La polémique Benkirane – Akhannouch a abouti à l’impasse…

dans Point de Vue

Par Miloud Belkadi



Après le communiqué du Chef de gouvernement désigné, Abdelillah Benkirane mettant fin aux consultations pour la formation d’un nouvel exécutif plusieurs feuilles de route, plans et agendas se sont évaporés et les pourparlers ont été bloqués entre Benkirane et les partis du Rassemblement national des indépendants et du Mouvement populaire laissant ainsi les regards se diriger vers l’arbitrage royal ou l’arbitrage populaire pour dépasser cette crise politique inattendue laquelle , à mon sens, trouve son origine dans le fait que ceux qui mènent les consultations pour la formation de ce gouvernement sont plus des politiciens que des hommes d’Etat, notamment en cette phase critique de l’histoire du Maroc marquée par de nombreux dangers, d’ambiguïtés, de défis et de luttes manifestes et occultes, d’agendas et de calculs politiciens sectaires.

Plus de trois mois après le début des consultations pour la formation du gouvernement, il y a quasi unanimité que leur déroulement a été marqué par plusieurs erreurs au niveau de leur gestion, de la communication et des négociations – à des degrés divers – non pas seulement de la part de Benkirane mais aussi de la part des autres négociateurs et à leur tête Akhannouch et son groupe que nous allons aborder dans cet article :

Des consultations sans confiance réciproque

L’observateur de la marche des consultations pour la formation du gouvernement relève l’absence du principe de confiance réciproque entre le chef du gouvernement désigné et les autres leaders des partis politiques, en ce sens que chacune des parties a fait montre de prudence et de réserve envers l’autre. Benkirane pense que certains dirigeants de partis, qui négocient avec lui, ne disposent pas de pouvoir et d’indépendance de décision et qu’ils appliquent les consignes de ceux qui n’acceptent pas la victoire du Parti justice et développement aux élections du 7 octobre et la désignation par le souverain marocain de Benkirane pour la formation du gouvernement pour un second mandat à un moment où beaucoup pariaient sur le recul du PJD, et d’autres chefs de partis en négociation estiment que Benkirane n’est pas un homme d’Etat et qu’il n’agit pas comme un chef chargé de la constitution du gouvernement mais comme un secrétaire général du PJD qui intervient dans des questions ne relevant pas de ses compétences, à savoir, former un gouvernement. Entre les deux, le principe de confiance, qui est considéré comme une condition politique essentielle dans toutes négociation, a fait défaut et a fait que toutes les parties en négociation pour la formation du gouvernement commettent des erreurs, prennent à la hâte des décisions et publient des communiqués qui ont débouché sur la crise.

Les erreurs de Benkirane dans le processus des consultations

Personne ne doute en la légitimité populaire dont dispose Benkirane sur la base de laquelle il a été désigné, mais dès le début des consultations il a commis des erreurs :

A- Il a pris la décision individuelle d’annoncer la constitution du gouvernement de l’Istiqlal et du Parti du progrès et du socialisme avant la fin des consultations avec les partis de la majorité sortante (RNI, MP et PPS), car il devait attendre la fin des consultations avec les partis de l’ancienne majorité et, par la suite, s’ouvrir sur d’autres partis pour s’assurer une majorité parlementaire confortable. Sa hâte d’annoncer son attachement aux partis de l’Istiqlal et de l’Union socialiste des forces populaires ont poussé le secrétaire général du Mouvement populaire, Mhand Laenser, à faire un pas en arrière et à annoncer qu’il conditionne son entrée au gouvernement avec celle des partis de l’Entente en réponse à Benkirane qui a toujours parié sur la formation d’un gouvernement avec les partis de la Koutla.

B- La publication à travers la presse du contenu de ses rencontres avec les dirigeants des autres partis sans aucune réserve.

C- La non consultation des partis de la majorité sortante quant à la participation de l’Istiqlal au gouvernement.

D- Son attitude dans la gestion de ses différends avec ses partenaires qui na pas été celle d’un chef de gouvernement mais de secrétaire général de parti politique.

E- Sa hâte à prendre des décisions et à publier des communiqués de manière réactive a davantage rendu difficile les consultations.

F- La non-réception des messages de sa rencontre avec les conseillers du roi pour hâter la formation du gouvernement.

Les décisions, les communiqués et les attitudes de Benkirane ont contribué à l’avortement des consultations.

Parmi les plus importantes décisions et les plus graves qui ont mis fin aux consultations :

1- Son communiqué du jeudi 4 janvier en tant que secrétaire général du PJD et comme chef de gouvernement désigné, communiqué dans lequel Benkirane a annoncé la constitution de son gouvernement des partis politiques de la majorité précédente – PJD, RNI, MP et PPS – avant d’attendre la réponse d’Akhannouch et de Laenser quant à sa proposition, ce qui a poussé Akhannouch , lui aussi, à se précipiter et à commettre la même erreur en publiant un communiqué incompréhensible sur l’élargissement des consultations aux partis de l’Union constitutionnelle et de l’USFP avec des arguments non-convaincantes.

2- Sa hâte à publier son deuxième communiqué le samedi 6 janvier qui met fin aux consultations en réponse à la décision hâtive du groupe quadripartite d’Akhannouch : Akhannouch, Laenser, Sajed et Lachguer. Le communiqué de Benkirane a été décisif et ferme pour mettre fin aux consultations avec Akhannouch et Laenser et refuser tout dialogue avec eux, mettant ainsi dans l’impasse les consultations.

Il ressort de ce qui a été dit précédemment que Benkirane a commis des erreurs dans la conduite des pourparlers et qu’il a pris certaines décisions et diffuser certains communiqués forts de manière hâtive alors qu’il devait attendre et faire échec aux manœuvres de ses adversaires –dans le clame et le silence- en tant que chef de gouvernement désigné dont la légitimité populaire lui impose de supporter et d’affronter les aléas avec une vision stratégique pour réussir la formation du gouvernement malgré les tentatives de certaines forces, manifestes et occultes, visant à le faire échouer.

Les erreurs d’Akhannouch lors des consultations

Parmi les erreurs commises par Akhannouch –délibérément ou non- avoir posé comme conditions pour participer au gouvernement de Benkirane :

A- La nécessité pour Benkirane d’attendre le congrès extraordinaire du RNI pour trancher sur la question du choix de la majorité ou de l’opposition.

B- Son refus de participer à un gouvernement avec Chabat et l’Istiqlal ce qui a été considéré par Benkirane comme un chantage politique. Ce préalable a constitué un grand embarras pour Benkirane et si la déclaration de Chabat sur la Mauritanie n’avait pas eu lieu, à cause de laquelle ce dernier a été abandonné, les consultations auraient échoué au cours de la première phase. Ce qui est étrange est qu’à ce jour l’on ne connaît pas les raisons derrières le refus d’Akhannouch de la participation de Chabat et son parti au gouvernement.

C- La constitution d’un groupe avec l’Union constitutionnelle et la négociation sur la base qu’il représente 56 sièges et non pas 36 sièges que le RNI a remportés lors du scrutin du 7 octobre.

D- Avoir traité avec Benkirane comme chef de parti et non pas comme chef de gouvernement désigné par le roi pour la formation du gouvernement et qui dispose de 125 sièges.

Les décisions, les communiqués et l’attitude d’Akhannouch ont contribué à l’avortement des consultations.

Parmi les erreurs hâtives :

a- La constitution d’un groupe parlementaire avec l’UC pour faire pression sur Benkirane sans faire la distinction entre la majorité gouvernementale et l’alliance parlementaire.

b- Après l’abandon par Benkirane de Chabat et de son parti, Akhannouch a tenu à élargir les consultations aux partis de l’UC et de l’USFP pour leur participation au gouvernement après que Benkirane ait annoncé la liste des partis devant constituer son gouvernement et de répondre dans la hâte par un communiqué à ce communiqué.

c- Sa précipitation à émettre un communiqué quadripartite avec Laenser, Lachguer et Sajed contenant des signes de défi à l’encontre du chef de gouvernement désigné, il aurait dû prendre contact avec Benkirane et lui annoncer son offre avec l’USFP, l’UC avant de publier le communiqué.

d- Sa précipitation à abandonner la majorité gouvernementale précédente et à s’allier avec des partis de l’opposition précédente.

e- Sa gestion du dossier des consultations sans commune mesure avec son poids réel comme s’il était le chef du gouvernement désigné pour la formation du gouvernement et non pas Benkirane.

Il ressort donc que la précipitation dans la prise des décisions et la publication de contre-communiqués de la part de Benkirane et d’Akhannouch sans être conscients des conséquences qui en suivent- même si la responsabilité du chef de gouvernement a été plus grande- ont conduit à l’impasse et à la suspension des consultations et à l’annonce par Benkirane de la fin des pourparlers avec Laenser et Akhannouch, ce qui fait sortir les consultations d’une impasse politique à une crise politique qui ne pourra être résolue que par un arbitrage royal ou un arbitrage populaire, ce qui a mis à nu la réalité de nos élites politiques et a démontré le besoin urgent pour le Maroc d’hommes d’Etat et non pas de politiciens.

La constitution des gouvernements entre les politiques et les hommes d’Etat

Toutes les théories de science politique soulignent qu’il existe une grande différence méthodologique entre le politicien et l’homme d’Etat dans la gestion des dossiers de crise. La méthodologie du politicien est toujours liée à l’action électorale et aux intérêts politiques immédiats, et marquée par l’exclusion de l’autre et la recherche permanente du pourrissement de la situation pour emporter quelques acquis politiques, matériels ou sociaux à travers la prise de décisions hâtives ou des manœuvres tactiques.

Par contre, l’homme d’Etat est une personnalité charismatique qui se caractérise par un leadership stratégique et une approche globale des questions, la patience et la sagesse et qui ne prend jamais les décisions à la hâte ou publie des contre-communiqués. En plus de sa gestion des dossiers avec pondération, objectivité et sagesse qui ne porte pas de préjudice aux intérêts des gens et des nations.

Il en découle que la différence entre le politicien et l’homme d’Etat est une question de mentalité, d’approches stratégiques ou tactiques, de vision objective ou subjective et de choix entre les intérêts du parti et ceux de la nation. Je dis cela parce que le Maroc aujourd’hui a besoin d’hommes d’Etat pour sortir le pays des crises, loin de toute prise de décisions et publication de communiqués de manière hâtive et rétroactive. Il n’a pas besoin de politiciens qui dès que le Maroc sorte d’une crise ils le font entrer dans une nouvelle à travers le marchandage des positions, la recherche de positions et de trophées et la prise de décisions hâtives et pragmatiques.

Je pense que la question de la formation du gouvernement, qui est entrée dans l’impasse à cause de décisions égoïstes et tactiques et de positions politiciennes, exige le retour à la raison, à la logique et à faire des concessions réciproques. Comme l’a souligné Max Weber dans ses théories sur la pensée politique, les hommes d’Etat ne parviennent pas aux postes de pouvoir à partir du vide, mais parce qu’ils sont une élite sécrétée par les choix et les conditions.
Difficiles pour qu’ils soient les hommes de la recherche des solutions et non pas des crises. (Source: Hespress et traduction Article19)

Professeur à l’Université Mohammed V

Article19.ma

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