L’histoire d’une voiture « en prison » …

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Par Ali Bouzerda.


J’ai toujours été frappé par cette expression qu’on aimait répéter à la télévision, à l’époque Basri, « Taqrib al-Idarat mina al-Mouwatinin » (rapprocher l’administration des citoyens). Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et on attend que ce « vœux pieux » se réalise un jour, ne serait-ce que dans de simples faits divers de la vie quotidienne.

Et pour cause: les citoyens marocains, notamment les automobilistes sont conscients que les services de police s’activent, par les temps qui courent, de « faire du chiffre ». Mais ils n’arrivent pas à admettre que cela se fasse à tout prix et au point de ramasser leurs véhicules sans les avertir ou leur donner au moins une chance de régler le problème sur place, au lieu d’emmener « la proie » à la fourrière illico presto, sous prétexte de non-respect du code de la circulation.

Illustration véridique: un vétéran journaliste MRE débarque d’Angleterre, stationne sa voiture dans une rue passante au coeur de Rabat et s’en va dîner tranquillement avec des amis, un dimanche soir. Deux heures plus tard, il retourne pour chercher sa voiture, qu’il a bien garé face au musée de Bank Al Maghrib… mais ne trouve rien car elle a subitement disparu sans laisser de traces.

« Impossible, ce vieux tacot n’a pas été volé…et en plus je ne suis pas à Brixton! », se dit-il. Et après réflexion, il se rappelle que dans les grandes cités du royaume, la police « embarque » grâce à un véhicule de dépannage qui tourne en rond sans arrêt, tel un prédateur à l’affût des voitures « mal garées ».

Les propriétaires ne sont pas alertés et pas de recours dans ce cas de figure. Par ailleurs, il faut oublier le côté « procédure légale »… et si elle a été respectée ou pas? L’essentiel, il faut passer à la caisse et après on vous expliquera où vous aviez « déconné » cher citoyen.

Commence alors « le parcours du combattant », pour ne pas dire « la croix et la bannière », car on est en terre d’Islam. Et à 22h00 un dimanche, où et comment récupérer le véhicule sachant que la fourrière se trouve à l’autre bout de la ville?

Les taxi-drivers eux savent…et à qui s’adresser car parfois vous êtes obligés d’aller à Taqadoum ou à Douar El Garaa (quartier Yacoub El Mansour), munis bien évidemment de photocopies du permis, de la carte grise et de l’assurance. Attention à ne pas oublier une autre photocopie de la carte grise, sinon le gardien de la fourrière ne laissera pas sortir la voiture même après avoir payé la pénalité.

Au total vous êtes obligé d’avoir sur vous au minimum 500 dirhams en liquide afin de régler tous les frais et pour ne pas être obligé de chercher un guichet automatique dans les parages car il n’y en a pas, tout simplement. Et à noter que le secteur où se trouve cette fourrière n’est pas un endroit pour faire du tourisme surtout la nuit.

Bref, revenant à notre bonhomme et sa galère car le dimanche, passée une certaine heure, il n’y a plus personne qui assure la maudite permanence, s’occuper de la paperasse et libérer « l’accusée ». Le gardien, seul interlocuteur de la soirée, vous explique en deux mots dans un accent qui rappelle celle de la Chaouia: « oualou…», c-à-d il n’y a rien à faire et qu’il faudrait malheureusement retourner le lendemain pour régler votre problème.

« Ça vous apprendra à bien se garer à l’avenir », doit-il se dire.

Dans cette confusion, notre MRE doit encore patauger dans la gadoue pour trouver sa voiture parmi des dizaines de véhicules éparpillés dans cette fourrière mal éclairée, sortir les clefs de la maison qu’il avait laissé dans la boite à gants.

En ressortant, il doit se demander comment partir chez lui à Témara car les petits taxis n’y sont pas autorisés.

In fine, il faut trouver le petit taxi bleu qui l’amène vers Al-Qamra et de là prendre un grand taxi blanc pour le ramener chez lui en facturant rubis sur l’ongle.

Le lendemain, rebelote…

Et qui dira que l’État ne veille pas « à rapprocher » l’administration des citoyens y compris de nos MRE.

N/B: La voiture de notre bonhomme était garée sur un parking d’une banque, réservé pour le convoyeur des fonds. Il est important de signaler qu’il y a un panneau d’interdiction de stationner 24/24h, alors que l’établissement ferme le dimanche.

Article19.ma

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