Par Ahmed Assid

Le rapport du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a tranché sur le différend entre certains acteurs civils portant sur les significations de torture et de maltraitance et la différence entre les deux, en ce sens qu’il a reconnu de manière indiscutable que les traitements réservés à la plupart de ceux qui ont été détenus en relation avec le soulèvement des habitants du Rif relèvent clairement de la torture, considérant crédibles les positions de ceux qui ont accusé les autorités de torture.

Le dossier de la torture au Maroc a constitué pour les autorités un sujet de grande sensibilité, particulièrement pour les hautes institutions qui avaient, à travers une déclaration du roi Mohammed VI, souligné à une déléguée onusienne lors de sa visite au Maroc que la torture au Maroc n’est plus systématique mais qu’il s’agit juste de cas isolés et rares. De même, après le discours du précédent ministre de l’intérieur devant le parlement en 2014, l’autorité a resserré l’étau sur les défenseurs des droits de l’homme qui parlent de la torture ou effectuent des investigations à ce sujet, au point de battre des records dans les interdictions et les confiscations.

Et voilà, les arrestations à El Hoceima et les témoignages des avocats, des acteurs civils et des droits de l’homme et les commissions d’enquêtes qui prouvent, sans doute aucun, que ce qui est arrivé dépasse de loin « la maltraitance ». Ceci nous pousse à se poser de nouveau et de manière précise la question sur les significations de torture et de maltraitance pour comprendre les causes qui ont poussé une institution officielle, à savoir, le Conseil national des droits de l’homme, à considérer non sans crédibilité les accusations adressées à l’autorité.

Le problème survenu entre les partisans de la théorie de « la maltraitance » et les partisans de l’accusation de torture est la croyance que le concept était resté gelé au niveau de son contenu et de ses significations et sa représentation depuis les années de plomb à ce jour. La vérité est que l’évolution des sciences et l’amélioration de la valeur de l’homme et de sa dignité ont fait que la signification de « torture » est devenue plus précise en englobant –en plus des traces physiques- le côté psychique et mental, tout comme elle demande des moyens plus précis pour lever le voile sur ce qui se passe dans les postes de police et au cours de la garde à vue.

La Convention internationale contre la torture définit la torture comme « tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur elle… ». Il a apparaît ainsi que la torture n’est pas seulement ce que gardent en mémoire les marocains des années de plomb, du temps des décharges électriques, de la noyade dans l’eau, l’utilisation des chiens féroces, de l’arrachement des ongles…mais tout ce qui est de nature à faire souffrir, physiquement ou mentalement, une personne en vue d’arracher un aveu ou obtenir une information ou de faire en sorte que la personne concernée soit perturbée et aie une grande peur pour se soumettre à la volonté de ses bourreaux. La question qui se pose : à quel point cette définition onusienne claire et simple est applicable à ce qui est arrivé aux détenus d’Al Hoceima et de ses environs ?

Tous les détenus du soulèvement d’Al Hoceima se sont plaints du non respect de leur droit de garder le silence jusqu’à l’arrivée de leurs avocats, en ce sens que les autorités –selon les vieilles méthodes- ont tenté de leur arracher des aveux et de leur faire signer des PV qu’ils n’ont pas vus et ceci a été par les méthodes du tabassage, de blessure et d’humiliation en plus de l’intimidation exagérée comme c’était le cas pour la jeune artiste innocente Silya dont les avocats ont rapporté que les éléments de l’autorité l’ont complétement déshabillée et l’ont menacée de viol ce qui a laissé des séquelles lesquelles pourraient nécessiter un traitement psychique de longue duré, sans oublier ce qu’ont rapporté les avocats, à savoir, la mise à nu de tous les détenus en les réunissant complétement nus dans un même endroit, ce qui nous rappelle des méthodes dont nous n’avons pas besoin d’en nommer les auteurs. La question est : si tout cela ne constitue pas une torture, c’est quoi alors la torture ?

Ce qui est grave c’est les tentatives de minimiser les actes de torture sous toutes leurs formes et leurs niveaux et de les désigner par des noms aux connotations moins graves, et finir par la légalisation de la violence autoritaire au sein des postes de police et des prisons où les personnes sont isolées sans témoins et en l’absence de conditions garantissant le respect de la loi.

Je pense que nous devons reconnaître que l’évolution que nous prétendons de notre pays est imaginaire ou très mince, c’est à dire qu’elle n’est pas au niveau de ce que nous demandons aux plans intérieur et international, car elle est seulement une image artificielle pour cacher notre réalité qui n’est pas la source d’une véritable fierté. Nous devons, par conséquent, œuvrer à refonder la relation du citoyen avec l’autorité sur la base du respect de la loi, d’œuvrer aussi à la consécration de la conviction que le bâton et toutes les méthodes d’intimidation et de terreur ne réussissent pas toujours à soumettre les gens s’ils restent privés de leurs droits élémentaires car ces méthodes renforcent chez eux le sentiment de l’injustice, de répugnance à l’égard de l’Etat et de perfidie à l’égard de la Nation et ce qui est désigné par stabilité dans ce cas n’est qu’un état d’agitation refoulée.

Article19.ma

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