« Boycott »… Akhannouch dans « l’oeil du cyclone? »

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Par Ali Bouzerda


Sous le regard sauf distrait du Makhzen, la campagne Al-Mouqataa (Boycott) bat son plein sur Facebook, et ce, depuis deux semaines déjà.

Relayé par « radio médina » pour ceux qui n’ont pas de smartphone, cet appel « anonyme » et « spontané » a bien installé ses slogans et attiré une bonne partie des consommateurs marocains notamment dans les quartiers populaires des villes et villages du Maroc.

Centrale Danone, Sidi Ali et Afriquia (filiale du groupe Akwa), trois groupes leaders qui se taillent des parts non négligeables du marché du lait, d’eau en bouteille et les carburants/gaz butane.

Cette vague de contestation a démarré sur plusieurs pages Facebook y compris celles de « Wavo » et « Casa Bel Visa » avant de faire tache d’huile suite aux réactions « maladroites » pour certains et « insultantes » pour d’autres, d’Aziz Akhannouch, Adil Benkirane et Mohamed Boussaïd, respectivement ministre de l’Agriculture, directeur des achats de Centrale Danone, et ministre des Finances. Croyant bien faire, ces trois responsables ont par contre jeté de l’huile sur le feu. Adil Benkirane a par la suite fait marche arrière en présentant ses excuses en public, mais le mal est déjà fait. Les trois Mousquetaires ont-ils péché par ignorance en se moquant des réseaux sociaux ou par manque de conseillers en communication? Une chose est sûre, leur sortie médiatique pour « neutraliser » les activistes du « Boycott » a plutôt crédibilisé l’appel à la contestation virtuelle et lui a donné un momentum.

Du coup, des artistes et hommes politiques ont rallié, pour ne pas dire surfer sur la vague de protestation déjà accaparée par la vox populi. Parmi les leaders politiques qui ont pris position au côté du petit peuple scandalisé par la hausse des prix et la cherté de la vie, citons Mohamed Nabil Benabdallah (PPS), Nabila Mounib (PSU), Nizar Baraka (Istiqlal), alors que parmi les artistes on trouve en première ligne Latifa Raâfat, puis Najat Aatabou, Rachid El Idrissi, Doc Samad ou encore Rajaa Belmir, Saâd Lamjarred et Mehdi Benkirane, un blogueur qui a sur son compte Instagram près d’un million de followers. Le célèbre Soufiane El Bahri a de son côté suivi le mouvement avant de supprimer, quelques heures plus tard, son soutien au « Boycott » sans explication.

Nombreux sont ceux qui continuent à se creuser les méninges pour savoir si cet appel au boycott est une campagne « spontanée » ou plutôt « une main invisible » qui tire les ficelles. « Il faut avoir une boule de cristal pour trouver la vraie explication à ce phénomène de société qui a pris de court tout le monde, y compris les producteurs des trois produits montré du doigt », note un journaliste européen. D’ailleurs, les gens attendent que le chef du gouvernement ou le directeur du Conseil de la Concurrence dise quelque chose face à la controverse sur les prix des produits incriminés, mais en vain, signale-t-il.

C’est la première fois depuis le Printemps arabe qu’un ras-le-bol populaire prend la forme d’une « résistance pacifique » défiant de puissants groupes économiques qui jusque-là faisaient le beau et le mauvais temps sur le marché sans que les commerçants ni les consommateurs puissent dire leur petit mot, note-t-il.

Le Maroc et les Marocains ont bien changé. Et en filigrane, il y a un enjeu politique de taille car les acteurs de cette contestation ne sont pas des personnes physiques ou morales identifiables qui sortent dans la rue avec des pancartes pour exprimer leurs revendications. Avec une liberté de ton et d’action qui n’existaient pas auparavant, tout se passe dans un monde virtuel sans censure ni contrôle mais qui a un impact immédiat sur la réalité sociale.

Par ailleurs, les sociétés visées par le « Boycott », et qui dit-on auraient perdu des centaines de millions de dirhams déjà, accusent les islamistes, notamment la jeunesse militante du PJD très proche de son charismatique leader, Abdelilah Benkirane. Ce dernier aurait « une dent », contre Akhannouch depuis le fameux marathon des négociations sur la formation du nouveau gouvernement et le blocage qui aboutira en fin de compte à « la retraite politique » de l’ex-leader du PJD en début 2017. Un constat: Benkirane n’a pas bougé le petit doigt pour venir au secours de son adversaire car à la guerre comme à la guerre « tout ce qui pourrait affaiblir Akhannouch en tant que leader du RNI réjouirait ses adversaires du PJD. D’ailleurs Akhannouch ne cache pas son ambition d’accéder à la Primature en 2021 », relève un analyse politique. Et d’ajouter: « Sans être devin, on peut bien s’imaginer un Benkirane suivant au jour le jour avec un malin plaisir les nouvelles sur les soucis, en terme d’image et de popularité, de son adversaire du RNI ».

Akhannouch fait face à une situation difficile au moment où ses adversaires ne ratent pas l’occasion pour se positionner. Le dernier en date Nizar Baraka, « qui hier n’osait même pas soulever une poule couvant ses oeufs…aujourd’hui prend position et se range du côté du Boycott », se lamente un député du parti de la Colombe qui a requit l’anonymat.

Après l’échec du PAM, sous la direction d’Ilyas El Omari, d’accéder à la Primature, suite aux élections législatives 2016, le nom d’Akhannouch émergea comme la seule personnalité qui aurait de fortes chances de battre les islamistes en 2021, ou ce que les politiques à Rabat appellent « le plan B ». Les islamistes eux s’accrochent et ne cachent pas leur souhait de rester dans les rouages du pouvoir à l’ombre du Makhzen. Ils n’hésiteront pas une seconde à descendre en flammes leurs adversaires à commencer par le milliardaire-politicien…et tous les moyens sont bons pour…sans pitié », souligne le député.

Reste à savoir quel est le rôle de Nizar Baraka à la tête de l’Istiqlal dans ce bras-de-fer silencieux et qui ne fait que commencer?

Une petite remarque au passage. La campagne du « Boycott » a emprunté le pas à deux vagues de contestation sur le Net au Maghreb. Au début de ce mois d’avril, en Tunisie « Khallih Yanten » (Laisse le pourrir), une campagne contre les prix exorbitants du poisson et en Algérie « Khalliha Tsaddi » (Laisse la s’enrouiller) contre la cherté des voitures.

Ces deux vagues n’ont pas eu « le succès » médiatique que connait le « Boycott » au Maroc. Curieux?

Article19.ma

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