Verbatim – Comment l’universitaire Lahcen Haddad voit le modèle de développement marocain

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Invité par la Chambre française de commerce et d’industrie au Maroc (CFCIM), Lahcen Haddad a livré sa réflexion pour un nouveau modèle de développement qu’il conçoit avant tout comme un processus sur le long terme mais en « corrigeant le centre » et « repenser les valeurs ».

Lahcen Haddad, l’ancien ministre du Tourisme, retrouve ses premières passions : la recherche universitaire. Ce consultant à la Banque mondiale et professeur de management stratégique livre «une première réflexion sur le nouveau modèle de développement».

Son travail a rappelé les succès et les échecs qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays dans l’économie et le développement social. Ensuite, il a décliné les points d’entrée pour «un Maroc émergent». Son approche se focalise sur l’investissement intense dans le développement du facteur humain.

1-La croissance par le biais du savoir
«Notre économie doit être basée sur la R&D pour réussir la transition vers la 4e révolution industrielle», appelle Haddad. Pour ce faire, il appelle à adopter une «stratégie nationale des sciences, de la technologie et de l’innovation». À terme, le Maroc doit pouvoir produire 20.000 brevets par an, contre environ 1.000 actuellement.

2-De la marge au centre
La lutte contre la pauvreté est un axe fondamental des propositions de Haddad. Pour y arriver, il appelle à prendre cinq mesures : la participation directe des concernés dans ses programmes, faire émerger des groupes à l’intérieur des communautés qui seront des leaders, savoir les priorités des pauvres, convaincre les pauvres qu’ils peuvent surmonter leurs difficultés eux-mêmes et enfin prendre conscience que la lutte contre la pauvreté prend du temps. À ces idées, Haddad ajoute la mise en place des transferts directs et conditionnés aux ménages pauvres.

3-Corriger le centre
«Aujourd’hui, ceux qui manifestent à Al Hoceima et Jerada sont issus de cette classe moyenne qui s’estime abandonnée par le processus de développement actuel», prévient le député de l’Istiqlal. «Le développement qu’a connu le Maroc, ces deux dernières décennies, a créé une frustration et un désenchantement chez la classe moyenne, ainsi qu’à ceux qui aspirent à y accéder. Il faut rectifier cette situation», appelle Haddad. Les propositions de ce dernier visent à soutenir «une politique à long terme de renforcement de la classe moyenne» à travers le soutien à l’accès au logement, aux études universitaires, aux loisirs et à l’épargne des études des enfants.

4-Renforcer les relations de la population avec les terres
Pour Haddad, le secteur agricole demeure essentiel pour le développement, mais à condition de dépasser «la dichotomie secteur traditionnel/moderne». Pour créer cet équilibre, Haddad propose de «passer plus rapidement de la céréaliculture vers l’arboriculture».

5-Apprendre à apprendre
Cette proposition veut créer un nouveau paradigme pour le système éducatif à travers «un mouvement sociétal pour l’éducation», suggère Haddad, et ce, en mettant l’accent sur les compétences de vie et la culture entrepreneuriale chez les étudiants. Le système éducatif doit aussi renforcer l’apprentissage pratique de la science et de la communication permettant ainsi l’innovation au milieu scolaire et universitaire. «C’est une approche à long terme, à l’image du processus de développement dans son ensemble».

6-Mieux soigner les plaies
Le système de santé souffre de plaies qu’il faut soigner à travers des réformes bien connues que reprend Haddad. D’abord, une couverture sociale et médicale généralisée à toute la population. Ensuite, renforcer le système de médecine de proximité, avec une attention particulière à la santé de la femme et de l’enfant. Enfin, appliquer le nouveau mode de financement à travers le recours aux PPP. Dans le privé, Haddad rappelle qu’il faut «améliorer la gouvernance du secteur privé».

7-Repenser les valeurs
Haddad vient de consacrer un nouveau livre à la crise de la culture dans les pays arabes. Pour le chercheur, la crise économique et sociale dans la région MENA est «d’abord une crise des valeurs». À cet effet, il appelle à ouvrir un débat sur les valeurs de la société et leur évolution, afin de définir un projet sociétale sur lequel il faut se baser pour créer un développement économique et social.

8-L’engagement citoyen
«Le citoyen ne doit plus être le centre du développement mais un acteur de ce processus», souhaite Haddad. Cette proposition part de son expérience de consultant avec des communautés locales dans d’autres pays africains, «en consultant les populations, nous arrivons à connaître les besoins réels et engager avec nous les populations», rappelle-t-il. Cet engagement passe par un contrat où les droits et les devoirs sont précisés pour chacune des parties du processus.

Article19.ma

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