Par le Docteur Jaouad Mabrouki

Dans la culture marocaine j’entends toujours la formule « que Dieu nous pardonne pour ce qu’ont enduré pour nous nos parents» et souvent on désigne la mère particulièrement, étant donné que c’est elle qui a tout donné pour ses enfants. Nous prenons conscience de l’expérience de nos parents à partir du moment où chacun de nous devient papa ou maman.

Maintenant, qu’elle est la différence entre le rôle de l’épouse et celui de la maman ? L’épouse n’est-elle pas une maman aussi ? Ne traverse-t-elle pas les mêmes expériences que nos mamans ? L’épouse n’endure-t-elle pas avec le mari les mêmes difficultés qu’ont vécu auparavant nos mères avec nos pères ? N’est-il pas temps de demander pardon à nos épouses ?

Jusqu’à quand l’époux va-t-il continuer à se considérer supérieur à son épouse, à la violenter moralement, verbalement, financièrement et des fois physiquement ?

Je constate amèrement l’homme complètement inconscient de la valeur et de la position de son épouse, qui est aussi une mère ! Evidemment, parce qu’il n’a pas d’utérus, ne peut pas porter d’enfant, ne peut pas allaiter, il se voit plus faible et réagit par la répression en donnant l’illusion qu’il est supérieur à elle dans tous les domaines de la vie !
L’épouse déploie de grandes compétences pour joindre les deux bouts : faire plaisir au mari et faire plaisir aux enfants. Ne mérite-t-elle pas une reconnaissance et qu’on lui demande pardon ? D’autant plus qu’elle accepte de « s’écraser » pour garder l’unité de la famille, même si des fois elle aurait préféré ne jamais avoir été mariée !

Ce qui est plus grave encore, c’est lorsque le père se trouve en difficulté face à ses enfants, et qu’il se tourne vers la femme en lui disant méchamment « Tu as vu le résultat de ta maudite éducation ! ». A ce moment, avec une voix haute, je réponds à la place de la femme « Et tu étais où, toi monsieur ? N’es-tu pas aussi responsable de l’éducation de tes enfants ? Tu passes ton temps dans les cafés et tu viens maintenant me critiquer ! Mais dis moi d’abord, tu es bien le chef de famille, assumes alors ton rôle ! Ou ne serais-tu qu’uniquement le chef des cafés et des critiques ? ».

Je regrette de ne pas avoir été une femme, car sinon j’aurais jeté tous les hommes entre les murs de Guantanamo ! L’homme est par excellence un terroriste de la femme.

Comment peut-on réaliser la justice et la démocratie dans notre pays, si elles ne commençaient pas d’abord dans nos foyers, sachant que la société est le miroir de la famille ?

Quelles sont alors les raisons pour lesquelles l’homme marocain terrorise la femme et l’empêchent de lui demander pardon ?

1- Absence de l’égalité entre garçon et fille : l’éducation marocaine charge la fille de toutes les tâches ménagères alors que le garçon est chargé de se reposer et de regarder tous les écrans à sa disposition. La fille est la serveuse de ses frères et est privée de tous les droits dont ils jouissent. Le garçon finit par comprendre que la nature et la société ont décidé ainsi. « Vous les hommes, n’avez-vous pas des yeux pour observer cette injustice ? Ou bien, les avez-vous uniquement pour « mater » le postérieur des femmes ? De plus, vous osez réclamer la démocratie sociale, mais voulez-vous construire le toit sans piliers ? »

2- Le modèle du couple des parents : le garçon apprend de son père et de son comportement avec la mère « tu la terrorises et tu es tranquille pour toujours ». Aussi, la fille apprend de sa mère comment elle doit se taire, baisser la tête et patienter avec son futur mari.

3- L’école : est injuste puisqu’elle impose à la fille de porter une blouse et pas pour le garçon. Qu’est censée cacher la blouse ? De même, l’école n’enseigne pas les principes de l’égalité entre l’homme et la femme.

4- Les chefs religieux : propagent l’idée que l’homme est supérieur à la femme en argumentant avec « Est ainsi la volonté de Dieu ! », mais aussi en interprétant les textes selon leurs intérêts masculins.

5- La stigmatisation de la femme : la mauvaise compréhension des textes religieux, associée aux traditions sociales ont stigmatisé la femme en lui ôtant sa liberté de corps devenu propriété de l’homme (le père, le frère, le mari et même le copain) !

Dans tous les cas, la mère est une épouse et l’épouse est une mère aussi, et équitablement les hommes doivent demander pardon à l’épouse et à toutes les femmes!

Article19.ma

2 Commentaires

  1. Les Arabes ne demanderont jamais pardon a leur epouse car ils ne la considerent pas comme telle. Elle est la mere de leurs enfants. Un point c’est tout. Car on ne eur a jamais presente une femme comme etant une probable « moitie » ou « couverture » dans le vrai sens du terme. Par contre, ils n’hesiteront pas a demander pardon a leur mere car elle leur a ete recommandee. Souvenez-vous qu’ils ont appris que le paradis est sous les pieds de leur mere. Et comme ces hommes sont assez calculateurs, ils menagent la monture meme s’ils ne l’epargnent pas, ni verbalement, ni physiquement.

  2. C’est un bon début, Docteur Mabrouki, mais…. ne vous arrêtez pas en si bon chemin !!!

    1) Les femmes ne valent pas que par leur statut de mère ou d’épouse et mère.
    L’existence des femmes vaut en soi, que les femmes aient ou non des enfants, qu’elles soient mariées ou non. La domination masculine s’abat sur toutes les femmes : tant de femmes ni mères ni mariées ont à subir l’oppression et la violence des hommes.
    Défendons les droits de toutes les femmes, qui toutes méritent un égal respect.

    2) Demander pardon fait une belle jambe : se réformer c’est mieux ! Et surtout, ne pas laisser ce débat à la sphère privée. Et, si l’on est un homme de bonne volonté, porté par l’humanisme, apporter son soutien effectif et le plus énergique aux femmes qui mènent des luttes politiques pour les avancées de leurs droits. Car le changement de regard sur les femmes, le changement des rapports hommes-femmes, s’est mené sur le terrain du droit dans tous les pays.

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