Kharboucha est sans aucun doute l’un des personnages les plus importants de l’histoire du Maroc. Une femme qui a osé, qui a chanté l’amour, qui a dénoncé l’injustice politique et le colonialisme; une femme avec des armes et de la musique.

Bravoure et sagesse

Pour les Marocains, Kharboucha restera connue pour sa bravoure et sa sagesse politique.

À la fin du 19ème siècle, la pauvreté et la famine étaient répandues au Maroc en raison de la crise financière que le pays traversait à l’époque. Cette crise a préparé le terrain, par la suite, à une invasion et une oppression coloniales.

Il y eut, cependant, de nombreux soulèvements, dont la rébellion de la tribu d’Oulad Zeïd.

Née au Maroc à la fin des années 1800 dans la région de Doukkala-Abda près de Safi, Kharboucha faisait partie de cette tribu.

Kharboucha, également connue par son vrai nom de Hadda Al-Ghita, était une figure emblématique et une militante politique qui a utilisé sa voix et ses poèmes pour lutter contre l’oppression et l’injustice du caïd Aïssa Ben Omar.

L’un des dirigeants les plus importants de l’histoire du Maroc est Aissa Ben Omar, né à Safi en 1842. Il est devenu le chef (Caïd) de la région d’Abda sous le règne du sultan Abdelaziz.

Ben Omar était connu pour sa brutalité et sa cruauté, alors que ses forces ont sauvagement réprimé le soulèvement de la tribu Oulad Zeïd au milieu de l’année 1895. Les historiens connaissent cette oppression comme l’année de « Refsa », qui pourrait être traduite en français par l’année du « coup de pied ».

Kharboucha, qui ne pouvait supporter l’injustice imposée par le puissant caïd, a décidé d’inculquer à sa tribu l’esprit de rébellion dans le but de se dresser contre les travers de son régime. Elle a utilisé sa voix comme arme dans ce conflit contre Aissa Ben Omar.

Inspiratrice du genre de la Aïta marocaine

Le genre de musique utilisé par Kharboucha est la Aïta, qui pourrait être traduite par « Lamentation ».

La Aïta est un genre de chant rural marocain dont les paroles sont en dialecte marocain (Darija).

La Aita peut être interprétée par une seule personne ou par un groupe de musiciens, avec des voix fortes.

Kharboucha a été l’une des pionnières de la Aïta à décrire à travers ses chansons la vie des femmes marocaines, leur résistance anticoloniale, leur vision claire de la liberté et leur désir urgent de droits politiques au sein de leurs communautés.

Dans ses chansons, Kharboucha a exaspéré Aissa Ben Omar, dont le nom seul semait la terreur parmi les populations. Les paroles l’ont tourné en ridicule à Abda et dans les régions voisines en ce sens que sa poésie et ses chansons se sont répandues comme une traînée de poudre parmi les membres de sa tribu et des autres tribus voisines.

Kharboucha a produit de nombreuses chansons au cours de sa courte vie qui racontent l’histoire de sa lutte contre le colonialisme et le caïd Aïssa Ben Omar. Kharboucha a dit au caïd dans l’une de ses chansons qu’elle ne se rendrait jamais à sa tyrannie et qu’elle ne cesserait jamais de défendre son peuple et sa patrie, accusant en plus le caïd de brûler les terres d’Ouald Zeid et de tuer ses proches.

La fin ambiguë de Kharboucha

La disparition de Kharboucha reste entourée d’un certain mystère. Il existe de nombreuses versions différentes qui tentent de raconter son histoire après sa capture par Aissa Ben Omar.

Certains récits affirment que Ben Omar l’a emprisonnée dans une maison avant d’y mettre le feu. Selon d’autres histoires, après son emprisonnement, sa langue a été coupée sous les ordres vindicatifs du caïd afin de réparer sa fierté brisée.

Une autre version prétend que des hommes de pouvoir l’ont capturée ainsi que son petit ami lors de leur évasion. Par pitié, cependant, ils les ont éloignés du chef et de sa tyrannie despotique en les renvoyant à Rabat, mais des agents du caïd l’ont repérée en route vers le sultan avant de l’enlever et de la tuer.

Kharboucha: la première cheikha à inspirer les artistes

Le nom de Kharboucha signifie « cheikha ». Les cheikhat sont des artistes traditionnels qui exécutent un type spécifique de danse et chantent leurs poèmes à certaines occasions comme les cérémonies de mariage, de baptême et des soirées.

En raison du divorce, du veuvage ou de l’abandon, la société considère les cheikhat comme des femmes libres. N’ayant aucun homme à leurs côtés, elles s’occupent seules de leurs enfants. Elles viennent d’un village, mais parfois elles deviennent une victime en ville.

Beaucoup de gens méprisent et stigmatisent les cheikhat pour une raison sexuelle, mais l’histoire de leur homonyme – une femme forte et héroïque – peut servir à corriger ces stéréotypes.

Kharboucha est un personnage qui a inspiré des générations d’écrivains et de cinéastes.

L’un d’eux est le cinéaste Hamid Zoughi, qui a sorti un film retraçant l’histoire de Kharboucha intitulé « Kharboucha ».

Son histoire a également inspiré le dramaturge Abderrazak Badaoui dans sa pièce « Milouda Bent Driss » (Milouda la fille de Driss).

En 2002, l’histoire de Kharboucha a également inspiré Farida Bourqia pour écrire le scénario du film « Jnane El Kerma » (le Jardin de la vigne). Au même moment, le dramaturge Salem Gouindi a écrit une pièce pour la troupe de théâtre régionale d’El Jadida sous le titre de « Kharboucha ».

*Cet article, publié par le site Morocco World News, a été traduit par Artice19.

Article19.ma

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