Vous reprendrez bien un peu de thé ?

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Par Aïcha Akalay (TelQuel)

Avant d’enquêter sur un secteur qui pèse plusieurs milliards de dirhams, la rédaction de TelQuel n’y a pas réfléchi à deux fois, mais a essayé d’y mettre doublement les formes. C’est que l’enjeu est de taille : la santé des Marocains est engagée. Le thé que nous buvons ne présente-t-il aucun danger pour notre santé, comme le jurent les responsables de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) ? Nous avons testé plus d’une dizaine de thés auprès d’un laboratoire européen indépendant. Chaque étape a été supervisée par un huissier de justice. L’anonymat des marques a été respecté tout au long du process. Enfin, les résultats ont été envoyés aux marques concernées et à l’organisme public de contrôle, l’ONSSA. Chers lecteurs, nous vous le donnons en mille : nous n’avons reçu aucune réponse de fond sur la présence de certains pesticides dangereux, révélée par nos tests. Des éléments de langage seulement et une mise en garde sur l’interprétation des résultats (voir dossier de TelQuel n°800 en kiosques jusqu’au 1er mars).

Alors que le Maroc est le deuxième importateur mondial de thé vert, il n’a aucune norme nationale pour limiter la présence de pesticides. Etablir des normes serait trop onéreux pour un petit pays aux faibles revenus comme le royaume. L’ONSSA et les importateurs de thé soutiennent donc s’en tenir aux normes chinoises ou au Codex Alimentarius (établi par l’OMS et la FAO). Seuls hics : les normes chinoises sont jugées trop laxistes en la matière, et le Codex n’a pas fixé de limites à certains pesticides dangereux comme l’acétamipride. Cette dernière matière, soupçonnée d’être neurotoxique, a été trouvée dans tous les thés testés. Ces derniers sont également contaminés par des pesticides dont les limites dépassent jusqu’à 150 fois les normes européennes par exemple. Certains ne respectent même pas les limitations chinoises concernant une matière active. Peut-on en conclure que le thé commercialisé au Maroc, contaminé par un cocktail d’au moins 22 pesticides, est toxique ? Nous ne pouvons ni l’affirmer, ni le contredire, et il est bien là le problème.

L’autorité en charge de le garantir n’apporte aucune démonstration de ce qu’elle jure pourtant. Zakaria Abdelkader, en charge de la sécurité sanitaire auprès de l’ONSSA, entretient le flou. Il affirme dans la presse, plusieurs jours après réception des résultats de notre enquête, et une semaine avant sa publication, qu’“aucun thé vert toxique ne peut entrer au Maroc”. Quels arguments étayent son affirmation ? Aucun, en l’absence de normes claires. Doit-on le croire sur parole ? Ce n’est pas cela le sens de la responsabilité. La réalité étant que tous les acteurs sont au fait de la contamination du thé par des pesticides qui suscitent des inquiétudes. Seulement, l’importation en provenance de la province chinoise du Zhejiang de ces feuilles prisées par les Marocains permet de proposer dans nos étalages un thé bon marché. Que nous dit-on en filigrane ? Puisque vous êtes pauvres, la santé est un luxe.

Article19.ma

 

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