L’ère du populisme

dans Point de Vue

Abdellah Tourabi



Quand des historiens, analystes et hommes politiques comparent notre époque aux années 1930, ils évoquent souvent la montée du populisme comme indicateur. Après la première guerre mondiale, l’ascension fulgurante du populisme, dont l’étoile noire était le fascisme, a eu pour effet de miner et détruire les démocraties libérales et représentatives qui leur ont pourtant permis de lancer leur marche vers le pouvoir. Actuellement, le populisme a de nouveau le vent en poupe. Ses visages sont multiples et protéiformes. Les illustres représentants de ce mouvement de l’histoire sont Trump, Poutine, Marine Le Pen, Erdogan, Victor Orban, Beppe Grillo, Rodrigo Duterte et d’autres hommes et femmes politiques qui essaiment partout. Tous ces populistes ont construit leur légitimité en se présentant comme les porte-voix du « peuple authentique », promoteurs du rejet de la domination des élites, et défenseurs d’une identité nationale troublée par la mondialisation et « les invasions étrangères ». Leurs discours, malgré la variété des référentiels, se rejoignent sur le ton agressif et revanchard, la désignation d’un bouc émissaire et les promesses radicales de grandeur.

Au Maroc, pays où on aime se targuer de spécificité, le populisme a toujours existé, mais sans se cristalliser en mouvement ou en parti ou s’incarner en une figure politique. Il a toujours été un discours ambiant, un réflexe pour appréhender et analyser le monde, la traduction d’une médiocrité ou absence de culture et de savoir-faire chez notre personnel politique. Mais il n’ajamais été une force structurée et puissante. Après les élections de 2011, marquées par la victoire du PJD, Abdelilah Benkirane a été souvent présenté comme le symbole de la montée du populisme au Maroc. Une affirmation injuste, mais qui n’est pas totalement fausse. Les meetings du leader islamiste et sa prise de parole sont des marqueurs de son style populiste.

À BENKIRANE, rEXERCICE DU POUVOIR A APPRIS À ADOPTER UN DISCOURS DE VÉRITÉ

Benkirane tient un discours simple, qui ne s’embarrasse pas de détails techniques, puise ses mots dans un registre complexe mêlant expressions populaires, référentiel religieux et arabe classique. Ses photos et vidéos, habilement distillées dans la presse et les réseaux sociaux, montrent un homme ordinaire, ressemblant au commun des Marocains, sans distance ni mystère. Quand il parle au parlement, il est mal à l’aise avec les chiffres et les questions techniques, et préfère tenir un langage d’épicier Cil est encore le seul à compter en rials et non pas en dirhams 0, au grand désarroi des ministres et technocrates du pays. Mais le populisme de Benkirane s’arrête au style et à la manière de parler aux électeurs. L’exercice du pouvoir lui a appris à adopter un discours de vérité, qui ne s’effondre pas devant la réalité, et qui ne caresse pas le peuple dans le sens du poil. C’est ce principe de réalité qui l’a porté à assumer et défendre des mesures non populaires, comme la hausse de l’âge de départ à la retraite et le détricotage du système de compensation. Tous ceux qui ont essayé de marcher dans le sillage du style populiste de Benkirane ou l’imiter ont trébuché ou échoué. Et pourtant, le populisme a encore de beaux jours devant lui au Maroc .

Source: TelQuel

Article19.ma

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