles avec l’identité marocaine. Les préoccupations du Maroc en matière de sécurité nationale s’étendent également aux développements à l’extérieur de ses frontières. Le pays s’est engagé à fournir une assistance en matière de sécurité aux pays du G5 au Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad), espérant ainsi se protéger des menaces transfrontalières.

Retour aux racines

Sans nier sa dépendance et sa foi en l’Europe, le Royaume du Maroc est revenu à ses racines, en Afrique, non seulement par un flux continu d’investissements, mais aussi par une volonté d’unions continentales comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). L’importance du continent africain dans l’agenda actuel du roi Mohammed VI est un indicateur fort de cette stratégie renouvelée, et le secteur privé a réussi au cours de la dernière décennie à soutenir cette vision royale ; le Maroc a établi des liens profonds en Afrique de l’Ouest et est désireux de réinvestir dans d’autres parties du continent.

Ce retour stratégique s’est d’abord manifesté par l’expansion des entreprises du secteur privé, notamment dans le domaine de la finance. Les banques marocaines sont présentes en Afrique depuis 1990, mais au cours de la dernière décennie, elles se sont surtout développées en Afrique de l’Ouest où elles sont presque plus performantes que les banques françaises. En 2017, les banques marocaines ont enregistré un bénéfice total de 2,7 milliards de MAD (environ 230 millions d’euros). Les banques marocaines forment et embauchent également des travailleurs locaux, ce qui contribue encore davantage au développement des marchés financiers locaux.  

Suivant cette vision d’un destin commun avec l’Afrique de l’Ouest, le Maroc a officiellement présenté une demande d’admission à la CEDEAO. Cette démarche n’est pas sans difficultés, mais elle témoigne de la détermination du Maroc à participer au développement économique de la région et à accéder à un marché potentiel de 367 millions de personnes.

Le volet islamique du Maroc et son influence sur les communautés d’Afrique de l’Ouest y contribuent également. Fondé sur la doctrine ach’arite, le rite malékite et le soufisme, l’islam marocain est perçu comme ouvert, tolérant et comme un facteur de stabilisation pour de nombreux pays africains qui sont actuellement aux prises avec la montée des idéologies radicales. Ce « soft power » religieux est renforcé par la formation des imams par l’intermédiaire de l’Institut Mohammed VI et d’une fondation au profit des érudits islamiques africains.

Les pressions migratoires ont accentué la perception des pays européens selon laquelle le Maroc représente un goulot d’étranglement pour les migrants désireux de traverser le détroit de Gibraltar. Malgré la convergence entre le Royaume et l’Europe dans la plupart des domaines, le Maroc ne partage pas totalement cette approche européenne ; le Maroc a par exemple refusé d’accueillir des camps de réfugiés sur son sol. Néanmoins, le Maroc est devenu un pays d’accueil pour de nombreux migrants subsahariens (plus de 80 000 résidents légaux et illégaux) ; selon une étude du Policy Centre for the New South – un groupe de réflexion basé au Maroc – sept migrants d’Afrique de l’Ouest sur dix ne vont pas plus loin en Europe, mais se déplacent à l’intérieur du continent. Le Maroc a adopté une nouvelle politique de « régularisation » du statut des migrants africains et de promotion de leur intégration dans la société marocaine. À bien des égards, l’attitude du Maroc va donc plus loin que l’approche parfois réductrice de certains pays européens qui considèrent la migration comme une simple question de sécurité.

Pour renforcer les efforts visant à développer une stratégie africaine sur les mouvements de masse de personnes, le Maroc accueillera l’Observatoire africain des migrations et du développement. Basée à Rabat, cette institution de l’Union africaine renforcera la collaboration régionale. Initiative initiale du roi Mohammed VI, l’observatoire reflète l’engagement du monarque envers le continent et a servi de moteur à l’implication croissante du Maroc en Afrique.

Dans l’ensemble, les efforts diplomatiques du Maroc ont abouti à plus d’une centaine d’accords de coopération avec des pays africains et à l’ouverture de nouvelles ambassades au Bénin, au Mozambique, en Ouganda, au Rwanda et en Tanzanie en 2016 ; des missions en Zambie et à Djibouti devraient ouvrir dans l’année à venir. Il s’agit également d’un aveu que l’ancienne politique du Maroc, qui consistait à traiter avec les pays africains en fonction de leur position sur le conflit du Sahara occidental, a isolé le Royaume et n’a pas servi son objectif. La stratégie du Maroc consiste désormais à s’engager sur tous les fronts et sur l’ensemble du continent. Et il ne fait aucun doute que cela s’est avéré très bénéfique pour le reste de l’Afrique également.

Économie dynamique

Le Maroc bénéficie de son secteur manufacturier bien développé, de son industrie minière, de sa production agricole, de sa proximité avec l’Europe, de sa diaspora importante, de son faible coût de la main-d’œuvre et de sa politique publique axée sur le marché. Son économie est bien diversifiée, en particulier par rapport à de nombreux pays de la région MENA. Le tourisme y contribue de manière substantielle, générant près de 6 milliards de dollars (5,4 milliards d’euros) de recettes annuelles, tout comme le secteur agricole, qui peut être sensible aux variations des précipitations. En retour, une année agricole forte peut stimuler considérablement la croissance du PIB, tandis qu’une récolte moins bonne peut freiner la croissance globale. Les industries manufacturières comprennent le textile, l’automobile et l’aéronautique, tandis que ces dernières années ont vu l’expansion du secteur des TIC, en particulier l’externalisation.

Les investissements dans les ports, les transports et les infrastructures industrielles, ainsi que la création d’une zone de libre-échange, ont stimulé la compétitivité et ont permis au royaume d’être bien placé pour servir de plaque tournante des transports et de courtier en affaires sur de nombreux marchés africains.

Les mesures d’austérité et les réformes favorables au marché entreprises dans les années 1980 ont donné le coup d’envoi d’une transformation économique, et l’économie reste stable sous le règne du roi Mohammed VI, qui a pris le trône en 1999. Ces dernières années, l’économie s’est également montrée assez résistante aux vents contraires mondiaux, mais elle n’est certainement pas à l’abri de ceux-ci. Selon le FMI, le PIB devrait croître de 2,3 % en 2016, pour atteindre 4,1 % en 2017. La stabilité politique du Maroc a profité à son économie, tandis qu’une politique fiscale et monétaire prudente a permis de maintenir l’inflation à un niveau assez bas.

La croissance des exportations est soutenue par un accord de « statut avancé » avec l’UE, signé en 2008, et un accord de libre-échange bilatéral signé avec les États-Unis en 2006. L’UE est le premier partenaire commercial du Maroc, avec des flux totalisant 30,7 milliards d’euros en 2015, dont 12,5 milliards d’euros d’exportations vers l’UE et 18,1 milliards d’euros d’importations en provenance de l’Union, selon les chiffres de la Commission européenne. Les exportations vers l’UE ont augmenté à un taux annuel moyen de 9 % entre 2011 et 2015. Le coût de la main-d’œuvre est faible au Maroc, et le salaire minimum est fixé à 287,80 dollars (259,11 euros) par mois.

Le déficit commercial s’est réduit avec la hausse des exportations et la baisse des coûts de l’énergie. Il a chuté de près de 20 % en 2015 pour atteindre 12,8 milliards d’euros en novembre de la même année, grâce à une croissance des exportations de 7,1 %, et s’est encore réduit pour atteindre 11 milliards d’euros en août 2016. La croissance des exportations en 2015 a été tirée par une augmentation de 18,5 % des exportations d’automobiles et une augmentation de 20,6 % des ventes de phosphates.

En avril 2016, le FMI a publié une étude sur l’économie marocaine, soulignant la nécessité d’améliorer encore le climat des affaires et de poursuivre l’assainissement budgétaire, en mettant l’accent sur la réduction des subventions, la modération des salaires dans le secteur public, l’augmentation des investissements et des dépenses sociales, et les réformes fiscales. Le déficit budgétaire du Maroc a été ramené à 4,5 % du PIB en 2015, et le pays vise à le ramener à 3 % en 2017.

La présence du Maroc en Afrique

La présence de l’économie marocaine en Afrique s’articule autour de deux pôles importants : le commerce et les investissements.

Le commerce :

Le Maroc joue, grâce à sa position géostratégique, le rôle de plaque tournante du commerce et des investissements pour l’Afrique. Il sert de pont entre le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest et le reste du continent.

La stratégie économique développée sous la direction de Mohammed VI, à l’égard du continent africain, fait du Maroc une plaque tournante régionale dans d’autres domaines clés, notamment la sécurité alimentaire, les infrastructures et les énergies renouvelables ;

  • Les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique ont atteint 4 milliards USD, en 2013 ;
  • Le volume des échanges commerciaux a presque doublé sur la période 2009-2014, principalement en raison de l’augmentation des exportations vers les pays africains ;
  • Les exportations marocaines vers le continent africain ont augmenté de 15% en moyenne annuelle, pour atteindre 1,7 milliards de dollars US en 2014, ce qui représente 8,6% des exportations totales du Maroc, contre 4,7% en 2004 ; et
  • Les produits d’exportation marocains sont principalement constitués de produits alimentaires, de boissons, de tabac, de produits semi-finis (28%), de produits de consommation transformés (17%), de produits d’équipement industriel transformés (17%), et d’énergie et de lubrifiants (5%).

 Les investissements :

Le Maroc est le plus grand investisseur dans la région de l’Afrique de l’Ouest, dans des secteurs clés tels que les infrastructures, le logement social, l’électricité, la pêche, la santé, les transports, la banque et les assurances, entre autres. Il est aussi le deuxième investisseur africain en Afrique (800 millions de dollars US) : 85% des investissements étrangers directs du Royaume sont en Afrique. 7% des exportations marocaines en 2012 sont destinées aux marchés des Etats sahélo-sahariens, l’objectif étant de porter ce ratio à 20% en 2018. Il contribue efficacement à la « révolution verte » en Afrique. En termes de sécurité alimentaire, l’Office Chérifien des Phosphates (OCP), le plus grand exportateur de phosphates au monde, a lancé plusieurs projets majeurs en Afrique :

  • En 2012, l’OCP a livré un premier stock de 10 000 tonnes d’engrais pour le développement de la culture du cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana ;
  • En février 2016, l’OCP a inauguré une unité de production d’engrais d’une valeur de 5,3 milliards de dirhams, baptisée « Africa Fertilizer Complex », dédiée aux marchés africains ;
  • Le 19 novembre 2016, l’OCP a signé un accord avec l’Ethiopie pour la construction d’une usine de production d’engrais d’une valeur de 3,7 milliards de dollars. Le projet devrait produire 2,5 millions de tonnes d’engrais dans sa première phase d’ici 2022, et une seconde phase verrait un investissement supplémentaire de 1,3 milliard de dollars pour porter la production à 3,8 millions de tonnes trois ans plus tard ; et
  • 4 décembre 2016, l’OCP et le Nigérian « Dangote Group » ont signé un accord pour la création d’une plateforme africaine intégrée pour la production d’engrais ; et
  • Un fonds d’innovation pour le développement agricole africain a été lancé afin de mettre en place un système d’incubation et de financement pour soutenir les entreprises africaines innovantes.

Le Groupe OCP dispose d’atouts majeurs pour améliorer la productivité agricole sur le continent africain et est convaincu que l’Afrique possède un potentiel considérable pour atteindre la sécurité alimentaire. Il prévoit d’ouvrir des filiales dans 13 pays africains, conformément à la stratégie du Royaume visant à renforcer les liens économiques et les investissements sur le continent, à savoir Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Bénin, République démocratique du Congo, Angola, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe, Mozambique, Ghana et Éthiopie.

Le Maroc poursuit sa poussée vers l’Afrique

Au cours de la dernière décennie, le Maroc a consolidé sa position de « porte de l’Afrique » grâce à une combinaison de diplomatie, de commerce et d’investissements de grande envergure dans les infrastructures. Il s’est tourné vers l’Afrique, en lançant un certain nombre d’initiatives commerciales et diplomatiques qui ont permis de développer le commerce et de créer des emplois dont sa population avait grand besoin.

Le soi-disant « roi des rois » d’Afrique,  le feu leader libyen Mouammar Kadhafi, était autrefois considéré comme le champion des projets panafricains fantaisistes visant à faire du continent un État grâce à des subventions et à des projets de construction somptueux. Là où les illusions de Kadhafi ont échoué, un autre pays d’Afrique du Nord peut être prêt à réussir grâce à des investissements prudents, à la promotion du commerce, à une diplomatie active et à l’approfondissement des liaisons de transport.

Les querelles avec ses voisins et le chômage dans le pays ont poussé le Maroc à regarder au-delà de la région du Maghreb pour développer de nouveaux marchés. La fermeture de la frontière algéro-marocaine dans les années 1990 pendant la guerre civile algérienne et les relations chancelantes avec la Libye en raison du soutien de Tripoli aux mouvements rebelles marocains ont obligé le Maroc à s’aventurer plus loin pour relancer les perspectives économiques de ses 36 millions d’habitants.

Des liens politiques effilochés et des décennies de marasme économique ont fait des pays du Maghreb – Algérie, Maroc, Tunisie et Libye – la région la moins intégrée du monde en termes de volume d’échanges, selon Adel Hamaizia, chercheur au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de la Chatham House :

« Le Maroc a un taux de chômage élevé et ne bénéficie pas des ressources naturelles de la même manière que les pays voisins comme l’Algérie et la Libye. Il est donc important de créer des marchés à l’étranger qui créent des emplois pour sa population locale », dit-il.

Si les liens commerciaux du Maroc avec l’Europe datent de plusieurs décennies, la capacité des entreprises marocaines à concurrencer les entreprises européennes est limitée. Toutefois, les économies en forte croissance de l’Afrique de l’Ouest offrent de grandes opportunités aux entreprises marocaines.

Les liens commerciaux entre l’Afrique de l’Ouest et le Maroc remontent à loin dans l’histoire, compte tenu de la proximité géographique et de la large utilisation de la langue française. Mais ce n’est qu’au cours de la dernière décennie que le Maroc a intensifié sa stratégie d’investissement en Afrique, son monarque, le roi Mohammed VI, ouvrant la voie avec un certain nombre d’initiatives diplomatiques et commerciales. Ce regain d’intérêt pour le continent, conjugué à un environnement réglementaire favorable aux entreprises et au développement des liaisons de transport, a conduit de nombreux commentateurs à décrire le pays comme une « porte sur l’Afrique ».

Des travaux ont déjà été réalisés pour améliorer les infrastructures de transport du pays afin d’exploiter sa position stratégique au carrefour de l’Europe et de l’Afrique. En plus de ses installations portuaires à Casablanca, le Maroc dispose d’une installation de classe mondiale à Tanger-Med, qui est toujours en cours d’agrandissement. Le port est actuellement relié chaque semaine à près de 40 ports d’Afrique de l’Ouest.  

Le Maroc a également redéfini sa stratégie nationale en matière de transport aérien, en étendant le réseau de vols de Royal Air Maroc dans la région à des tarifs compétitifs, et en positionnant Casablanca comme une plaque tournante pour les entreprises à destination de l’Afrique, en provenance d’Europe et des États-Unis. « C’est l’une des premières fondations qu’ils ont mises en place pour permettre ce qui allait suivre« , déclare Souhir Mzali, rédacteur régional pour l’Afrique à l’Oxford Business Group :

« Elles ont facilité le commerce et l’investissement. Comme vous pouvez l’imaginer, l’Afrique n’est pas un endroit facile pour faire entrer et sortir de l’argent. Le fait d’avoir mis en place les systèmes et les infrastructures a vraiment aidé à développer les relations dans la sous-région ».

Construire un centre financier

Les banques marocaines ont également mené la charge en Afrique. En 2010, le gouvernement a créé la Casablanca Finance City (CFC) avec pour mandat de faire du pays un centre financier régional et d’agir comme un pont entre les économies du nord et du sud. 

Il y a actuellement 19 banques opérant dans le secteur bancaire marocain avec 133 milliards de dollars d’actifs en 2017. Les banques locales dominent le secteur, représentant 82,3 % des actifs de l’industrie.    

Suite à la crise financière mondiale, les financiers marocains ont réalisé que l’Occident serait un marché difficile pour l’expansion dans les années à venir.

« Ils ont vu un potentiel en Afrique, qui n’avait pas les moyens d’ajouter de la valeur pour transformer ses vastes et riches ressources en réseaux de logistique et de transport. Il manquait beaucoup de choses là où le Maroc a comblé le vide », explique Mzali.

Les trois premières banques marocaines, Attijariwafa Bank, BMCE et la Banque centrale populaire (BCP) ont acheté des banques au Sénégal, en Côte d’Ivoire et sur d’autres marchés d’Afrique de l’Ouest, principalement à des entreprises françaises qui se retiraient de la région.

Avec l’aide des relations interpersonnelles et des infrastructures tentaculaires du gouvernement de Rabat, les banques ont accepté des risques plus élevés pour obtenir de meilleurs rendements dans les économies du sud. 

Attijariwafa est l’une des banques les plus connues d’Afrique. Elle possède des succursales dans dix pays africains, de la Tunisie au Togo, et tire un tiers de ses bénéfices des marchés africains hors du Maroc. La banque compte 499 agences en Afrique de l’Ouest et 97 en Afrique centrale.

En 2017, les trois premières banques ont réalisé des bénéfices totaux de 280 millions de dollars grâce à leurs filiales en Afrique. Leurs activités se concentrent sur la banque commerciale et d’investissement, les prêts aux grandes entreprises et les acquisitions de banques nationales et internationales.  

Fortes de leur succès commercial en Afrique de l’Ouest, elles ont maintenant pivoté vers l’Est, explique Adel Hamaizia :

« Ces dernières années, ils ont commencé à s’intéresser à d’autres pays qui ne sont pas francophones. Ils deviennent très actifs en Afrique de l’Est, investissant massivement en Éthiopie par exemple, et planifiant un gazoduc du Nigeria anglophone vers le Maroc ».

La Banque africaine de développement estime que 85 % des investissements directs étrangers (IDE) du Maroc sont allés en Afrique subsaharienne en 2016.

Visite officielle du Roi Mohammed VI en Tanzanie : le grand retour attendu du Maroc en Afrique de l’Est

En 2017, l’investissement marocain en Afrique s’élevait à 4,75 milliards de dollars, contre 3,4 milliards en 2016, selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2017 compilé par la CNUCED. Son portefeuille d’investissements est vaste et de grande envergure, dans des secteurs tels que les phosphates, les banques, la construction, les télécommunications et les biens de consommation comme le textile local.

Avec le décollage du commerce marocain en Afrique de l’Ouest au début des années 2010, le royaume est rapidement devenu l’une des économies les plus performantes de la région du Maghreb. Il a connu une croissance de 3,1 % en 2018 selon le FMI. 

Le pays est apparu comme la deuxième destination d’investissement la plus attrayante du continent dans l’indice d’investissement en Afrique (AII) de 2018 compilé par le Quantum Global Research Lab. Cette note est basée sur la taille de son économie (la sixième d’Afrique), son environnement commercial réceptif, son profil à faible risque et son fort capital social. Le Maroc a également été classé 60e sur 190 économies dans l’indice de facilité de faire des affaires de la Banque mondiale.

Le succès des entreprises marocaines en Afrique a également reposé sur la capacité du roi à cultiver des relations personnelles étroites avec les dirigeants africains.

Conclusion : « l’Afrique occupe une place particulière dans le cœur des Marocains »

Dans un discours prononcé le 20 août 2016 à la télévision nationale, le roi du Maroc Mohammed VI a qualifié l’Afrique de « priorité absolue » de la politique étrangère de son pays, soulignant que « cette relation multidimensionnelle place le Maroc au centre de l’Afrique » et que « l’Afrique occupe une place particulière dans le cœur des Marocains« . Venant juste un mois après la décision historique du royaume de chercher à assumer sa place dans l’Union africaine après avoir quitté l’ancienne Organisation de l’unité africaine à cause de l’admission controversée des séparatistes du Sahara occidental par cette dernière il y a trois décennies, les remarques du monarque ont réaffirmé une orientation stratégique ayant des implications significatives non seulement pour le Maroc et d’autres pays du continent africain, mais aussi pour leurs partenaires mondiaux, y compris les États-Unis.

S’exprimant à l’occasion du soixante-troisième anniversaire de la « Révolution du Roi et du Peuple » (thawrat al-malik wa sha’ab), la tentative d’arrière-garde des occupants coloniaux français pour écarter son grand-père, Mohammed V, du trône, une manœuvre qui a finalement accéléré l’indépendance du Maroc en ralliant la population derrière le souverain alaouite, Mohammed VI a fait valoir qu’aujourd’hui les destins du Maroc et de ses voisins africains étaient inextricablement liés : « Je crois que ce qui est bon pour le Maroc est bon pour l’Afrique – et vice versa. Leur destin est un seul et même destin. Je crois aussi qu’il ne peut y avoir de progrès sans stabilité : soit les deux vont ensemble, soit ils n’existent pas« .

Contrairement aux puissances coloniales qui, selon lui, « ont pillé les ressources de l’Afrique, étouffé le potentiel de ses fils et de ses filles, hypothéqué leur avenir, entravé le développement du continent et semé les graines de la discorde et des conflits entre les pays africains« , contribuant ainsi aux « problèmes qui affligent aujourd’hui les peuples africains, comme le retard, la pauvreté, les migrations, les guerres et les conflits, en plus du désespoir et du fait de succomber aux groupes extrémistes et terroristes« , le roi a exposé un engagement marocain « jamais pris dans l’intention d’exploiter les atouts et les ressources naturelles du continent », mais plutôt basé sur « l’avantage mutuel ». ”

En effet, Mohammed VI se dit confiant que « l’Afrique a les moyens d’assurer son développement et de prendre son destin en main, grâce à la détermination des peuples africains et aux ressources humaines et naturelles du continent », citant comme preuve les contributions du Maroc au développement humain, aux services sociaux, au commerce et à l’investissement dans toute la région. La réhabilitation de la baie de Cocody à Abidjan, la capitale commerciale de la Côte d’Ivoire, où le Maroc est la plus grande source d’investissement étranger, a été mentionnée dans le discours royal. 

Le roi a salué le partenariat public-privé de près de 200 millions de dollars entre les gouvernements et les entreprises des deux pays pour restaurer l’écosystème de la lagune et développer les infrastructures du littoral comme « un modèle unique de coopération« . On pourrait également ajouter, parmi de nombreux autres exemples, le projet de subsistance dans la baie de Soumbedioune, à Dakar, au Sénégal; les efforts en cours du groupe marocain OCP, qui a créé auparavant une filiale spéciale pour promouvoir le développement de l’écosystème agricole africain, afin de garantir aux petits exploitants un accès abordable à des engrais appropriés, spécifiques à leurs cultures et à leurs sols, ainsi qu’une gamme de services et de soutien pour transformer ces intrants en rendements plus importants et, par conséquent, en revenus plus élevés ; l’expansion ambitieuse en Afrique des trois plus grands groupes bancaires marocains – Attiwarijafa, Banque Centrale Populaire et BMCE Bank of Africa – dans le but de fournir des services financiers accessibles à la classe moyenne en plein essor du continent ; et la croissance à deux chiffres des filiales subsahariennes de Maroc Telecom, dont les 53 millions de clients dépassent déjà ceux du marché national.

Dans l’ensemble, le Maroc attire environ 85 % de ses investissements directs étrangers en Afrique, un critère qui a été salué par le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, lors de sa visite dans le pays. Comme Mohammed VI a eu raison de s’enorgueillir lors du sommet Inde-Afrique de New Delhi en octobre 2015, « le Maroc est devenu le premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest et le deuxième sur l’ensemble du continent« . Selon la dernière édition du Global Financial Centres Index, publiée en mars 2016, non seulement Casablanca est classée deuxième pôle économique et financier en Afrique, mais c’est aussi le seul centre de toute la région Moyen-Orient et Afrique à avoir augmenté son classement et sa note globale depuis le dernier rapport. 

Tout cela, selon le monarque, « n’est pas une question de buts et d’objectifs », car « traiter avec l’Afrique implique un engagement envers le citoyen africain, où qu’il se trouve » en raison des liens historiques qui sous-tendent « l’affection sincère, l’appréciation, les relations humaines et spirituelles étroites ainsi que la solidarité tangible » entre les Marocains et les autres peuples africains, il n’en est pas moins vrai aussi, comme l’a librement reconnu Mohammed VI, que « l’Afrique est le prolongement naturel du Maroc et l’incarnation de la profondeur stratégique du pays ». Cela « ne doit pas surprendre, car le Maroc a toujours été à l’avant-garde des partisans de la libération de notre continent… qui ont cru en l’Afrique, et qui ont oeuvré sérieusement pour l’unité, l’ouverture et le progrès de ses peuples ». Sans le mentionner explicitement, le discours du roi a écouté le « Groupe de Casablanca » des États panafricains au début des années 1960, un bloc dans lequel son grand-père et son père ont joué un rôle majeur, aux côtés de Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, et d’autres.  En conséquence, les réponses nationales du Maroc [aujourd’hui] à de nombreuses questions régionales et internationales complexes, telles que le développement, la migration et la lutte contre le terrorisme, sont conformes à un engagement ferme de servir les peuples africains.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed CHTATOU sur Twitter : @Ayurinu

Article19.ma

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