Ils craignent que le journal, devenue une «une proie tentante, fasse l’objet de manipulations politiques et/ou financières». Depuis l’attentat, l’hebdomadaire a recueilli près de 30 millions d’euros en dons, aides et ventes.

La division persiste à Charlie Hebdo trois mois après l’attentat qui a décimé sa rédaction: quinze salariés ont de nouveau réclamé un statut d’«actionnaires salariés à part égale» du journal, expliquant dans une tribune mercredi dans Le Monde«refuser qu’une poignée d’individus prenne le contrôle» de l’hebdomadaire.

Réunis en un collectif qui comprend l’urgentiste Patrick Pelloux, le dessinateur Luz et le journaliste Laurent Léger, sans aucun des dirigeants actuels, ils estiment que Charlie Hebdo est désormais un «bien commun» et dénoncent le «poison des millions». Le journal a recueilli près de 30 millions d’euros en dons, aides et ventes depuis l’attentat.

Ces salariés disent craindre «que le journal, devenu une proie tentante, fasse l’objet de manipulations politiques et/ou financières». Une déclaration qui met en cause sans les nommer les dirigeants – le dessinateur Riss, le directeur général Eric Portheault, le rédacteur en chef Gérard Biard, et l’avocat du journal Richard Malka. Estimant ne rien savoir des projets actuels de création d’une «fondation», les contestataires réclament qu’«elle soit l’émanation d’un projet mûrement réfléchi par l’ensemble du journal».

«Il n’est pas question de guerre, la famille de Charb est en deuil, les familles sont en deuil, certains sont encore à l’hôpital, dont Philippe Lançon», a précisé à l’AFP mercredi Laurent Léger, porte-parole du collectif qui assure défendre «une cause juste et morale» qui «n’est en rien financière», d’autant que «les parts sociales dévolues ne donneront aucun droit à dividendes».

Mi-mars, quand avait été connue la création de ce collectif hostile aux dirigeants, un des avocats du journal, représentant de la direction, qui n’avait pas souhaité être nommé, avait déclaré que les dirigeants étaient «navrés» de cette initiative. «Riss est encore à l’hôpital, les parts de Charb sont gelées par (sa) succession. Tout cet argent fait plus de mal que de bien. Cela fait penser à ces enterrements où on se bat déjà en revenant du cimetière pour les bijoux de la grand-mère», avait-il regretté.

Charlie Hebdo est détenu actuellement à 40% par les parents de son ex-directeur de la rédaction Charb, tué dans l’attaque du 7 janvier, 40% par le dessinateur Riss, nouveau directeur de la publication, blessé à l’épaule lors de l’attaque, et 20% par Eric Portheault.

Le collectif contestataire comprend Zineb El-Rhazoui, Simon Fieschi, Antonio Fischetti, Pascal Gros, Philippe Lançon, Laurent Léger, Luz, Mathieu Madénian, Catherine Meurisse, Patrick Pelloux, Martine Rousseaux, Jean-Baptiste Thoret, Sigolène Vinson, Jean-Luc Walet et Willem.

Juste avant l’attentat djihadiste qui a fait douze morts, le journal, au bord de la faillite, ne se vendait qu’à 30.000 exemplaires. Il a depuis vu affluer les dons, les abonnements et vendu à plus de 7 millions d’exemplaires son «numéro des survivants», sorti le 14 janvier.

Le Figaro/Article19.ma

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