VIDEO – Des téléphones portables pour sauver la forêt

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Pour lutter contre la déforestation illégale, Topher White, un ingénieur américain, a trafiqué des smartphones afin qu’ils soient capables de détecter le bruit des tronçonneuses et d’avertir immédiatement les autorités.

En 2017, les ravages de la déforestation ne sont plus un secret pour personne : contribution au réchauffement climatique, disparition d’espèces animales, déplacement de populations indigènes, perturbation de la flore locale… Pourtant, elle continue de sévir partout dans le monde, profit oblige.

Pour lutter contre cette activité illégale et destructrice de l’environnement, Topher White, un ingénieur américain de 35 ans originaire de San Francisco, a imaginé un système ingénieux : partout dans la forêt, il a installé des smartphones programmés pour capter le son, même lointain, des tronçonneuses, et lancer un signal d’alerte aux autorités concernées. Sa start-up, Rainforest Connection, basée à San Francisco, se veut non-lucrative.

L’idée lui vient en 2011, lors d’une randonnée dans la forêt tropicale indonésienne. Il y aperçoit des hommes couper des arbres, alors même qu’il s’agit d’une zone protégée. Malgré la proximité géographique du personnel de surveillance du parc, personne ne semble s’alerter du bruit de leurs tronçonneuses : la rumeur de la dense forêt le couvre.

Partant du principe que la traque à la coupe d’arbres illégale peut se faire par le son, le jeune ingénieur imagine alors un appareil qui détectera automatiquement ce bruit menaçant. Mais rien ne sert de repérer si ce n’est pas pour alerter : l’engin qu’il conçoit est aussi en mesure de signaler en simultané la présence d’abatteurs d’arbres dans les lieux protégés.

Accroché à un tronc le téléphone portable est protégé des intempéries par une sacoche en plastique et est alimenté par un petit panneau solaire. Bien sûr, le micro du téléphone ne suffisant pas à capter les infimes variations sonores, Topher White a connecté à l’ensemble un micro externe plus sensible. Une fois un son suspect détecté et enregistré, les données sont alors envoyées dans le cloud afin d’être analysées par un logiciel. Si ce dernier repère le son d’une tronçonneuse, il envoie automatiquement un texto ou un email aux autorités, dans lequel est indiquée la position approximative des bûcherons (chaque smartphone couvre une zone de 2,5 km2 de forêt).

Un système d’alarme… et de dissuasion

Si les experts ne cessent d’encourager les gouvernements à utiliser drones et satellites pour mettre fin aux activités illégales, ces appareils plus rustiques disposent d’un atout majeur : ils permettent d’agir rapidement sur le terrain. « La plupart du temps, les bûcherons et autres criminels opèrent en supposant qu’ils ne seront ni repérés ni attrapés », a expliqué Topher White à Popular Science. « Mais quand ils le sont, cela réduit grandement leur envie de prendre un tel risque. »

Son initiative vient compléter celle de l’organisation américaine WITNESS, qui consiste à offrir aux populations indigènes des zones naturelles protégées caméras et drones. « Les communautés utilisent, aujourd’hui plus que jamais, la vidéo et le smartphone pour documenter, exposer et combattre les crimes environnementaux comme la déforestation illégale », explique Priscila Néri, responsable chez WITNESS. « Plus on a de preuves, plus difficile il est difficile pour ces crimes d’être niés, ignorés ou oubliés. » Pour Topher White, il était important de permettre aux autorités de passer immédiatement à l’action. « Si vous pouvez arriver sur place et arrêter les criminels, c’est suffisamment dissuasif pour qu’ils ne reviennent pas », expliquait-il dans un TED Talk en 2014.

Pour étendre son invention, Topher White a créé Rainforest Connection, une organisation à but non lucratif. En utilisant des smartphones Android donnés gratuitement, il a pu créer 100 appareils, aujourd’hui installés dans la région indonésienne de Sumatra ainsi qu’au Cameroun, au Brésil, en Équateur et au Pérou.

Sa campagne de fincement lancée sur Kickstarter en 2014 lui a permis de récolter plus de 160 000 dollars pour atteindre son but. Aujourd’hui, Topher White veut diversifier l’usage de ses téléphones.

« Les bûcherons illégaux ciblent des arbres de grande valeur au coeur de la forêt, ouvrant des chemins pour extraire le bois par camion », détaille-t-il. « Ces routes facilitent ensuite d’autres exploitations encore plus destructrices, comme l’implantation de colonies humaines, le braconnage, et finalement la destruction de la forêt pour créer des terres cultivables. »

Ainsi, certains de ses téléphones ont aussi été programmés pour repérer les bruits d’armes à feu ou de moteurs de bateau. En Bolivie, ils permettent désormais de protéger les jaguars, dont les dents sont utilisés en médecine traditionnelle chinoise, des braconneurs. Dans la région de Sumatra, en Indonésie, à l’endroit même où Topher White a installé ses premiers téléphones, ils veillent du mieux que possible sur l’une des plus grandes réserves naturelles de singes gibbons.

Source: france24.com

Article19.ma

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