Un peu de respect pour la dignité humaine!

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Par Ali Bouzerda

Une collègue espagnole me réveilla, ce mardi 18 juillet, scandalisée par une photo à la Une d’un journal marocain illustrant un article sur « la lutte contre l’immigration clandestine. La photo montre un policier interpellant deux jeunes subsahariens, tout en saisissant les deux malheureux par leurs vestes, tels deux « criminels » pris la main dans le sac. Sur leur visages se lisaient la tristesse et la colère.

Le journal voulait faire l’éloge des forces de l’ordre dans cette lutte quotidienne contre « la criminalité » mais il a oublié que les deux frères africains sur cette photo sont justement des « victimes » des mafias et réseaux criminels de passeurs. Des passeurs-prédateurs qui se font payer rubis sur l’ongle et amènent leurs proies de Gao et d’ailleurs jusqu’à Oujda en passant par la région d’Oran, principale zone de « dispatching » des immigrés clandestins vers le Maroc.

Bref, mais il y a l’art et la manière de faire les choses. D’abord, c’est une triste histoire qu’on peut bien imaginer. Deux subsahariens qui ont traversé des milliers de kilomètres, parfois à pieds et qui en cours de route ont été dépouillés de leur argent, sans parler des risques et dangers qui les guettaient à chaque instant de leur douloureuse traversée du désert.

Comme nombreux d’entre eux, ces deux jeunes subsahariens ont laissé derrière eux des amis d’enfance, leur famille et leur terre natale pour s’aventurer dans des contrées lointaines qu’ils n’arrivent même pas à situer souvent avec précision sur une carte géographique.

Tous et sans exception sont attirés par les lumières scintillantes de l’Europe et par « la richesse » ou « le succès » dont ils rêvent en regardant des images fascinantes sur le tube cathodique ou sur Facebook. Leur rêve légitime est de sortir de la misère et de l’oubli comme les jeunes marocains qui prennent les pateras pour traverser la Méditerranée à leurs risques et périls.

Ce n’est pas une honte de se lancer dans une aventure à la recherche d’un monde meilleur mais la honte est d’être filmé non en aventurier courageux mais en style exhibitionniste de trophée: « Les gars, regardez ce que j’ai pu attrapé là! » Ce genre de photo dans un quotidien marocain, c’est scandaleux.

C’est scandaleux car le Maroc n’est pas « le gendarme de l’Europe », même si certains décideurs du vieux continent poussent notre pays à jouer ce « rôle-corvée » en miroitant d’importantes contreparties financières.

Le Maroc est un pays africain et le seul pays en Afrique du Nord à avoir une politique migratoire claire et engagée qui oeuvre sans répit à régulariser et à intégrer des milliers de subsahariens sans papiers. Le Maroc s’est engagé là où nos voisins de l’Est se donnent un malin plaisir d’encourager les immigrés toutes nationalité confondues, y compris des afghans, à traverser leur terre en leur montrant le chemin de Melilla et Sebta, sachant d’avance qu’in fine le voyage se terminera quelque part au nord du Maroc, avec toutes les conséquences socio-économiques que cela implique.

En tout état de cause, le Maroc a toujours assumé ses responsabilités communautaires, et ce, en conformité avec ses engagements internationaux, mais…

Il y a bien un « mais ». A chaque échelon de la société marocaine, notamment ceux de l’État, il serait impardonnable de ne pas respecter la dignité et la vie privée des subsahariens victimes de la migration clandestine car ce sont des personnes fragiles et dans une situation irrégulière. Ils ont besoin d’aide, de protection, d’assistance et non d’exhibitionnisme.

Rappelant que ce genre de photos est choquant et discriminatoire. Ces images nous rappellent les interpellations policières d’innocents issus de minorités, d’apatrides, de gauchistes et de tziganes en Europe durant la triste et sombre période du XX siècle. Une période bien révolue.

Messieurs, un minimum de respect pour la vie privée et la dignité humaine.

Article19.ma

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