Pour un printemps de la femme marocaine

dans Point de Vue

Dr Mohamed Chtatou



Le carcan d’une tradition absurde La femme marocaine, et par extension la femme arabe continuent, au XXI ème siècle, à croupir dans les geôles des traditions obscurantistes et absurdes, pire depuis l’avènement de l’Islam politique, avec l’arrivée des Mollahs au pouvoir en Iran en 1978, il y a eu un retour en arrière sur les acquis de l’indépendance et de la modernité. Donc, la femme après s’être libéré de son voile litham, elle se retrouve obligée de porter le voile intégral ni9ab ou bur9a3 parce qu’elle est l’objet de phantasmes sexuels de ses messieurs, donc source de fitna pour une société de mâles crée par les mâles pour les mâles, ou la gente féminine ne figure que comme repos du guerrier, bonne à tout faire ou procréatrice de descendants, mâles, de préférence sil vous plait. Dans l’imaginaire de cette société rétrograde, la femme et la source de tous les maux, elle est tentatrice si elle montre son visage et ses courbes, sale parce que elle sujette à des cycles de menstruations, incapable de réfléchir et toujours mineure na9sa 39al. N’appelle-t-on pas la femme dans l’arabe marocain : dal3a 3awja, côte difforme, en référence à l’histoire biblique qu’elle est sortie à l’existence d’entre les côtes d’Adam ?. Ne dis-t- on pas aussi, en parlant de la femme dans la langue populaire, lamra 7achak. 7achak est un terme de la darija, arabe vernaculaire, utilisé quand on veut parler d’un sujet 7aram, illicite ou insalubre ?. Donc la femme est un être insalubre.

Ce comportement inique, trouve son origine, non pas dans l’Islam, mais dans la culture tribale préislamique ou sévissait le système patriarcal faisant de la femme un simple objet de la maison, à la fois pour le plaisir et la procréation, ni plus ni moins. Durant la période de la vie du prophète Sidna Mohamed et des Califes, la discrimination contre la femme fut proscrite, mais une fois cette ère dépassée les gouverneurs et les monarques arabes, forts de leurs habitudes tribales, enfermèrent les femmes dans des harems que gardaient jalousement des eunuques. Le petit peuple prenant exemple sur ses administrateurs, fut fi de la loi islamique, et lui aussi retournait à ses habitudes ancestrales.

Les pseudo-religieux, à la solde de leurs chefs politiques ou militaires affermirent, sans preuve aucune, que l’Islam en raison des lois de l’héritage veut que la femme reste toujours mineure dans la société et c’est ainsi que pendant des siècles elle resta prisonnière de pratiques tribales que ça soit dans des palais ou des bicoques.

Dans les régions rurales, ou la vie est plus dure, la nécessité libéra la femme des prisons des murs ainsi que celui du Hijab. Elle sortit pour travailler dans les champs, mais vite elle regretta cette liberté parce qu’elle fut exploitée triplement : dans les champs, dans la maison et dans le lit, ou on lui demande de tout faire sans la moindre expression de gratitude.

Les destins de ses femmes furent étudiés amplement et adroitement par des sociologues arabes de renom, comme Fatima Mernissi au Maroc et Nawal Saadaoui en Egypte. Bien sur leurs études ne furent jamais acceptées par la société chauviniste et autocratique arabe qui voit dans la libération de la femme un prélude à la liberté de l’homme donc à la démocratie et l’état de droit. Quand aux Islamistes, ces deux femmes, produits de la culture occidentale, ont été déclarées, en état de koufr, pour leurs écrits qui dénoncent l’exploitation de la femme au nom de la religion.

Le subconscient despotique

L’exploitation de la femme dans la société arabe en général et marocaine en particulier est le résultat d’un cumul culturel de plusieurs siècles. Les filles sont élevées par leurs mères à toujours servir les mâles dans le foyer sans rechigner, et quand elles partent chez leur mari c’est de même en toute obéissance. Beaucoup de mères apprennent à leurs filles l’obéissance aveugle parce que l’homme est à la fois le protecteur et le pourvoyeur, pire elles leur inculquent que l’obéissance à l’homme est une forme d’obéissance à Dieu.

Cette éducation absurde fortifie l’égo de l’homme et crée chez lui un sentiment de supériorité et d’impunité, ce qui fait qu’il croit, dur comme fer, que sa femme c’est sa propre propriété, dont il peut disposer comme bon lui semble. I peut assouvir ses phantasmes sexuels les plus fous sur elle, même quand elle ne veut pas sans que cela ne puisse être considéré comme viol, dans la culture locale, bien sûr. Il peut la frapper, quand cela lui chante, parce que la femme est toujours mineure, et lui il ne fait que l’éduquer.

Je me rappelle en 1978, je suis rentré au Maroc en été, après ma première année d’études à l’Université de Londres, tout fier de moi parce que j’étais accompagné d’une belle blonde aux yeux bleus, amie de classe. Mon égo était gonflé à bloc, je revenais avec une nana nasraniya. Après une semaine, la nana anglaise, Margaret de son nom, m’interpella de façon singulière :

– Mohamed tu es quelqu’un de bien éduqué, d’intelligent et de bon, rien à dire, sauf

que ton comportement avec tes sœurs est abjecte et inconcevable.

– Qu’est ce que tu veux dire, Margaret, je les aime et je les traite bien, rétorquai-je

piqué au vif dans mon amour propre

– Ce que tu dis est vrai, mais tu t’attends toujours, comme tous les mâles de ta famille

à ce qu’elles soient à votre service dès que vous rentrez à la maison.

– C’est la culture, Margaret.

– Je sais, mais en tant qu’intellectuel tu dois te soulever contre cette culture

asservissante et avilissante, c’est de l’exploitation pure et simple. Tu dois apprendre

à te servir toi-même sans demander à ta sœur de t’apporter à boire, de façon sèche

et ingrate. Je ne vous entends jamais dire : « s’il te plait ».

– C’est sous-entendu…hhhh

– Il n’y a pas de sous-entendu dans le domaine de la politesse. A vrai dire vous vous

comportez comme des sultans, et le harem est la pour vous servir et satisfaire.

– Dans un sens tu as raison, mais à vrai dire je n’ai jamais vu la chose de cet angle et

puis la gente féminine s’exécute toujours sans s’offusquer

– C’est absurde…mets ton comportement en adéquation avec ton intellect Mohamed,

s’il te plaît.

– Je te promets je vais m’améliorer.

Après toutes ses années de passées,  l’effet Margaret est toujours avec moi, chaque fois que je suis en présence de mes sœurs, j’ose plus demander un service de peur d’être réprimandé. Margaret m’a ouvert les yeux sur une réalité que je n’ai jamais pris en considération par myopie culturelle, dont, d’ailleurs, une grande partie de notre société souffre.

Dans notre culture, la mère lmima c’est l’être le plus cher, le plus doux, le plus beau, le plus sympathique…sans elle dans la maison, on est orphelin, ou seul sans appui. Mais la mère c’est aussi, la sœur qu’on chérit, la fille qu’on adore et l’épouse qui nous tient la main le long du chemin de la vie. Mais, malheureusement on oublie qu’on exploite tous ses êtres chers sans rechigner.

On aime exploiter les femmes

Au Maroc les femmes rurales sont exploitées sur tous les plans. Elles sont censées travailler toute la journée dans les champs, des travaux rudes et physiques, s’occuper des enfants à la maison, et bien sûr, comble de désespoir, satisfaire monsieur dans le lit. Dans cet environnement d’ingratitude et de misère, la femme est censée être en plus le souffre-douleur de tout le monde, toute la famille vient pleurer dans ses bras. Elle, elle n’a personne pour quelque chose de similaire.

Dans ce monde la femme est prisonnière de son statut de femme, de l’orthodoxie religieuse sans pitié qui fait d’elle un être coupable même quand on prouve qu’elle est innocente, des traditions misogynes et absurdes et de son illettrisme, et on parle de développement rural. Aucun développement ne peut se faire sans libérer la femme de toutes ses chaines qui empêchent son progrès. Avons-nous pensé à cela, avons-nous prévu des programmes bien étudiés et bien conçus ? Malheureusement, non…on tâtonne toujours. Les pays sub-sahariens, bien que démunis, sont en avance sur nous dans ce domaine.

Cela ne veut pas dire que femme citadine bénéficie de meilleurs conditions, loin de la, elle subit elle aussi. Elle doit se réveiller tôt pour envoyer ses enfants à l’école, aller au travail ou elle subit la dictature des chefs et leur harassement sexuel, à la maison, elle doit préparer à manger à tout le monde, faire l’instructeur aux enfants, et une fois au lit elle doit obligatoirement s’acquitter de ses obligations conjugales, dans l’indifférence totale de l’autre partie.

C’est seulement lorsqu’elle tombe malade que l’on se rend compte qu’elle est  indispensable, et dès qu’elle se remet sur pied, on oublie ce détail, et elle, dans sa bonté axiomatique, nous en excuse.

Nous devons impérativement changer nos comportements, nos habitudes, notre philosophie vis-à- vis de la femme pour pouvoir entrer de plein pied dans la modernité. La femme n’est pas un objet de passion, ni un objet de possession. C’est un être en chair et en os avec ses sentiments propres, ses envies et ses désirs. On doit se débarrasser de ses idées moyenâgeuses, qui font que la femme quand elle se fait belle, elle le fait pour allumer le monde, elle devient un danger public, une fitna…une bombe. La pauvre femme, elle, elle ne veut que se faire plaisir, et/ou faire plaisir à sa famille et son mari.

La discrimination positive

S’il on compte sur le mouvement normal de la société vers une reconnaissance des droits inaliénables de la femme au Maroc, on risque de trop attendre Godot parce que les forces obscurantistes qui sont montées ses dernières années en puissance, sur tous les plans, pensent tout bas que si les hommes sont au chômage c’est parce que les femmes les gênent de leur présence et compétition sur le marché du travail. Ces individus pensent que la femme doit retourner à son travail à la maison et laisser l’homme s’occuper de gagner le pain de la famille. Cet argument rétrograde sous-entend que la femme ne peut aspirer à une promotion sociale parce que ce vœu mets les bâtons dans la roue de l’homme, pire cela équivaut à dire que la place de la femme c’est le foyer : les casseroles et les couches de la marmaille.

Malheureusement la majorité gouvernementale actuelle a traduit, sans le vouloir sans doute, cette approche philosophique dans les faits en n’incluant qu’une seule femme dans son sein. Est es accidentel ou voulu, on le saura sans doute un jour dans un avenir proche ou éloigné, selon les circonstances actuelles ?

En principe, tous les partis politiques marocains ont des associations de femmes, toutefois ces associations sont juste pour la figuration et l’art de la vitrine, que l’on pratique dans ce pays avec dextérité. Les partis politiques marocains sont loin d’être démocratique, ce qui veut dire que la constitution des listes des candidats aux élections est le fait du bureau politique central et non du parti local, et le choix des femmes reste un luxe. Heureusement, la progression de la pensée sociale et politique humaine, s’inspirant des environnements politiques comme celui du Maroc a crée une soupape de sécurité pour l’émancipation de la femme : le concept de la discrimination positive. Sans l’officialisation de ce concept dans la vie politique marocaine, la femme n’aurait jamais ou rarement eu accès au parlement et au gouvernement, parce qu’on dépit du développement du Maroc, la gente masculine, même celle éduquée, reste malheureusement tribale vis-à- vis de la femme dans le contexte de « sois belle et tais-toi chérie ».

La discrimination positive n’est nullement un cadeau marocain-marocain pour la femme, mais l’aboutissement de l’émancipation de la femme dans les pays démocratiques, et grâce à la pression de la communauté internationale, le Maroc à instauré la discrimination positive, mais cette discrimination reste limitée au niveau du parlement. En principe, elle doit obligatoirement s’étendre au gouvernement, aux grands postes de l’état et toutes les institutions étatiques ainsi que celle du privé et aussi l’armée, la gendarmerie et la police. C’est vrai, il y a des femmes soldats, gendarmes et policiers, mais elles sont toutes au bas de l’échelle, donc une question de figuration toujours.

Aussi, il faut pas oublier le concept de la parité dans tous les domaines : au niveau des opportunités d’emploi, on doit pas refuser un emploi à une femme parce qu’elle est femme, comme on ne doit pas refuser un emploi à une femme parce qu’elle porte le Hijab, c’est anti constitutionnel. Toutefois, il y a plus grave dans l’administration publique ainsi que le privé, c’est la discrimination des salaires. Pour un même emploi, l’homme et la femme n’ont pas le même salaire.

La révolution tranquille de la femme marocaine

La femme marocaine a commencé sa révolution tranquille le lendemain de l’indépendance en investissant les écoles pour apprendre, depuis son nombre ne fait qu’augmenter au fil des années, aujourd’hui le pourcentage des femmes dans les universités et pratiquement de 54 %. Le revers de la médaille se situe malheureusement dans le monde rural, et surtout dans les régions montagnardes amazighophones, ou l’analphabétisme avoisine 80 %. Dans ce domaine nous sommes trop en retard sur le reste du monde…une honte.

L’alphabétisation de la femme rurale est un must dans le domaine de women empowerment. Cette alphabétisation, surtout, si elle est entreprise dans les règles de l’art loin de tout dessein de récupération politique, peut être grandement bénéfique à plusieurs niveaux :

1- Apprentissage des 3 Rs (Writing (écriture), Reading (lecture) et Arithmetics

(arithmétique)) ;

2- Développement intellectuel et professionnel ;

3- Apprentissage des règles de l’hygiène et de la santé procréative, surtout dans un

environnement ou la mortalité infantile est très élevée ; et

4- Création d’opportunités d’auto-emploi.

La femme marocaine grâce à son courage légendaire, sa témérité, sa patience, à investi tous les domaines réputés masculins : elle pilote l’avion, le bus, le taxi, le tram, etc. Elle est aussi dans l’armée, toutefois on attend toujours notre première dame général, et elle est dans la police, la gendarmerie, la protection civile et les forces auxiliaires.

Si la femme marocaine aujourd’hui est un sujet d’honneur national grâce à ses exploits et sa persistance, elle le doit en partie aussi à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui lui a donné un grand coup de pouce en montrant son épouse Lalla Salma en public, une première dans les annales de l’histoire monarchique du Maroc, et on lui confiant des tâches de grande importance sur la scène publique. Lalla Salma, non seulement elle inspire la jeunesse marocaine avec ses faits et gestes, mais aussi elle donne un exemple, grandeur nature, de ce que doit être le bénévolat, dans un pays réputé pour sa générosité. Les Marocains, tous sexes confondus, sont aussi très fiers de toutes les princesses : Lalla Meryem, Lalla Hasna, Lalla Asmaa et Lalla Soukaina qui, grâce à leurs actions humanitaires sur la scène nationale et internationale, montrent au grand jour que la monarchie n’a pas seulement la légitimité historique mais aussi l’amour populaire, sans ambages.

Il y a quelques années de cela Sa Majesté le Roi, à confié à sa cousine, Lalla Joumala, lauréate de la prestigieuse Université de Londres et Présidente de la Moroccan British Society, Les commandes diplomatiques de l’Ambassade du Maoc en Grande Bretagne, un poste stratégique et hautement névralgique, vu les relations séculaires entre les deux royaumes et l’alliance stratégique entre les deux pays. Lalla Joumala s’acquitte de sa mission diplomatique avec brio, au dire des diplomates anglais themselves.

Mais la révolution, n’aurait pas pu aboutir si Sa Majesté le Roi Mohammed VI, n’avait pas introduit des lois déterminantes pour l’avenir de la nation marocaine. Le premier et le code la famille de 2004 qui, a été complètement transformé l’ancienne moudawwana dans le sens de la modernité, sans sortir du sillage de la tradition et de la religion. Il est considéré aujourd’hui comme le code le plus avant-gardiste du monde arabe, et d’autres pays prennent exemple sur lui. La deuxième loi-événement, c’est l’octroi de la nationalité marocaine en 2007 aux enfants des femmes marocaines, nés d’un père non marocain.

Le printemps de la femme marocaine

La femme marocaine qui est notre mère mwima, sœur, fille et conjointe, sans oublié bien sûr collègue au travail doit impérativement bénéficier d’une reconnaissance totale de la société marocaine. Cette reconnaissance doit se manifester comme suit :

1- Reconnaissance du rôle primordial de la femme au sein de la famille et au foyer ;

2- Aider la femme au foyer en partageant les besognes ménagères,

3- Aider la femme dans l’éducation des enfants au foyer ;

4- Se débarrasser des stéréotypes sexuels sur la femme marocaine : elle est un être

entier et honorable à tout point de vue ;

5- Considérer la femme comme un agent à part entière dans le développement du

pays ;

6- Adopter un esprit de parité vis-à- vis de la femme ;

7- Criminaliser les actes de violence contre la femme, que ce soit les violences sexuelles

ou corporelles ;

8- Adopter le principe de discrimination positive dans la vie publique : à quand une

femme Chef de Gouvernement, comme au Bangladesh et au Pakistan, etc.

Le printemps de la femme marocaine, pour une fois n’est pas le fait de la femme toute seule, mais de toute la nation : femmes et hommes ; gouverneurs et gouvernés.

Osons le geste de libérer la femme du carcan de la servitude, des états d’esprits vieillots et des lois archaïques pour gagner le pari développement économique grande nature.

Article19.ma

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