Des centaines de combattants de l’Etat islamique sont retournés en Afrique du Nord qu’ils pourraient utiliser « comme base » pour davantage d’attaques à l’avenir, a écrit le journal britannique dominical britannique The Observer.

Alors que s’intensifie la chasse des membres d’une cellule marocaine qui serait responsable des attaques terroristes en Espagne, l’attention se porte sur les centaines de « djihadistes de retour à travers le détroit de Gibraltar » que les services de renseignement craignent de poser une grande menace à la porte de l’Europe, note The Observer.

« Quelque 1.000 djihadistes seraient retournés clandestinement au Maroc et en Tunisie des champs de combats de l’Etat islamique qui est en train de s’effondrer. Environ 300 seraient rentrés au Maroc, dont 6 sur les 12 terroristes qui ont mené les attentats en Catalogne, » signale le journal.

Un ancien dirigeant du groupe des opérations extérieures de ce groupe extrémiste a indiqué que « l’exode des combattants de Daesh comprenait des éléments qui avaient fui la privation et la vie de petits délinquants et étaient mécontents de leur statut en Europe, en particulier en France ». Il estime qu’avec le rétrécissement, semaine après semaine, du territoire contrôlé par Daesh, « certains d’entre eux reprendront leurs combats dans leur pays de naissance et profiteront de la proximité de l’Espagne pour lancer des attaques ou s’infiltrer en Europe », rapporte le journal.

En tête des effectifs des djihadistes de Daesh, quelque 1 600 marocains sont censés avoir voyagé en Irak et en Syrie, ce qui les rend, par habitant, l’un des plus grands groupes de l’Etat islamique qui est en perte de vitesse. Environ la moitié de cet effectif a déjà été tuée. Longtemps craint comme un terreau fertile d’extrémistes, l’Afrique du Nord est de plus en plus considérée comme une base de lancement d’attaques contre l’Europe pour venger la perte de terrain et de djihadistes de l’Etat islamique en Irak et en Syrie.

+Ils n’étaient pas chez eux…+

L’ancien chef de Daesh, qui a abandonné le djihad à la fin de 2015, a fait savoir qu’il avait encadré six Marocains qui avaient quitté leurs milieux défavorisés en France et cherché un sens à leur vie au sein de l’Etat islamique. Il a également travaillé avec d’autres qui avaient voyagé directement du pays nord-africain, tous radicalisés avant leur arrivée.

« Les natifs du pays (France) avaient une approche sévère », a-t-il déclaré lors d’une interview. « Ceux de France étaient mécontents de leur vie. L’un m’a dit qu’il vendait de la drogue, un autre était un voleur ».

« Ils cherchaient quelque chose. Et ils croyaient profondément qu’ils n’étaient pas chez eux en France », souligne The Observer.

Un sentiment de lutte de classe dans des sociétés qu’ils considéraient comme invivables a été un thème fréquent parmi les hommes et les garçons qui se déplacent de l’Afrique pour rejoindre l’Etat islamique. On pense que les combattants tunisiens constituaient la plus grande représentation par habitant parmi les groupes de combattants étrangers du groupe extrémiste – jusqu’à 1 800 hommes et garçons. Un grand nombre a été utilisé comme kamikazes lors de l’offensive de Kobani à la fin de 2014 et de la tentative échouée de se maintenir à Mossoul cet été.

L’ancien dirigeant de Daesh a affirmé que les djihadistes « se plaignaient de discrimination, qu’ils n’étaient pas traités équitablement et qu’ils ne le seraient jamais. L’un d’entre eux est devenu un très bon ami. Quand je suis parti, il est resté.

« L’Espagne n’a pas été évoquée, mais la France venait tout le temps (dans les discussions) ».

+L’utopie du Calfat d’al-Baghdadi…+

Comme l’utopie du califat déclaré par le dirigeant de l’Etat islamique, Abu Bakr al-Baghdadi, au milieu de 2014, a cédé la place à la guerre, à la sauvagerie et à la mort, les membres marocains de Daesh ont commencé à contacter leurs familles, en cherchant des moyens pour retourner chez-eux.

Ils cherchaient quelque chose. Et ils croyaient profondément qu’ils n’étaient pas chez eux en France

On pense que plusieurs centaines ont réussi à traverser la frontière turque. Bien que la plupart d’entre eux aient trouvé le chemin de la maison, une trentaine a été arrêtée par les autorités turques.

Certains marocains ont combattu en Irak, mais la plupart ont été envoyés dans des champs de bataille syriens au nord, où des milliers d’hommes – principalement des étrangers – sont morts dans une série d’attaques futiles, principalement contre des groupes kurdes soutenus par les Etats-Unis.

« Nous enverrons des centaines de personnes pour être tuées et elles allaient toutes mourir », a souligné l’ancien chef. « Je demandais ce qu’il lui est arrivé, et la réponse qui revient est qu’il avait été tué peu de temps après son départ ».

« Il y avait une unité turque entière de plus de 100 hommes qui allait combattre les Kurdes. Trois seulement sont revenus ».

« Les Marocains ont vu ce que nous avions tous vu. Ils ne voulaient plus rester, non plus. Seuls les plus durs voulaient rester ».

+Expatriés considérés comme inquiétants+

Les responsables à Rabat disent qu’ils ont une forte compréhension des citoyens qui sont partis pour se battre et qui sont rentrés depuis. On estime que 90 djihadistes auraient été emprisonnés après leur retour d’Irak et de Syrie. Cependant, plusieurs dizaines d’autres s’étaient fondues dans les villes.

Dans les rangs de ceux qui ont fui, plusieurs dizaines d’hommes avaient été accusés d’extrémisme et avaient été emprisonnés. « Ces gars ont généralement eu de faux passeports libyens en Turquie », a précisé l’ancien dirigeant de Daesh.

Les autorités marocaines disent avoir déjoué plusieurs attaques terroristes à grande échelle à Casablanca et à Rabat, mais qu’elles disposent de moyens limités pour empêcher leurs ressortissants de mener des opérations à l’extérieur du pays. La proximité du Maroc avec l’Espagne et la grande population d’expatriés a depuis longtemps été « considérée comme inquiétante », a jouté The Observer.

Traduction: Article19

Article19.ma

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