Au Maroc du 21ème siècle de jeunes marocaines sont encore obligées de travailler comme « hammala » (transporteuses de marchandises) pour gagner quelques billets par jour dans un pays considéré comme le 1er exportateur mondial des phosphates et dont les côtes qui s’étendent sur 3500 km, parmi les plus poissonneuses au monde, mais cette catégorie sociale « hammala » fait partie malheureusement des « laissés-pour-compte », signale Reuters.

L’agence de presse britannique vient de réaliser un reportage sur ce phénomène à Mellilia, le même que celui qui existe à Sebta et bien illustré dans cette vidéo…

Dans une longue file d’attente, Jemaa Laalaoua est debout avec plus de 50 kg d’ustensiles de cuisine sur son dos. Elle attend pour traverser la frontière séparant Mellilia, une enclave espagnole, du Maroc, raconte Reuters.

C’est une mère de 8 enfants et est âgée de 41 ans. Elle est l’une des milliers de marocaines qui vivent du transport des marchandises de Melilla vers la province marocaine de Nador.

Ces marchandises, comme les bouilloires métalliques que Laalaoua portait, sont considérés comme des bagages personnels et ne sont pas donc taxées, ce qui lui permet une petite marge de bénéfice lorsqu’ils seront expédiés à la vente partout au Maroc.

« En moyenne, je gagne environ 70 dirhams (7,40 dollars) par voyage en transportant entre 40 et 70 kg…mais la plupart du temps, nous ne savons jamais combien nous allons gagner », a affirmé Laalaoua.

Toutefois, il s’agit d’un travail dégradant et très risqué. Certaines parmi elles ont trouvé la mort dans des bousculades au poste frontière.

Elle a ajouté : « Nous faisons nos prières le matin et nous nous apprêtons pour la journée, sans savoir si nous serons mortes ou vivantes ». Elle soulève ses vêtements pour montrer des bleus sur sa jambe car elle a été matraquée par la Garde civile espagnole pour avoir tenté de progresser dans la file d’attente.
Cependant, nous n’avons pas été en mesure d’interroger à ce propos la Garde civile à Melilla.

Lorsque Laalaoua franchit finalement le passage frontière, elle fait son chemin dans la foule pour livrer sa cargaison au marché animé de Beni Ansar, avant de retourner vers un entrepôt à Melilla où elle chargera sa dernière cargaison du jour.

Les habitants de la province de Nador sont autorisés à entrer à Melilla sans visa, mais ils ne peuvent pas passer plus d’une journée dans l’enclave espagnole. Ils peuvent y passer cinq heures par jour, quatre jours par semaine.

Selon la police frontière espagnole, au total entre 30 000 et 40 000 passages sont enregistrés par jour et ce depuis des décennies.

Auparavant, cette activité était dominée par des mères célibataires connues localement comme des « femmes mules », qui luttaient pour gagner leur vie ailleurs. Mais avec la hausse du chômage, les femmes se sont, de plus en plus, trouvées en concurrence avec de jeunes hommes.

Chaque matin, les femmes rencontrent leur patron qui leur détermine les marchandises et les quantités à transporter, en coordination avec les propriétaires des entrepôts et les expéditeurs.

A 5 heures du matin, des milliers de personnes s’amassent devant le passage frontière en attendant son ouverture par les gardes espagnoles. Les hommes se disputent et les femmes crient pour se frayer un chemin dans la foule et réussir à faire deux ou trois passages avant la fermeture de la frontière.

La marchandise en question comprend tout, de simples articles ménagers tels que des serviettes, du papier hygiénique et du savon, ou des produits illégaux, comme les alcools et les sacs de plastique, qui ont été interdits au Maroc depuis l’année dernière.

Laalaoua vit à environ 27 km de la frontière, elle se réveille à 2 heures du matin pour se préparer, elle marche à pied puis prend un taxi ou le bus. Son mari Mohammed Zoubah, 57 ans, est tombé malade il y a six ans, obligeant Laalaoua à devenir le principal soutien de la famille. « Elle est forte, elle protège ce ménage. Que Dieu lui accorde la patience », dit-il.

Article19.ma

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