Par Ahmed Assid

De nombreux Marocains n’ont pas compris pourquoi le ministre des Droits de l’homme n’a pas enregistré sa secrétaire à la Caisse nationale de sécurité sociale, elle qui a passé les plus belles années de sa vie à travailler dans son bureau. Voici une des explications possibles:

Les islamistes vivent mentalement en dehors de l’État moderne et de ses institutions et lorsqu’ils sont contraints d’entreprendre la lutte politique en son sein, c’est seulement dans le but de parvenir au pouvoir.

Quant à la logique de l’État, elle les perturbe et n’est pas compatible avec leurs objectifs et partant le lexique qu’utilisent les islamistes et en lequel ils croient est : « la récompense », « le bien fait », « le châtiment », « les bonnes actions », « le pardon », et « la pitié ». C’est un lexique qui n’a rien à voir avec les institutions de l’État moderne fondé sur la trilogie : « loi », « droit » et « devoir ». L’enregistrement de la secrétaire à la Caisse de sécurité sociale est une action qui ne comprend ni « récompense » ni « bien fait » parce que c’est simplement un « devoir ». C’est-à-dire une affaire purement de ce bas monde qui n’est pas récompensée par Dieu.

Il s’agit plutôt d’une action utile dans la relation de l’individu avec l’État, mais elle ne permet pas à une personne d’entrer au paradis alors qu’envoyer un panier à la maison de la secrétaire et à sa famille sous forme d’aumône ou l’aider quand elle est malade fait partie des bonnes oeuvres qui s’ajoutent aux « bienfaits » parce que c’est de la « charité ».

Et comme la culture de la charité est la plus répandue par rapport à celle du devoir, la majorité des Marocains préfèrent financer une mosquée plutôt que de financer et d’équiper une école délabrée, l’école étant une affaire du bas monde destinée à former le citoyen alors que la mosquée est un investissement dans l’au-delà, et est un espace d’apaisement.

C’est ainsi que les islamistes recourent à la distribution du couffin, alors qu’ils participent au pouvoir, plutôt que d’élaborer des politiques judicieuses pour éradiquer la pauvreté et permettre aux gens de vivre dans la dignité sans avoir besoin qu’on leur donne l’aumône.

La politique et la bonne gouvernance existent au Danemark, le pays qui s’est classé, l’année dernière, le premier sur l’échelle de la qualité de vie et où, selon les statistiques, 83% des habitants sont des athées qui ne croient pas en l’irrationnel et n’attendent pas une autre récompense dans l’au-delà en accomplissant leurs devoirs et en respectant la loi. Ils gèrent au mieux leurs affaires afin que personne ne soit victime d’une injustice.

C’est ce qui explique également que pour défendre le ministre il a été rappelé qu’il lui avait « donné » et l’avait « récompensée » par la compassion, l’aumône et les reconnaissances, car elle était, a-t-il été dit, « comme sa fille », et ce pour couvrir le non-paiement des charges à la sécurité sociale.

Le ministre n’a pas accompli son devoir envers sa secrétaire, mais il lui a donné l’aumône à elle et à sa famille « pour bénéficier de la bénédiction divine ». Ainsi, il a fait d’une pierre deux coups. Il est resté fidèle à la logique religieuse ancienne en dehors de la logique de l’État en se rapprochant ainsi de Dieu et du paradis, et en même temps il a satisfait sa secrétaire et sa famille avec ses aumônes et ses cadeaux.

En fait, le problème du ministre est qu’il est en charge au sein du gouvernement de la gestion d’une question qui est l’une des dernières innovations de l’humanité dans l’État moderne mais que lui déteste, à savoir celle des « Droits de l’homme », qui n’a rien à voir avec la logique du discours religieux ancien et la logique de l’aumône.

Parmi les droits les plus élémentaires est que chaque employé soit enregistré dans un régime de couverture Sociale.

Les islamistes vivent un grand déchirement en leurs profonds intérieurs entre l’État et la secte, entre l’administration et l’imamat, la loi et la hisba et la cravate et le turban, une déchirure qui entrave le développement de l’État et de la société, et nous a mis dans une impasse tragique laquelle ne nous permet ni de revenir en arrière et de restaurer le « califat », ni d’avancer vers l’Etat de droit.

Tout ce que nous espérons est que cette déchirure fasse comprendre à nos frères musulmans la leçon et le sens d’appartenir à l’État et à la patrie, et de réaliser que la taqiyya, si elle est une tactique bénéfique lors des élections elle ne construit pas un avenir sûr.

Article19.ma

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