Le loup de Rhamna et «le clic» et «le clac»…

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Par Ali Bouzerda


Lors d’un récent forum sur le devenir de l’Afrique et de sa jeunesse en 2050, j’ai tenté d’arracher un entretien à l’ex-patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn: «Je ne parle plus aux journalistes », me répondit-il, avant d’ajouter « Monsieur, je n’ai rien contre vous mais c’est comme ça… »

Cette attitude insolite ne m’a nullement surprise car elle m’a rappelé la réaction d’un diplomate Britannique, quand j’étais à mes débuts dans le journalisme — un novice enthousiaste et trop optimiste –, il y a des décennies de cela. « Je ne fais pas confiance aux journalistes…et de vous à moi, je ne les portent pas dans mon coeur non plus », me dit-il sans détour.

A cette époque, ce genre de jugement et de position tranchée m’avaient choqué mais jamais au point de douter un instant de la noble mission du journaliste dans sa quête pour la vérité, faits précis et arguments contradictoires à l’appui.

Bref, comme disait Jean Gabin, « je disais je sais, je sais…maintenant je sais », mais plus le temps passe, plus je me rend compte qu’en fait on ne sait rien du tout ou presque…

+Quand on veut travestir le loup…+

En fait, cette longue introduction…c’est pour aborder un sujet d’actualité de la semaine mais dont les faits remontent au mois de janvier 2018 dans la région de Rhamna. Une lycéenne a été agressée par jeune voyou oisif, un véritable loup solitaire surexcité, car la jeune fille aurait refusé de céder à ses avances. Une fille digne et courageuse …

Un scandaleux « viol », car il n’y a pas de mots pour décrire la scène de violence où la victime est déshabillée avec force sur la voie publique, filmée et menacée si elle continuait à résister et narguer ce « loup » de Rhamna…

Ce triste incident, qui a trouvé une place dans les colonnes du Washington Post et autres médias internationaux, intervient après quelques semaines du tapage médiatique d’un gouvernement dirigé par les islamistes sur le soit disant « renforcement » des procédures légales et pénales relatives à la violence contre les femmes au Maroc.

« Lutte contre la violence » à l’encontre des femmes au Maroc, dites-vous. Mais de quoi on parle au fait ? Les faits divers rapportés par les journaux chaque semaine montrent autre chose et incitent plutôt à la vigilance.

Et cerise sur le gâteau, chaque fois qu’un « fils à papa » est épinglé dans une affaire de viol et de violence contre la gente féminine, des journalistes peu scrupuleux, relayées par les réseaux sociaux, courent à son secours afin de travestir « le loup » en « brebis ».

+Larmes de crocodiles…+

D’ailleurs, sans nul besoin de rappeler l’affaire du “viol avec violence” du fameux chanteur marocain « coincé » par la justice à Paris, une vidéo sur le Net montre les parents du violeur de Rhamna en train de faire couler des larmes de crocodiles pour leur enfant chéri. « Mon fils ne ferait pas de mal à une mouche…il est gentil… c’est juste une folie de jeunesse », se lamente la mère de l’agresseur. Le père, lui aussi, en suivant le mouvement, fait tout pour montrer ses larmes et son chagrin.

Et sans scrupule, lui, qui a failli à la bonne éducation de son fils, exhorte « l’intervention du Roi » pour libérer son fougueux rejeton des filets de la justice.

Et pour provoquer « la solidarité » et « la pitié » du public, le journaliste a tenu à nous montrer des paquets de médicaments, dans une allusion à la maladie, à la pauvreté de ces paysans. Implorer “la miséricorde” et tourner la page!

On est loin, très loin du code de déontologie de la profession de reporter sur le terrain accueillant des témoignages, avec recul et objectivité . Mais dans ce cas de figure qui ameute la plèbe sur les réseaux sociaux, les professionnels considèrent que ni plus ni moins « une instrumentalisation » de l’information pour un but déterminé… En un mot : « La honte! »

D’abord, il y a une victime qui va traîner toute sa vie les séquelles et stigmates d’un « viol », et quelque soit le verdict de la justice, rien ne sera comme avant pour elle car sa vie privée, son image et son intimité ont été dévoilées de manière infâme. Elle a été jeté en pâture et sa vie privée fera le pain béni des « voyeurs » et « commérages » y compris des plus proches, des camarades de classe et des voisins… En un mot, un traumatisme à vie. Son avenir, n’en parlons pas…

In fine, et pour revenir aux « remarques » du diplomate Britannique, il y a de quoi en vouloir à certains journalistes qui cherchent « le clic » afin de convaincre les annonceurs de publicité tout en se grattant le nombril et se disant avoir de « l’influence », là où il n’ y a que chimère, illusion et malheur des autres.

Triste époque !

Article19.ma

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