Israël. Netanyahou et le « Yedihot » : une affaire de corruption morale sans précédent – L’Obs

dans Monde

Déjà visé par une enquête pour corruption dans une affaire de « cadeaux illégaux », le Premier ministre israélien est soupçonné d’avoir tenté d’acheter le soutien du plus puissant quotidien de l’Etat hébreu.



Benjamin Netanyahou sera-t-il puni par là où il a péché : les médias ? Connu pour ses relations exécrables avec les journalistes de son pays, le Premier ministre israélien se débat actuellement avec les prémisses d’un scandale majeur mêlant intérêts économiques, manœuvres politiques, chantage à l’opinion publique et affrontement d’ego démesurés.

Soupçonné d’avoir tenté d’acheter le soutien du plus puissant quotidien de l’Etat hébreu, il est visé par deux enquêtes judiciaires qui lui ont valu, ainsi qu’à son épouse Sara, d’être entendu ces derniers jours à plusieurs reprises par la police. Une affaire de corruption morale sans précédent qui tétanise le pouvoir israélien au point que des échéances diplomatiques majeures comme la prochaine conférence de Paris sur le Moyen-Orient ou l’entrée en fonction de Donald Trump soit reléguées au second plan.

20 ans de haine

A ma droite donc, Benjamin « Bibi » Netanyahou, tenant du titre du plus long mandat au poste de Premier ministre de l’histoire d’Israël – bientôt onze ans, dont huit ininterrompus. Connu pour son goût immodéré pour les cigares offerts par de riches amis et pour avoir tenu à conserver pour lui, le portefeuille clé des Communications. A ma gauche – au centre plutôt -, Arnon « Noni » Mozes, propriétaire du tabloïd « Yedihot Aharonot » (450.000 exemplaires vendus chaque jour) qui, depuis des décennies, façonne un consensus national invariablement sioniste et patriotique. Discret autant que puissant, cet héritier est un pilier des « 100 familles », la petite oligarchie qui tient les principaux leviers du pouvoir au sein de l’État hébreu.
Les deux hommes se vouent depuis vingt ans une haine féroce. Durant la dernière campagne électorale, en 2015, le premier avouait ainsi ne craindre qu’un seul réel adversaire : Noni Mozes rebaptisé « Voldemort », le méchant de la saga « Harry Potter ». Il est vrai que ce dernier n’a jamais hésité à lancer les journalistes de son groupe de presse contre le Premier ministre et sa famille, choisissant systématiquement les titres et les photos les moins flatteuses, et encourageant a contrario ses adversaire politiques.

Qui en Israël est capable de s’opposer à la force de frappe et au pouvoir de nuisance du « Yedihot » ? Personne, sauf Bibi qui dispose dans son coin d’un atout de poids : Sheldon Adelson, un milliardaire juif américain, par ailleurs plus gros donateur du Parti républicain, qui depuis 2007 finance à fond perdu le « Israel Hayom », un gratuit entièrement dédié à la gloire du Premier ministre. Une ligne éditoriale éhontée qui n’a au fond que peu d’importance, l’essentiel étant en réalité de casser le monopole du « Yedihot Aharonot » auprès des annonceurs, et donc de mettre à mal ses finances en faisant baisser le tarif des pages de publicités.

Chantage, presse et pouvoir

Se tenant l’un l’autre dans une sorte d’équilibre de la terreur, les deux hommes ont finit par se rencontrer en 2014 afin de trouver un terrain d’entente, à la façon de chefs mafieux se partageant un territoire. Et la teneur de leurs conversations, enregistrées à la demande de Benjamin Netanyahou par Ari Harrow, son ancien chef de cabinet, et qui sont désormais entre les mains des enquêteurs, laisse sans voix.

En échange du soutien du « Yedihot Aharonot » au Premier ministre, celui-ci doit s’engager à faire fermer le « Israel Hayom ». Pour preuve de sa bonne volonté, Noni Mozes lui propose même d’embaucher les journalistes de son choix. Netanyahou acquiesce, avant que les négociations ne soient rompues, leur haine réciproque étant plus forte. Quelques mois plus tard, le leader du Likoud n’hésitera d’ailleurs pas à provoquer la chute de son gouvernement pour faire échec à un projet de loi obligeant « Israel Hayom » à devenir payant.

Que ses promoteurs, certains des cadors de la majorité gouvernementale, aient à l’époque été cajolés sans vergogne par le « Yedihot Aharonot » n’avait échappé à personne. Mais depuis que l’affaire du « deal » avorté entre Mozes et Netanyahou a éclaté, les Israéliens sont saisis d’effroi : si un patron de presse est suffisamment puissant pour faire chanter l’indéboulonnable Premier ministre, qu’en est-il de son pouvoir sur le reste de la classe politique ?

Combien de ministres ou de députés ont par le passé pris des décisions favorables aux intérêts économiques de la famille Mozes en échange d’un traitement médiatique favorable dans les pages du « Yedihot » ? Mais le scandale éclabousse également l’ensemble des journalistes du pays, confrontés à leur fâcheuse habitude de prêter une main enthousiaste aux coups de billard à trois bandes façonnés par les spin doctors qui grouillent dans le marigot politique israélien.

Rumeurs de destitution

Cette fois, le coup est rude pour Benjamin Netanyahou, qui s’accroche avec de moins en moins de conviction à son mantra concernant les enquêtes judiciaires le visant : « Il n’y aura rien… car il n’y a rien ». Alors que l’effet de stupeur commence à peine à s’estomper, la coalition sur laquelle s’appuie son gouvernement bruisse déjà de rumeurs de destitution.
D’autant que le procureur général de l’État Avihaï Mandelblit a ouvert une seconde enquête, portant sur les cadeaux offerts au Premier ministre et sa famille par de riches « amis ». Les responsables politiques israéliens ont, il est vrai, une faiblesse : leur tropisme pour les magnats de la diaspora juive, qui, trop heureux de s’afficher à leur côté, rechignent rarement à ouvrir en grand leur portefeuille pour les inviter à des conférences luxueusement rémunérées ou donner un coup de pouce à leurs ambitions électorales.

Si la plupart de ses prédécesseurs en ont, eux aussi, largement profité (Ehud Olmert purge ainsi actuellement une peine de 18 mois de prison pour corruption), l’actuel chef du gouvernement est réputé être un maître en la matière. Arnon Milchan, un producteur israélien installé à Hollywood, vient ainsi de fournir aux enquêteurs des factures d’un montant de près de 100.000 euros correspondant à des cigares (Cohiba, ses préférés) ou du champagne (Dom Pérignon rosé) destinés à Bibi et Sara Netanyahou.

Source: L’obs

Article19.ma

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