Qui a peur du jeune diplômé chômeur, Zefzafi?

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Par Ali Bouzerda

Deux hommes d’affaires européens accoudés au comptoir d’un bistrot de Rabat discutent de tout et de rien, soudain l’un d’entre eux aborde les évènements d’Al Hoceima. Et tout de go, l’autre lui demande s’il avait vu la vidéo qui a fait le buzz sur la Toile, celle d’un détenu marocain filmé « presque nu »?

Avant que son collègue ne réponde par la négative, le premier lui dit: « C’est grave ce qui se passe au Maroc… ». Et l’autre l’interrompt : « Rien ne m’étonne plus depuis quelques temps… le pays risque d’être bientôt assimilé par l’administration Américaine à ces États … « rogue state » (État voyou) ».

L’expression renvoie à l’idée d’un État qui ne respecte pas les lois internationales ou viole de manière systématique les droits les plus élémentaires de ses citoyens.

Bref, cette « expression » a été utilisée de différentes manières et à plusieurs reprises lors de sorties médiatiques par l’homme de loi et ancien ministre des droits de l’homme, Mohamed Ziane. En tant qu’avocat du jeune leader de Hirak Rif, Nasser Zefzafi, il se plaignait tout le temps des « violations » récurrentes des droits de l’homme à Al Hoceima.

Jusqu’à lundi 10 juillet, Me Ziane qui a côtoyé l’un des grands juristes du royaume, Ahmed Reda Guédira (Conseiller de Hassan II), gardait espoir dans la justice et avait confiance dans le Makhzen malgré les « dérapages sécuritaires » de temps à autre, disait-il.

Mais depuis la diffusion de la vidéo de Zefzafi le montrant presque sous toutes les coutures, Me Ziane a été scandalisé, révolté et amer. Et il y a de quoi, explique-t-il, car « l’État a failli » à son devoir de protéger « la vie privée » et « l’intimité » d’un détenu que les médias nationaux et internationaux scrutent à chaque instant.

D’ailleurs, la presse toutes tendances confondues a été à l’affût et cria au « scandale » et la « honte ». Ceux qui ont eu l’audace de « fuiter » cette vidéo — qui à l’origine aurait été filmée en face d’un corps médical car le récalcitrant Zefzafi se sentait en confiance totale –, voulaient l’humilier aux yeux de ses concitoyens, notamment dans le Rif, suppose-t-on.

Cette action médiatique, que Me Ziane assimile à celle de « voyous irresponsables », a produit l’effet contraire, celui de l’indignation générale, la solidarité et la compassion humaine avec « un détenu politique » face à l’injustice.

Et le plus grave dans cette histoire, en plus de la violation des droits élémentaires d’une personne en détention, cette maudite vidéo a porté atteinte à « la crédibilité » de l’État marocain et à son image.

A noter, « le » ou « les » manitous de cette opération suspecte ont visé « la stabilité » de l’État, par la provocation des gens dans le Rif et les sympathisants du leader du Hirak, comme l’a noté la presse marocaine.

In fine, deux questions se posent: 1 – Qui a peur du jeune diplômé chômeur, Zefzafi? 2- Qui veut mettre « le feu aux poudres » par les temps qui courent?

Article19.ma

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