Jerada, les douleurs de l’enfantement du « Maroc nouveau-né »

dans A la Une, Point de Vue, Société

Chaque marocain observateur se demande comment vont finir ces crises sociales successives qui se déroulent dans notre pays. En général on accuse l’injustice, la pauvreté ou le chômage ; mais qu’en est-il au fond ? Que signifient ces multiples crises existant dans tous les domaines (l’enseignement, la santé, l’économie, la politique, la liberté de conscience et de croyance…) ?



Nous regardons ces différentes crises de façon segmentaire, comme si chacune était indépendante de l’autre. Mais en réalité la société marocaine ne traverse qu’une seule et même crise que nous pouvons appeler « la crise principale ou la grande crise », et les multiples crises que nous observons, ne sont que les manifestations de la grande crise. Nous appellerons ces dernières les « crises secondaires ou petites crises ». Quel est alors le mécanisme de cette crise principale ? Que s’opère-t-il dans la société marocaine ?

Pour la facilité de l’analyse, considérons la société comme « un seul corps ou un seul organisme ».

Ainsi, face à un individu se plaignant de fièvre et de céphalées, allons-nous uniquement nous contenter de lui donner un antipyrétique pour sa fièvre et un antalgique pour ses céphalées ? Ou bien faut-il plutôt diagnostiquer le mal qui affecte le corps et le traiter radicalement afin de se débarrasser de tous les symptômes ? Nous pouvons donc considérer la fièvre et les céphalées comme les crises secondaires et la maladie diagnostiquée comme la crise principale.

Ce qui se passe actuellement au Maroc c’est que nous considérons chaque crise de façon isolée (Al-Hoceima, Essaouira, Jerada, le viol dans le bus de Casablanca, la violence contre la femme, la violence contre les professeurs…) et nous essayons de la résoudre symptomatiquement. C’est exactement comme si un médecin ne traitait que symptomatiquement la fièvre et les céphalées sans prendre conscience qu’il y’a une affection principale qu’il faut traiter avec une ordonnance complète et ciblée. Et c’est cela même qui arrive au « corps social » marocain, chaque crise secondaire réclame un traitement sans prise de conscience qu’elle n’est que l’expression d’une crise principale qu’il faut traiter d’une manière harmonieuse et complète. C’est ce que nous désignons par « le traitement curatif » et « le traitement symptomatique ».

Pour une vision claire et une prise de conscience de ce qui s’opère actuellement dans notre société, nous devons comprendre qu’une crise n’est pas un échec ou un phénomène négatif, mais qu’il s’agit d’un mécanisme positif. Grâce à elle, nous avançons vers une autre situation plus évoluée. C’est exactement ce qui se passe lors de « la crise » de l’accouchement. Malgré ses difficultés et ses douleurs, c’est l’accouchement qui transforme la femme en « mère » et l’homme en « père », une belle mutation ! C’est donc ce qui se déroule dans notre pays, nous vivons les douleurs de l’accouchement d’un nouvel ordre social et ceci n’est pas un échec si nous sommes conscients de cette crise principale « les douleurs de l’accouchement d’un autre Maroc ».

Dans chaque crise, nous rencontrons des difficultés et des épreuves et nous devons multiplier nos efforts, tous ensembles, afin de la traverser. Nous produisons ainsi le changement vers un meilleur état dans les plus brefs délais (diminuer le temps des douleurs) en essayant d’éviter les complications et les séquelles de cette crise.
Si nous, citoyens marocains, prenons conscience de tout ce qui s’opère dans notre société comme changements, que nous sommes tous les membres d’un seul corps, que nous subissons les douleurs d’une seule crise principale « l’accouchement d’un nouvel ordre social », nous n’allons subir aucune complication et nous sortirons vainqueurs de « la grande crise » sans séquelles !

Docteur Jaouad MABROUKI, Expert en psychanalyse de la société marocaine

Article19.ma

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One commentOn Jerada, les douleurs de l’enfantement du « Maroc nouveau-né »

  • Bravo. Tres bonne analyse de cette crise societale dont un debut de solution se trouve dans le limogeage des personnes qui n’oeuvrent pas au developpement economique et a l’emergence un nouvel esprit. Les mafias n’ont plus de raison d’exister. Les Marocains en ont assez de ces reseaux paralleles qui se moquent d’eux, de leur quotidien et de leur avenir plus qu’incertain.

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