On achève bien les Palestiniens ?

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Par Nabil Lahlou
Cinéaste, acteur et homme de théâtre

Cate Blanchett va-t-elle, en accord avec ses principes d’artiste militante, et en parfaite symbiose avec tous les membres du jury de ce 71ème Festival de Cannes, dont elle est la présidente, offrir la Palme d’Or à un film surprise. Comme pour LA Palme d’Or de 1979, qui récompensa, à la fois, Apocalypse Now de Francis Ford Coppola et Le tambour de Le Volker Schlöndorff, je me mets, à deux jours de ce 71ème Palmarès, à imaginer la grande et éblouissante comédienne de théâtre et actrice de cinéma, entrain de remettre, sourire et clin d’œil, complices, la Palme d’or 2018, ex-æquo, à la libanaise Nadine Labaki et à l’égyptien Abou Bakr, pour leurs films respectifs, Capharnaüm et Yomeddine.

Je me mets également à imaginer les deux cinéastes, après avoir remercié le jury, changer rapidement de ton pour fustiger Israël et condamner vigoureusement les crimes et les assassinats perpétrés aveuglément par son armée, dont les snipers s’en donnent à cœur joie en tirant à bout portant sur des palestiniens désarmés, sortis crier leur ras-le-bol contre l’éternelle occupation de leur terre la Palestine. Des dizaines de tués et des centaines de blessés, en une seule journée, risque de devenir à un jeu de massacre quotidien, s’il ne l’est déjà. Abou Bakr, dont son pays, l’Egypte, fait le jeu des israéliens, en fermant sa frontière aux palestiniens de Gaza, pourra-t-il, en recevant sa Palme d’Or, maitriser son euphorie et ses émotions, en condamnant Israël, sachant que 95% de l’assistance sont acquis aux thèses d’Israël. La même interrogation m’interpelle vis-à-vis de Nadine Labaki, dont son magnifique Liban a surmonté tant de guerres et de conflits, en continuant à soutenir les palestiniens qui vivent sur son sol.

J’arrête de rêver et je reviens à l’amère réalité, celle d’une terre et d’un peuple que presque tout les pays arabes trompent, arnaquent et roulent. Il y a bientôt cinquante et un ans, juste après la grande débâcle de la guerre des six jours, nous étions plusieurs jeunes marocains étudiants à Paris, à avoir répondu à l’appel d’une ambassade arabe (Syrie ou Egypte) pour aller combattre Israël. Il n’y eut pas de suite.

Et depuis, jamais la flamme qui anima ma solidarité envers la Palestine et les palestiniens, n’a faibli ou chaviré, comme je l’ai écrit et décrit dans ma pièce de théâtre. La grande kermesse (1979), en hommage à la lutte des Palestiniens qui se font toujours avoir par les dirigeants arabes.

Après plus de cinquante ans de rêves et de cauchemars, d’espoirs et de désespoirs, je m’interroge sans cesse pourquoi cette belle flamme qui nous poussait à nous battre pour la cause Palestinienne semble vouloir déserter nos cœurs et nos convictions ? Sans doute à cause de l’extrême hypocrisie et du double jeu des uns et des autres, c’est-à-dire des dirigeants arabes et des dirigeants palestiniens.

Quand Khalid Jamaï, qui, chaque semaine, consacrait une page entière dans le quotidien L‘Opinion à l’héroïque lutte légitime du peuple palestinien et à sa cause sacrée, fut arrêté en 1973 et incarcéré, j’ai repris. sa page culturelle en lui rendant hommage à travers un long article intitulé : ON ACHÈVE BIEN LES PALESTINIENS. Je suis tenté d’interroger Khalid Jamaï sur l’état de sa belle et exaltante flamme pour la cause palestinienne, mais, par respect à son silence, je préfère m’abstenir..

Article19.ma

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