Débat d’idées – Ahmed Assid s’exprime sur « l’unité de l’Irak, les revendications des Kurdes et la position du mouvement amazigh »

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Par Ahmed Assid

Il existe une confusion –voulue par certains- entre le soutien des Amazighs aux revendications des Kurdes en Irak et leurs revendications dans leurs pays. C’est une confusion dont la cause est la volonté, d’une part, de régler des comptes et de faire fi du principe universel des droits de l’homme que la constitution marocaine a fait sien et l’admet tel qu’universellement reconnu en tant qu’un tout indivisible.

Le soutien des Amazighs aux Kurdes est basé sur les données et les principes suivants :

– Les Kurdes ont vécu et continuent de vivre les mêmes situations que les Amazighs dans la lutte contre les idéologies exclusives et ségrégationnistes comme le panarabisme et l’Islam politique (des frères musulmans et Wahhabite). Ce sont des situations nées de l’édification de l’Etat-nation centralisé qui a adopté une idéologie identitaire arabe et a refusé de reconnaître les autres composantes ethniques pendant de longues décennies.

– Les Kurdes irakiens ont fait l’objet de tentatives de génocide qui ont atteint le niveau de crime contre l’humanité et ce sous le régime baasiste disparu qui avait tué 5000 parmi eux avec des gaz toxiques et c’est ce qu’ont condamné les Amazighs et ont passé sous-silence les panarabistes dans tous les pays d’Afrique du Nord.

– Les Kurdes, après la chute du régime de Saddam Hussein, ont cru que c’était de bon augure et ont renforcé leurs positions contre les conflits sectaires qui ont éclaté à plusieurs endroits en Irak, comme ils ont contribué à la résistance contre le terrorisme de Daesh aux côtés des autres forces populaires. Ils aspiraient au renforcement de l’Etat fédéral irakien après son instauration sur des bases fortes de valeurs démocratiques qui considèrent toutes les composantes sur un même pied d’égalité et instaurent le partage équitable des richesses matérielles et symboliques.

– La classe politique et les élites à Bagdad n’ont donné aucun signe d’une évolution démocratique et n’ont pas rompu avec la pensée panarabe ou le rigorisme religieux sectaire autant qu’ils ont consacré le pouvoir des groupes tribaux et religieux alors que les Kurdes laïques ne peuvent pas vivre –après de longues souffrances- sous le pouvoir de groupes rivaux, car ils n’appartiennent à aucun d’eux mais ils aspirent à vivre dans un Etat démocratique juste envers tous ses enfants irakiens.

– Les principes universels des droits de l’homme offre à tout peuple le droit à disposer de lui même lorsqu’il constate l’absence de conditions de vie digne pour ses enfants et c’est ce qui s’applique exactement aux Kurdes irakiens dans le contexte actuel. En ce sens qu’à cause d’une évolution vers la consécration du sectarisme, des ségrégations religieuses, du mépris des femmes et de leur humiliation de manière très grave, d’interdiction de la liberté de pensée et d’opinion, de travail et d’organisation, le peuple kurde est tenu de gérer ses affaires en dehors de la tutelle des groupes chiites ou sunnites qui ne peuvent respecter la culture des Kurdes et leurs us et traditions séculaires.

La mentalité arabe semble complètement incapable à résoudre le problème du sectarisme et l’aberration de l’utilisation de la religion dans la politique à cause de son fort attachement au passé et son étrangeté aux valeurs actuelles ce qui fait que tous les peuples soumis à sa tutelle souffrent le martyre de ces facteurs négatifs qui consacrent le sous-développement. C’est ce qui pousse les Kurdes à préserver leur identité en sortant de cette situation en permanence menacée par les troubles et les conflits.

C’était là les arguments de la position de soutien de principe exprimée par le mouvement amazigh envers les Kurdes depuis longtemps, mais pourquoi certains projettent cette position sur les revendications des Amazighs dans leur pays le Maroc en les qualifiant de séparatistes ? Alors qu’il n’existe aucune comparaison avec la situation marocaine des Amazighs. Il convient de formuler les précisions suivantes :

– La position amazighe envers le droit du peuple kurde à l’autodétermination est liée à la situation des Kurdes (du point de vue géopolitique) qui ne ressemble pas dans toutes ses facettes à la situation des Amazighs marocains. Les Amazighs marocains ne sont pas une minorité et ne vivent pas sur un territoire délimité mais ils sont présents dans toutes les zones du Maroc et sur l’ensemble du territoire national et les composantes du peuple marocains se sont fortement mélangées à travers l’histoire au point qu’il est difficile de parler d’une ethnie pure et même ceux qui ont tenté de propager le mythe de l’Arabe « charif » originaire de la péninsule arabique ils ont été démentis par les analyses scientifiques dans les laboratoires.

Pour ces raisons, il n’est pas possible d’attribuer aux Amazighs la revendication des Kurdes ou autres, car les Amazighs ne peuvent se séparer d’eux mêmes. Ils militent sur la base des principes universels et des accumulations positives de l’expérience marocaine dans la transition démocratique, expérience qui se heurte à de nombreuses embuches mais ils poursuivent l’édification de l’Etat démocratique marocain uni pour l’ensemble du peuple marocain.

Est-ce que la scission des Kurdes de l’Irak constitue une fatalité ou un déterminisme historique ? Evidemment non, l’unité du peuple irakien et de l’Etat d’Irak est une question qui intéresse les Amazighs. De par leur humanisme, ils souhaitent l’unité, la force et la vie digne à tous les peuples de la terre, mais dans la démocratie et les droits de l’homme et non pas sous des politiques de ségrégation et de servitude sectaire. Vivement que le référendum kurde d’autodétermination soit une leçon aux arabes libyens, yéménites et syriens qui continuent, à leur tour, à ne pas respecter les autres et s’imaginent qu’ils bâtiront leur Etat au détriment de l’autre qui doit renoncer à sa dignité bien qu’ils aspirent tous à l’affranchissement de la servitude du despotisme.

***Texte traduit de l’arabe par la Rédaction

Article19.ma

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