Par Ahmed Assid.

Ce que nous craignions et dont nous avons averti lorsque nous avions dit que mêler la religion à la lutte politique et sociale ne conduira qu’au pire des conséquences est arrivé. La religion est le domaine des croyances personnelles et n’est pas un mécanisme pour gérer les différends qu’ils soient entre le pouvoir et la société ou entre les courants de la société et ses différentes parties. En ce sens que personne ne peut maitriser la surenchère qui découle de telles déviations et qui pourrait dépasser toutes les limites comme c’est arrivé dans certains pays du Moyen Orient noyés aujourd’hui dans une destruction totale.

Les manifestations de la rue ainsi que le débat public qui concerne les questions politiques ou la gestion des affaires publiques imposent le suivi à travers les moyens de communication, les salles publiques, la rue et les tribunes du dialogue et du discours politique. C’est une condition qui ne peut être réalisée dans les mosquées car elles ne constituent pas un espace de divergence et de lutte ni entre les courants ni entre le pouvoir et les citoyens. Ce qui fait que l’exploitation exclusive par le pouvoir ou tout autre personne ou tendance d’une certaine tribune religieuse en vue d’accuser autrui ou de régler ses comptes avec autrui est une attitude inacceptable et une sorte de transgression.

Il a été relevé plus d’une fois que le ministère des affaires islamiques est intervenu immédiatement, à chaque fois qu’il a été question d’un Imam qui a attaqué le pouvoir, pour le punir se considérant comme étant lésé et lorsque quelqu’un d’autre est lésé il ne réagit pas alors que personne ne doit être lésé par les mosquées car elles n’existent pas pour cet objectif.

Il a également été relevé qu’un des groupes religieux de l’opposition a fait l’objet de communiqués le dénonçant pour avoir utilisé le pouvoir des mosquées en oubliant qu’il a utilisé lui même les mosquées par le biais de certains de ses prédicateurs, tout comme il a toujours gardé le silence sur l’utilisation par d’autres courants religieux extrémistes des mosquées ici et là. Le résultat est le même. En ce sens que toute utilisation politique des mosquées par quiconque conduit inéluctablement aux mêmes conséquences, c’est à dire à la classification des gens religieusement, à l’incitation d’une partie contre une autre, au ravivement des querelles, au détournement de l’attention des problèmes réels et à la provocation d’affrontement sur des questions secondaires qui ne constituent pas le fond de ce qui garantit la dignité des gens en tant que citoyens égaux.

A ce propos, un affrontement est survenu entre les populations et les forces publiques dans un village voisin de la ville de Klaat Sraghna lorsque le ministère a exclu l’imam d’une mosquée alors que les habitants s’y attachent et ont essayé de l’imposer à l’Etat alors que nous devons examiner les causes de l’exclusion du prédicateur. Si c’était à cause de son appartenance à un certain courant religieux politique ou sa déviation lors du prêche, sa radicalisation ou sa provocation sectaire, le défendre serait difficile car l’accroissement des publics des prédicateurs extrémistes dans les pays sous développés est chose courante, mais ce n’est pas une excuse pour les encourager à continuer sur la voie de la sédition (Fitna). Les citoyens qui souffrent de la marginalisation et de l’oppression pourraient trouver dans l’extrémisme un refuge en l’absence de solutions concrètes à leurs problèmes. L’option juste n’est pas d’encourager l’extrémisme mais de promouvoir le développement réel avec la préservation de la neutralité des mosquées du point de vue politique et idéologique.

Les mosquées sont des espaces de culte, de prêche et de conseils, si elles se transforment en tribunes pour attaquer quiconque elles ressembleront aux sièges politiques, aux salles publiques et aux médias officiels et privés, et ceux qui en sont lésés deviennent en droit d’y répondre pour se défendre. Et c’est ce qui ne sera pas possible pour eux et c’est ce qui provoquera des affrontements qui conduiront à plus d’oppression et d’injustice comme c’est arrivé à Al Hoceima.

Nous réitérons, encore une fois, que la neutralité des lieux de culte est un principe consacré parmi les principes de l’Etat de droit qui met sur le même pied d’égalité tous ses membres sans aucune forme de distinction, tout comme l’implication de ces lieux dans les luttes idéologiques, de pensée et politiques est un des signes de confusion, de fragilité et d’instabilité.

Article19.ma

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.