Par Ali Bouzerda


En 2012, au Maroc, de nombreux marocains ont été choqués par le discours populiste et dévastateur de Benkirane, leader à l’époque du Parti Justice et Développement (PJD) fraîchement désigné à la tête de l’Exécutif.

Benkirane disait : « Les vents du Printemps arabe nous ont été propices … maintenant nous sommes là pour mettre de l’ordre et combattre le népotisme, les passe-droits, les rentes des carrières de sables et autres… ».

Ce “sauveur” des temps nouveaux, promettait, lui et ses “frères” monts et merveilles à ceux qui voulaient les écouter et surtout les croire. Ils avaient annoncé un monde nouveau où « les Afarites » (mauvais esprits) et les « Tamassihes » (crocodiles) seraient bannis à jamais…

L’allusion était claire car elle concernait directement les adversaires impardonnables du PJD, notamment le PAM et le RNI. L’objectif était simple : décrédibiliser tout ce qui bouge pour faire main basse sur la scène politique.

Entre temps, les ministres PJDistes tentaient de donner l’image de soi-disant nouveaux « serviteurs de l’État » dévoués et loyaux avec un agenda précis : la lutte contre le clientélisme et l’argent facile.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et les barbus d’hier ont changé de peau ou plutôt de look comme le font souvent les serpents du désert. Ils ont vite compris comment saisir les opportunités et élargir leur champ d’action car les sièges des ministères sont éphémères…

Ce bref rappel a été évoqué pour dire qu’il ne faut pas prendre les marocains pour des « amnésiques », et ce, avant d’aborder l’histoire controversée de la fameuse société Drapor spécialisée dans le dragage des sables marins et “ses dégâts”, établis par les experts, sur les écosystèmes environnementaux de la côte Atlantique du Maroc.

L’ironie de l’Histoire, c’est que dans cette affaire de Drapor, deux ministres concernés ont été atteints accidentellement par le coronavirus (Covid-19), et les mauvaises langues racontent qu’ils auraient été, par ailleurs, « allergiques » à un autre phénomène, celui relatif aux questions écologiques et environnementales. Reste à déterminer leur « résistance » à l’attraction de tout ce qui brille le jour et même la nuit, ajoutent-ils. Vrai ou faux? Difficile à dire…

Bref, dans ce cas de figure, il s’agit de l’affaire d’autorisation de dragage du sable marin au large de la ville côtière de Larache, octroyée à la société Drapor fin août 2020.

Accordée par Aziz Rabbah, ministre PJDiste des Mines et de l’Énergie, cette autorisation est bien évidemment d’ordre environnemental. Et pour boucler la boucle, une deuxième autorisation d’exploitation est nécessaire et obligatoire et ne peut-être émise que par un autre département ministériel, celui de l’Equipement. Mais ce bout de papier incontournable a toujours représenté en fait un sérieux obstacle que Drapor n’a pu surmonter depuis 23 ans.

Et pour cause, une étude scientifique réalisée par le ministère de l’Environnement a tiré la sonnette d’alarme sur « les dangers » du dragage du sable de mer et son impact à long-terme sur l’écosystème marin, l’environnement du littoral et la pêche côtière source de revenus de milliers de pêcheurs et de leurs familles.

Même au temps où l’autre ministre PJDiste Abdelkader Amara était à la tête du ministère de l’Energie et des Mines, il y avait cet avertissement que personne ne pouvait ignorer et du coup, tout a été reporté aux calendes grecques. Mais aujourd’hui les choses ont semble-t-il pris un autre tournant.

Depuis sa nomination dans le gouvernement El Othmani, en sa qualité de ministre de l’Equipement, du transport et de la logistique, Amara caressait le rêve de prononcer un jour « le verdict ». A t-il décidé maintenant de trancher en faveur des pêcheurs et de l’environnement ou plutôt de pécher par opportunisme en faveur de Drapor?

+ Akhannouch, Ministre de Sa Majesté dit « Niet » à Drapor & Co.+

« Un homme averti en vaut deux », dit-on. Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime vient de saisir directement son collègue Amara – dit « Mister résidence écologique » à ce sujet. Ce dernier a semble-t-il possède une résidence « écologique » (penthouse) de haut standing sur tout un étage perchée au dessus d’un immeuble à Hay Riad avec des plantes exotiques importées d’Australie. Vive l’écologie chez soi!

Bref, retour à notre sujet, dans son courrier officiel Akhannouch s’oppose de manière catégorique à toute « autorisation » de dragage du sable de mer à Larache.

« Je voudrais vous faire part de l’opposition du département de la Pêche maritime à l’activité de dragage dans cette zone pouvant compromettre la durabilité de l’activité de pêche qui constitue par ailleurs un secteur économique et social de premier ordre pour la région », explique Akhannouch sur un ton qui ne trompe pas.

Il rappelle à cette occasion « noir sur blanc » les retombées gravissime du dragage sur l’écosystème marin, la santé et l’abondance des stocks halieutiques, en se basant sur l’étude scientifique de l’Institut national de recherche halieutique de 2015, mise à jour en 2019…

In fine, sans entrer dans les détails, que dire de deux ministres du PJD qui s’apprêtent à autoriser une activité qui menace l’environnement du littoral, l’écosystème marin et le gagne-pain de plusieurs milliers de pêcheurs, en voulant fermer l’oeil sur les conclusions de deux études scientifiques dont une émane du département de l’Environnement, s’interroge le site arabophone Alyaoum24.com dans un reportage détaillé sur cette affaire d’intérêt national car Drapor a déjà opéré à Mehdia, Azzemour et dans l’embouchure de Sebou.

Pas besoin d’être expert pour savoir que Drapor a fait couler beaucoup d’encre depuis son apparition sur la liste des privatisables en 1997. Deux commissions d’enquête parlementaires ont été mises sur pied pour enquêter sur le respect du cahier des charges de l’activité de cette société, mais elle ont été « neutralisées » comme par hasard, selon ce journal casablancais.

Le journal électronique a décrit la société Drapor comme étant « la poule aux œufs d’or… ».

Par ailleurs, de nombreux observateurs s’interrogent sur le fait : comment ces ministres du gouvernement El Othmani peuvent-ils ignorer les acquis du Maroc en matière d’environnement (organisation de la COP22 à Marrakech, ratification de conventions internationales de protection de l’environnement…) et des objectifs de développement durable?

In fine, Akhannouch n’a t-il pas vu juste en disant « Niet » à des décisions graves qui s’apparentent à un encouragement de l’économie de rente et de vouloir faire passer l’intérêt personnel avant l’intérêt général ?

« توضيح الواضحات من المفضحات » (éclaircir ce qui est déjà clair serait scandaleux), nous rappelle le dicton arabe.

J’ai oublié, au fait où sont passés « les crocodiles » et « les mauvais esprits » dont nous parlait Benkirane tout le long de son mandat ? N’ont-ils pas changé de camp avec le temps?

No comment !

Article19.ma

1 COMMENTAIRE

  1. les hypocrites péjidien(ne)s ont réalisé l’irréalisable,ils ont pu faire changer la peau aux crocodiles pour devenir des crocodiles,et ils ont pu s’accaparer le rôle des 3afarite pour devenir des 3afarite,il fallait le faire

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