Après la libération, fin mai dernier, de la ville irakienne de Fallouja des mains de Daesh et la mort de plus de 1500 djihadistes et l’arrestation de centaines d’autres, un repenti marocain, qui avait rejoint cette organisation en Syrie, raconte avec regrets son triste parcours et le calvaire qu’il a vécu au sein de l’auto-proclamé « Etat islamique ».

Younes Al Manouni, 30 ans, marié et père de 3 enfants, arrêté lors de la libération de Fallouja, a raconté, dans un document filmé par les services irakiens des renseignements militaires, comment il était parti du quartier Bensouda de Fès pour rejoindre Daesh que ses trois frères avaient déjà rejoint avant lui, selon le site arabophone marocain Hespress.

Ses deux frères Abdenbi (Abu Othman), qui a été le premier à gagner la Syrie, et Adil (Abu Omar al Maghribi) ont été respectivement tués dans les combats à Deir Ezzor et lors d’une attaque suicide à Tikrit en Irak, a indiqué Younes soupçonnant Daesh « d’avoir liquidé Adil » pour avoir douté de son loyalisme.

Le 3ème frère de Younes à avoir rejoint Daesh est Mokhtar (Abu Bilal al Maghribi) dont le sort, dit-il, reste encore indéterminé.

Revenant sur le processus de radicalisation de son frère ainé, Abdenbi, ce repenti a raconté que ce dernier fréquentait une mosquée de Fès où des prêches de l’Islam radical étaient dispensés avant les attaques terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca. Après les attentats de casablanca, son frère a été arrêté par la police et condamné à 5 ans de prison ferme. A sa libération, il est resté fidèle au discours « salafiste djihadiste », a-t-il souligné poursuivi, ajoutant avoir été « influencé » par son frère Abdenbi.

Le départ en Syrie

Abdenbi a rejoint la Syrie en 2013. Il a été tué à Deir Ezzor en 2014. Quant à Younes, il a dit avoir connu Daesh à travers la chaîne Al Jazeera avant de décider de partir en mai 2015 en compagnie de son épouse et de ses enfants.

Abdenbi a d’abord rejoint Istanbul en Turquie en faisant croire aux autorités marocaines qu’il s’agit d’un voyage touristique. Le voyage a été organisé grâce à un autre marocain qui l’a accompagné de l’aéroport Sabiha (Istanbul) à Ghazi Aintab, une ville turque frontalière avec la Syrie, a-t-il affirmé, ajoutant que quelques jours après il a pu entrer à Alep en Syrie, grâce à la coordination entre des patrouilles sécuritaires turques et des trafiquants de Daech.

Avant d’arriver à la capitale Raqqa, Younes raconte aussi qu’il a été placé dans un endroit où il a rencontré de nombreux djihadistes dont des marocains, des égyptiens et des tchétchènes, dont la majorité sont des célibataires.

Il a aussi signalé que lui et les autres djihadistes ont été dépouillés de leurs documents d’identité, séparés de leurs familles et conduits à Raqqa où ils ont passé 3 semaines dans les rangs des patrouilles religieuses et 35 jours d’entraînement militaire.

La chair à canon…

Les instructeurs de Daesh ont choisi Younes pour l’entraîner à désamorcer les mines après une formation dans l’utilisation d’explosifs et de fusils mitrailleurs en plus de cours théoriques relatifs aux chars. Il a indiqué que la cellule de l’ingénierie des mines comprenait aussi deux autres marocains et un égyptien.

« Je leur (les instructeurs) ai demandé de rejoindre la cellule de l’exécution des attaques suicides. Ils ont donné une suite favorable à ma demande et j’ai été placé dans un lieu à Raqqa avec d’autres kamikazes venant de Tadjikistan et d’Ouzbékistan », a encore affirmé Younes.

Après sa mutation à Mossoul puis à Fallouja en Irak, Younes dit avoir été choqué de découvrir que de nombreux candidats aux attaques suicides n’ont exécuté aucune opération kamikaze depuis six mois et qu’il a entendu un instructeur dire à un tchétchène : «Quand est-ce que tu exécuteras l’attaque et qu’on se débarrassera ainsi de toi …».

« Là, je me suis rendu compte qu’on était seulement de la chair à canon, des victimes de traite d’êtres humains… », a regretté Younes.

Le choc de l’horreur

La déception de Younes n’a fait que grandir lorsqu’il allait faire l’objet avec d’autres civils d’un « traitement inhumain » à la suite de sa demande de ne pas effectuer des opérations d’infiltration.

Suite à cette demande, les dirigeants de Daesh l’ont placé dans une île où il a été maltraité et laissé sans nourriture alors que « les émirs » de Daech buvaient et mangeaient à leur faim. Et lorsque la région de Fallouja a été libérée par les forces irakiennes, les combattants de l’État islamique ont utilisé des « civils comme boucliers » et ont menacé de tuer quiconque tentait de s’évader.

«Lors de notre fuite (des combats), notre voiture a été ciblé par les tirs et j’ai été touché… Malgré mon hémorragie, je suis resté 6 mois (en détention) sur l’île sans nourriture et sans eau… », a raconté le jeune marocain qui a fini par se rendre aux forces irakiennes.

 L’illusion de l’État islamique

« J’ai découvert qu’en réalité il n’y avait ni Djihad, ni Califat et que ceux que nous combattions ne sont pas des mécréants mais bien des musulmans…je suis marocain, sunnite malékite et les idées avec lesquelles ils nous ont leurré est « une pensée obscurantiste » et différente de celle des Oulémas du Maroc, en ce sens qu’ils ne reconnaissent aucune autre pensée et se croient seuls détenir la science infuse… », a souligné Younes louant par contre « le traitement humain » que lui ont réservé les forces irakiennes.

Le repenti marocain n’a pas caché son regret d’avoir rejoint Daesh. « J’ai vu la destruction…comment ils tuent des civils innocents par des kamikazes…je paie maintenant le prix très cher… ma place est au sein de ma famille et de ma société… mais tout a été malheureusement gâché », dit-il, avant de remercier Allah d’être encore vivant, ajoute Hespress.

Article19.ma

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